Semaine après semaine, Hadas Levmore, qui habite à Jérusalem, était furieuse de passer devant le panneau de la rue Beruriyah en allant à la synagogue. La rue porte le nom d’une sage du Talmud très admirée pour l’ampleur de ses connaissances, mais le panneau ne mentionnait pas les importants accomplissements intellectuels de Beruriyah. Il se contentait d’indiquer qu’elle était l’épouse du rabbin Meir, lui aussi un sage talmudique très respecté.

Bénédiction pour les passionnés d’Histoire, les panneaux portant les noms des rues de Jérusalem comprennent souvent une ou deux lignes de description biographique dont la rue porte le nom. Mais pour quiconque ayant une conscience féministe, lire ces lignes peut se révéler être une grande frustration.

Le changement est en marche depuis que les citoyens s’impliquent davantage : les panneaux de la rue Beruriyah et de la rue Ruth ont déjà été mis à jour au cours de ces dernières semaines.

En octobre 2015, Levmore a décidé qu’elle n’allait plus supporter ça. Elle a envisagé d’imprimer des autocollants où l’on peut lire une biographie soulignant les accomplissements de la sage, et ne faisant pas mention de son statut marital ni du nom de son époux, et de les coller sur les panneaux.

« Ils auraient été enlevés quand les pluies hivernales auraient commencé », a-t-elle déclaré. Elle a donc pensé à une meilleure technique de guérilla et a décidé de contacter la mairie.

Il se trouve que le site internet de la mairie de Jérusalem comportait déjà une excellente biographie de Beruriyah. Cependant, Levmore a tout de même soumis une demande officielle de changement de panneau à la commission municipale en charge de l’attribution des noms de rues.

L'ancien panneau de la rue Beruryah, qui annonçait qu'elle était l'épouse du rabbin Meir, et ne citait pas ses propres accomplissements intellectuels. (Crédit : Facebook)

L’ancien panneau de la rue Beruryah, qui annonçait qu’elle était l’épouse du rabbin Meir, et ne citait pas ses propres accomplissements intellectuels. (Crédit : Facebook)

Parallèlement, Roni Hazon Weiss, membre du conseil de l’organisation civique de Jérusalem et du parti politique Yerushalmim, a fait pression sur la commission pour modifier les informations biographiques sur les panneaux de la rue Ruth. Il était temps de dire qu’elle était elle-même l’héroïne d’un des livres de la Bible, et pas uniquement l’épouse du propriétaire Boaz et l’arrière-grand-mère du roi David.

Il a fallu 18 mois de patience suivi de leurs plaintes initiales à la ville pour que Levmore et Weiss voient finalement les résultats. Elles espèrent que les choses iront plus rapidement pour les autres panneaux qui portent les noms de figures bibliques et historiques féminines, mais elles ne retiennent pas leur respiration.

« C’est une question de construction de l’attention publique, et aussi d’attention des membres de la commission des noms. Il nous a fallu un an et demi pour ces deux rues, et c’est il y a bien quatre ans que nous avons commencé à parler de ce sujet dans le cadre de la campagne de Yerushalmim contre l’exclusion des femmes de la sphère publique », a déclaré Weiss.

En mars 2013, un groupe de lycéens avaient pris la responsabilité d’écrire de nouvelles biographies pour les 11 rues de Jérusalem qui portent des noms de femmes. Ils ont imprimé de nouveaux panneaux et les ont placardés. Il semble que ni les panneaux ni la ferveur des lycéens sur ce sujet n’aient survécu.

Weiss, proviseure d’un lycée de Jérusalem, envisage de raviver le projet avec certaines de ses élèves. Pendant qu’ils y sont, elles feront aussi des suggestions pour que plus de rues de la capitale portent des noms de femmes.

Selon Weiss, 7 % des rues de la capitale israélienne portent des noms de personnages féminins. Beaucoup d’idées ont déjà été partagées sur une page Facebook intitulée Rehov MiShela.

Mais avant de commencer de nouvelles rues, beaucoup de choses peuvent être faites sur les noms déjà existants. La rue Bérénice par exemple. Bérénice était reine de Judée pendant l’époque du Second Temple. Le panneau de sa rue affirme qu’elle était un roi…

Le panneau de la rue Bérénice, à Jérusalem, affirme qu'elle était roi, et non reine, de Judée, à l'époque du deuxième Temple. (Crédit : Facebook)

Le panneau de la rue Bérénice, à Jérusalem, affirme qu’elle était roi, et non reine, de Judée, à l’époque du deuxième Temple. (Crédit : Facebook)