Le bijoutier polonais Akiva Arie Weiss, sioniste passionné qui a contribué à la cause de l’Etat juif, a décidé de joindre le geste à la parole et s’est rendu en Terre d’Israël en 1904.

Au beau milieu de son voyage, il a entendu des nouvelles qui lui ont brisé le cœur : son idole, Theodor Herzl, avait succombé à une crise cardiaque à l’âge de 44 ans.

Weiss était tellement choqué qu’il est rentré chez lui, a fermé son entreprise florissante, et a, deux ans plus tard, a amené son épouse et ses six enfants (le plus jeune nommé «Herzl») en Palestine.

A peine était-il descendu du bateau qu’il a entendu parler d’une réunion qui se tiendrait ce soir-là – un rassemblement de Juifs de Jaffa pour évoquer les questions brûlantes de la journée. Il savait déjà que leur plus gros problème était la terre car la population mixte judéo-arabe de Jaffa était très importante.

Laissant sa famille déballer les valises, il s’est précipité à la réunion. À son grand désarroi, les seuls sujets soulevés étaient, à ses yeux, sans importance.

Impatiemment, il s’est finalement levé et a prononcé un discours sioniste passionné, concluant sur une idée qui peut sembler évidente aujourd’hui, mais qui faisait l’effet d’une bombe à l’époque : il a suggéré de construire une ville entièrement juive.

Une fois les assistants remis du choc, un vote a eu lieu et cette idée extravagante a été acceptée. Un comité de cinq personnes, dont Weiss, a été immédiatement chargé de préparer un projet.

Incroyablement, dans les 24 heures, le comité a élaboré un plan grandiose pour une ville entièrement juive, totalement autonome, avec des jardins, des rues pavées, une eau assainie et courante, des installations presque inconnues dans ce coin perdu de l’empire turc.

Il a fallu trois ans pour acquérir le terrain qui allait devenir Ahuzat Bayit, dont le nom a été changé un an plus tard en « Tel-Aviv ». Finalement, le 11 avril 1909, les 66 familles fondatrices ont été conviées à un pique-nique sur le sable.

Là, à l’aide de boules grises et blanches contenant des numéros de parcelles et des noms de famille, une loterie a eu lieu, qui a donné naissance au nouveau quartier devenu la délicieuse métropole de Tel-Aviv que nous connaissons aujourd’hui.

La maison de Weiss était située au bord de la rue Herzl. Comme les autres bâtisses, c’était une habitation d’un étage avec un grand jardin frontal ; un deuxième étage a été ajouté au milieu des années 1920. C’était un petit bijou d’hôtel, donnant à Weiss des envies de carrière d’architecte avant le décès de son père, qui lui a laissé la responsabilité de l’entreprise familiale.

Des années plus tard, tandis que le commerce se développait dans la région et le style international Bauhaus, fonctionnel et sans fioritures, gagnait en popularité, un grand nombre des caractéristiques uniques de la maison ont été détruites. Heureusement, en 2000, elle fut rénovée et le premier étage a retrouvé beaucoup de son charme au début du 20è siècle.

La rue Herzl est passionnante, avec ses bâtiments historiques peuplés de résidents prestigieux. Par exemple, en face de la maison de Weiss, un grand édifice a été construit par le pionnier sioniste religieux Michael Pollack. Il mourut trois ans plus tard, après avoir fondé la première école talmudique de Tel_Aviv.

Nahum Gutman avait 12 ans lorsque sa famille s'est installée à Tel Aviv (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Nahum Gutman avait 12 ans lorsque sa famille s’est installée à Tel Aviv (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Deux personnages célèbres vivaient dans la maison aux balcons arrondis, à seulement quelques mètres de la maison de Weiss.

