La référence du pape François à « l’Etat de la Palestine» dans son discours dimanche matin à Bethléem, et sa pause improvisée à la barrière de sécurité, ont laissé les autorités israéliennes de marbre, et ont été saisies par les dirigeants palestiniens comme étant profondément symbolique dans la reconnaissance de leurs droits nationaux.

Dimanche matin, François est devenu le premier pape à visiter le territoire palestinien sans entrer d’abord en Israël.

François a également fait un arrêt imprévu à la barrière de sécurité à Bethléem, en touchant le mur en béton – sur une section, par ailleurs, où un graffiti fait une comparaison avec le ghetto de Varsovie – et inclinant la tête pour une prière apparente.

Plus tard, lors de son discours à la place de la Mangeoire, le pape a déclaré que le conflit israélo-palestinien était devenu « de plus en plus inacceptable ».

« Le pape du Vatican s’arrête au mur raciste à Bethléem » peut-on lire en titre d’un article publié par l’agence de nouvelles officielle Wafa, qualifiant le coup du pape « d’initiative spontanée » prise par le pape quelques moments après sa rencontre avec Mahmoud Abbas.

La décision du Vatican de se référer à l’Autorité palestinienne en tant que « l’Etat de Palestine », et à Abbas comme son président n’avait, cependant, rien de spontané.

Israël s’oppose normalement aux références à la « Palestine » comme un Etat depuis sa reconnaissance en tant qu’Etat observateur non-membre de l’ONU en novembre 2012.

Dans ce cas, cependant, Israël a clairement fait de son mieux pour minimiser le malaise. Yigal Palmor, un porte-parole du ministère des Affaires étrangères à Jérusalem, a déclaré au Times of Israel que les responsables israéliens ne répondraient pas à la référence du souverain pontife à la « Palestine ». « C’est une question qui a été discutée en profondeur à l’avance. Il n’y a rien de nouveau ici », a déclaré Palmor.

En revanche Ahmad Assaf, un porte-parole du Fatah, le mouvement politique d’Abbas, a insisté sur le fait que l’emprunt de la voie aérienne du pape en Jordanie a été pré-planifié précisément pour honorer les Palestiniens au détriment d’Israël.

« Le pape a gagné la Palestine… par l’espace aérien jordanien dans un jet privé. Il n’a pas traversé l’espace aérien israélien, honorant et affirmant les droits des Palestiniens », a déclaré Assaf à la station de radio Mawtini, selon le site Web du Fatah.

Postant la photo de François à la barrière de sécurité sur Facebook de son exil dans les Émirats arabes unis, l’ancien responsable du Fatah et l’ancien homme fort de Gaza Mohammed Dahlane a écrit que l’image
« a envoyé un message à toute l’humanité que la conscience humaine ne peut venir à bout de la douloureuse réalité de notre peuple
palestinien ; les dernières personnes sur terre sous le joug de l’occupation ».

Par son geste symbolique, a fait valoir Dahlane (condamné la semaine dernière par contumace à deux ans de prison pour avoir diffamé les forces de sécurité palestiniennes). Le pape a également dit que les prisonniers palestiniens « vous et vos gens sont prisonniers. Votre sort terrible occupe nos esprits et nous fait mal ».

La visite du pape dans les territoires palestiniens ne doit pas seulement être célébrée, continue Dahlan, mais peut être également utilisée pour les relations publiques palestiniennes, « surtout après que sa sainteté ait vu de ses propres yeux la catastrophe de tout un peuple ; un peuple qui continue à marcher dans les pas du Messie sur la route du Golgotha ».

Nimer Hammad, conseiller de Mahmoud Abbas, a utilisé la visite du pape pour encourager le tourisme chrétien dans les territoires palestiniens. En réponse aux appels arabes de boycotter Jérusalem tant qu’il reste sous contrôle israélien, il a exhorté les touristes à faire affaire avec les Palestiniens, et pas à Israël.

« Ils devraient rester avec nous, ne pas arriver à Bethléem et puis dormir à Eilat ou Tel Aviv », a déclaré Hammad à la télévision palestinienne samedi. « Ils devraient soutenir l’économie palestinienne, compte tenu de la tentative de l’occupation israélienne de détruire notre économie ».

Alors que les médias de Cisjordanie ont souligné tous les mouvements du pape dans les territoires palestiniens, les médias du Hamas à Gaza ont à peine mentionné sa visite.

Si dimanche était un jour qui a enchanté les Palestiniens avec tout son symbolisme, lundi, cependant, sera le jour d’Israël du pape, avec des visites au mur Occidental, le mémorial de Yad Vashem, et des réunions avec le Premier ministre et le président d’Israël.

Les Palestiniens auront peut être à avaler des ouvertures non moins significatives envers le peuple juif et leur Etat, car le premier pape à parler de l ‘« État de Palestine » sera le premier pape à honorer le fondateur du sionisme moderne, déposant une gerbe sur la tombe de Theodor Herzl à Jérusalem.