Le parti Shas ultra-orthodoxe était le premier parti dans la nuit de lundi à mardi à appeler à fixer une date pour de nouvelles élections, à la suite de fortes indications lundi soir à savoir que les Israéliens se dirigeaient vers des élections pour la deuxième fois en deux ans.

Le président Shas Aryah Deri a déclaré dans la nuit que les chefs de tous les partis politiques devaient se mettre d’accord « sur la date la plus proche possible » pour de nouvelles élections. Il a renouvellé ses conditions, déjà rendues publiques la semaine dernière, pour joindre un futur gouvernement, la levée de la TVA sur les articles de base de foyers, et une réglementation d’un salaire minimum à 30 shekels (6 euros) de l’heure.

La déclaration de Deri a suivi une rencontre explosive entre le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le ministre des Finances Yair Lapid, présentée au départ comme une ultime tentative de sauver la coalition à la suite de la crise au sujet du projet de loi sur l’ « Etat juif » et du budget d’État.

Lors de la rencontre de lundi soir, le Premier ministre a présenté une liste d’exigences fermes pour restaurer la stabilité du gouvernement. Ces exigences ont été rejetées par Lapid comme étant inacceptables.

Dans des communiqués séparés, les deux se sont mutuellement accusés d’entraîner les Israéliens vers de nouvelles élections.

On dit que le Shas, qui siège dans l’oppostion de la 19ème Knesset en compagnie de l’autre parti ultra-orthodoxe, Judaisme Torah Uni, a récemment discuté en vue de rejoindre le prochain gouvernement Netanyahu s’il devait dissoudre l’actuel gouvernement (et gagner les prochaines élections).

Des rumeurs de manoeuvres pré-électorales ont circulé au cours des récentes semaines, pour atteindre un pic ce week-end, dont une information indiquant que des assistants de Lapid avaient approché le parti ultra-orthodoxe afin qu’il le rejoigne dans la formation d’une nouvelle coalition, et que Netanyahu avait fait de même.

Les partis haredi, à leur grand regret, n’avaient pas pu entrer dans la coalition après les élections de janvier 2013 où l’on a vu Netanyahu capable de former une majorité gouvernementale sans eux, largement sur l’insistance de Lapid et du chef du parti HaBayit HaYehudi, Naftali Bennett, qui avaient conditionné leur participation au gouvernement Netanyahu à l’exclusion de ces partis.

Des nouvelles élections pourraient offrir une opportunité pour les factions ultra-orthodoxes de trouver leur place vers le pouvoir.

Le chef de l’opposition et du parti travailliste Isaac Herzog a également joint la mêlée dans la nuit en accueillant positivement de probables nouvelles élections.

« Les gens n’ont pas confiance dans ce gouvernement, » a écrit Herzog sur sa page Facebook. « Nous devons tenir des élections dès que possible et remplacer le leadership actuel. Le Parti travailliste dirigera la coalition et renouvellera l’espoir des citoyens israéliens. »

Après la séance houleuse de lundi soir entre Lapid et Netanyahu, des sources à la fois provenant des partis Yesh Atid et Hatnua ont accusé Netanyahu d’avoir délibérément torpillé la réunion, armé d’une liste de cinq demandes dont il savait que Lapid ne pourrait les accepter, parce qu’il avait déjà conclu un accord avec les partis ultra-orthodoxes afin de mettre en place une nouvelle coalition.

« Netanyahu envisageait de torpiller la réunion avant même que Lapid n’ouvre la porte de son bureau, » ont fait savoir des sources de Yesh Atid. « Netanyahu a lu ses exigences comme on les demande à un enfant, » ont-ils encore confié à Ynet.

« La soi-disante tentative de stabiliser la coalition était du bluff. Netanyahu a conclu un accord avec les partis haredis et avec Naftali Bennett. Toute l’affaire a été destinée à couvrir cet accord et la volonté de fixer des élections, » estiment des sources au sein du parti Hatnua de Tzipi Livni.

La déclaration de Lapid après la réunion de lundi, comme celle de Netanyahu, laisse peu de place à l’espoir que de nouvelles élections puissent être évitées.

Pourtant, le président de la coalition Zeev Elkin [Likud] a exhorté Lapid à accepter les demandes de Netanyahu et à ne pas laisser le public israélien être entraîné vers de nouvelles élections.

Promettant de choisir « des partenaires plus méritants » dans la prochaine coalition, l’ancien vice-ministre de la Défense Danny Danon, un jusqu’au-boutiste du Likud, a accusé Lapid d’être un amateur entraînant les Israéliens dans des « élections inutiles, coûteuses, dans lesquelles le Likud [dirigé par Netanyahu] va gagner une fois de plus. »

Livni a déclaré lundi soir que la crise, et que les prochaines élections s’il y en a, porteraient sur le « sionisme contre l’extrémisme. »

« Ces élections auront lieu entre le camp sioniste israélien et les extrémistes dangereux qui doivent être empêchés de prendre le contrôle de l’Etat d’Israël et de le détruire, » a-t-elle lancé.