En se débarrassant de Yaïr Lapid et de Tzipi Livni la semaine dernière, Benjamin Netanyahu a mis fin à sa coalition ; il a momentanément perdu sa majorité à la Knesset.

D’une majorité de 68 sièges (sur 120) au Parlement, le Premier ministre s’est retrouvé avec seulement 43 sièges.

La situation était en fait délicate pour Netanyahu. Selon la loi, un Premier ministre peut être remplacé sans qu’il y ait besoin d’aller aux urnes si un autre membre de la Knesset peut rassembler 61 députés et faire voter un vote de défiance. Les adversaires de Netanyahu jouissaient théoriquement d’une opposition de 77 sièges dans laquelle ils pouvaient construire cette majorité.

Le gouvernement a réussi à faire passer quelques mesures urgentes de dernière minute, à partir d’une loi de finances sur des transferts budgétaires.

Notamment 3,6 milliards de shekels [730 millions d’euros] du ministère de la Défense pour rattraper le coup de massue financier constitué par l’opération Bordure protectrice, et le transfert, modeste en termes financiers, mais politiquement important de quelques 130 millions de shekels [27 millions d’euros] d’investissements dans les implantations de Cisjordanie.

Sans Yesh atid et Hatnua, le Premier ministre faisait face à la perspective très réelle de perdre ces votes. A la Knesset, et à la Commission des finances, sa coalition rétrécie n’avait plus de majorité garantie, celle dont elle jouissait auparavant.

Pour Netanyahu, cela aurait pu se terminer en terrible défaite, ce qui aurait même pu mettre en jeu sa carrière politique : perdre chaque vote, et, éventuellement, se retrouver remplacé sans ménagement à la dernière minute sans même la dignité d’une élection.

Pourtant, lundi, on pouvait remarquer le contraire. La coalition n’était pas en train de perdre des votes, mais les gagnait presque tous, l’un après l’autre. Et dans tous les cas, il s’agissait de la même raison. Quelqu’un votait pour les initiatives du gouvernement, quelqu’un d’extérieur à la coalition.

De qui parle-t-on ? Des députés des deux partis ultra-orthodoxes : Shas et Yahadout hatorah. Yitzhak Cohen pour le premier ou Yaakov Litzman pour le second ont aidé à pousser les modifications budgétaires par le biais de la commission des Finances. Et Uri Maklev ou Avraham Michaeli, les ultra-orthodoxes, formellement dans l’opposition, ont agi comme le plus fiable des alliés de la coalition. Et ils ont été décisifs. Dans chaque vote, ils se sont trouvés du côté qui l’a emporté.

En fait, ce nouveau partenariat entre Netanyahu et les ultra-orthodoxes ne sortait pas de nulle part.

« Nous avons conclu un accord, » a carrément déclaré lundi à la Knesset Aryeh Deri le président du Shas, et l’accord tient dès aujourd’hui. « Si le Premier ministre est déterminé à aller jusqu’au bout, à des élections, nous ferons en sorte à ce qu’il ne soit pas renversé. Nous n’allons pas participer à un vote de défiance… Même aujourd’hui, il y a des plans pour le renverser avec 61 votes et prévenir ainsi de nouvelles élections. »

Deri s’est tout de même moqué du gouvernement sortant, le qualifiant d’« alliance de frères, de nouveaux Israéliens soi-disant éclairés – avec les haredim à l’extérieur. (…) Ce n’est pas naturel pour un gouvernement de durer seulement 18 à 19 mois. ».

Et plus d’une fois, il a salué Netanyahu et a soutenu la version du Premier ministre sur les raisons de l’effondrement de la coalition.

« Je suis très heureux qu’il [le gouvernement] soit arrivé à cette conclusion. Mais je dois dire, nous n’avons aucun crédit là-dedans. Nous n’avons pas renversé le gouvernement. C’est le Premier ministre qui a décidé d’aller aux élections. Avec deux raisons : soit il s’est inquiété qu’il y aurait des tentatives pour le remplacer au milieu de son mandat – et il avait de quoi se baser pour penser cela -, soit ils voulaient passer le projet de TVA à 0% [le projet Lapid sur le logement] ainsi que le budget 2015 puis le renverser. Il a agi de manière préventive, et bien sûr nous l’avons soutenu. »

Ce soutien a été réciproque dans des termes non équivoques.

Lors de la réunion du Likud lundi, la dernière avant les élections, Netanyahu a déclaré sa propre acceptation de la nouvelle alliance en annonçant qu’il adopterait une réduction de taxes qui avait été l’une des principales revendications de Deri pour que Shas se joigne à un futur gouvernement – la baisse de la TVA à 18 % pour certains produits alimentaires de base.

« Tant qu’il y avait un engagement de la coalition sur une TVA à 0 % [référence au projet Lapid], il est évident qu’on ne pouvait faire les deux à la fois, » a déclaré Netanyahu. « Mais quand cette option n’existe plus » après l’effondrement de la coalition, « nous avons pu faire avancer (…) un projet de TVA à 0 % pour des millions de citoyens sur des produits alimentaires aux prix contrôlés, et cela pourrait permettre d’aider des millions de personnes, et pas seulement quelques milliers… »

« Il y a quelque chose qui ne nous manquera pas [au sein de la 19ème Knesset], » a déclaré, de manière quelque peu emphatique Yariv Levin, le député Likud et président de la coalition, avant que la Knesset ne vote sa dissolution lundi soir. « Je parle de quelque chose qui, avec le recul, était un signe avant-coureur de tout ce qui a pu se jouer ici : le fait d’avoir disqualifié les partis ultra-orthodoxes, Shas et Yahadout HaTorah, d’un partenariat dans ce gouvernement. »

« Invalider toute une communauté de cette façon n’est pas approprié,» a déclaré Levin, appelant à un gouvernement de coalition avec une base élargie.

Alors que la campagne électorale commence, le système politique est en proie à l’incertitude. Mais quand il s’agit de la relation du Premier ministre avec le monde haredi, cela devient clair tout d’un coup. Lundi, dernier jour ouvrable de la 19ème Knesset, a été un moment où les partis des « hommes en noir » sont revenus sur le devant de la scène après deux longues années de traversée du désert. Un fait est désormais avéré à propos de la politique israélienne : les coalitions sont stabilisées par les haredim.

Les votes de lundi montrent que l’alliance entre Netanyahu et les haredim est bien à l’œuvre. C’est, pour le moment du moins, le réalignement plus important qui s’est produit depuis l’effondrement de la coalition.