Le propriétaire Shimon Ben-Zion était un célèbre écrivain et éducateur qui enseignait à l’école de filles, libérale et laïque, de la ville voisine de Neve Tzedek ; tandis son fils Nahum Gutman, qui avait 12 ans quand sa famille a déménagé à Tel-Aviv, devait devenir un auteur et artiste de renommée mondiale et fameux illustrateur de livres pour enfants, particulièrement connu pour son style original.

Une maison à l’allure étrange jaillissant de deux ailes au-dessus d’une rangée de boutiques a été construite par Mardochée Ben Hillel Hacohen. Journaliste et homme d’affaires, il a eu l’honneur d’assister au premier congrès sioniste présidé par Theodor Herzl en 1897.

La maison construite par Mordecai Ben Hillel HaCohen (Crédit : Shmuel Bar-Am)

La maison construite par Mordecai Ben Hillel HaCohen (Crédit : Shmuel Bar-Am)

L’énorme structure, en face, est le passage Pensak, construit en 1925 en tant que premier centre commercial de Tel-Aviv. A l’intérieur, une pancarte fanée sur le mur indique la « Maaliya » (ancêtre du mot en hébreu moderne, maalit), ou le tout premier ascenseur de la ville.

Les escaliers près de l’ascenseur ont été construits avec du sable de la mer et sont ornés de coquillages.

Le premier ascenseur de Tel Aviv qui se situe dans le passage de Pensak (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Le premier ascenseur de Tel Aviv qui se situe dans le passage de Pensak (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Une tour moderne de 30 étages sur la rue Herzl, la branche principale de la banque Discount, se dresse à côté d’un logement construit en 1910 par une famille de musiciens du nom de Frank. Ils ont vendu leur maison deux ans plus tard pour s’installer à Genève.

En 1924, deux étages ont été ajoutés, celui du bas abritant des entreprises commerciales (un hôtel, un salon de beauté et même une usine de saucisses !) et celui du haut des appartements.

Lorsque la banque Discount a demandé l’autorisation de construire une tour pour sa branche principale, la municipalité a prié la banque de préserver la maison des Frank.

La banque a non seulement soigneusement restauré l’intérieur et l’extérieur, mais l’a transformée en passionnant Musée des banques. Situé au coin de la rue Lilianblum, ce centre historique de changeurs de devises et de vendeurs au marché noir est appelé Herzlilienblum.

Herzlilienblum (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Herzlilienblum (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Vers le milieu des années 1950, la structure était gravement détériorée. Peu de gens, à cette époque, comprenaient la valeur de la préservation historique. Il fut donc plus facile de la détruire que de la rénover.

Mais un prix de consolation vous attend à l’entrée de la Tour Shalom : deux magnifiques mosaïques.

Elles ont été dessinées à Ravenne, en Italie, avec du verre Moreno par des artistes qui ont grandi à Tel-Aviv. Les deux représentent avec brio le développement de la ville. Il a fallu deux ans pour les achever.

La tour Shalom (Crédit : Shmuel Bar-Am)

La tour Shalom (Crédit : Shmuel Bar-Am)

D’abord, l’œuvre d’art de Nahum Gutman, accrochée au milieu des années 1960, est composée de quatre parties distinctes desquelles suinte son amour pour Tel-Aviv.

Ornée de couleurs vives et chaudes, bien différentes du style européen sombre en vogue à l’époque, la mosaïque de 100 mètres carrés est composée de plus d’un million de pièces dans plus de 700 couleurs différentes (y compris 70 nuances de vert).

Créée en 1996 par l’artiste David Sharir, natif de Tel-Aviv, la seconde mosaïque évoque une vague, sans début ni fin, aux motifs étrangement babyloniens. A l’image d’une saga personnelle, les détails sont familiers et nostalgiques.

Les échafaudages sont dispersés ici et là, dans une ville en constante évolution. Le vieux Jaffa, d’un côté, avec son convoi de chameau ; de l’autre une ville moderne où une personne dort sur un banc du parc, et des mariés sont pris en photo avant leur union.

Le cœur de la fresque est, bien sûr, Ahuzat Bayit et son gymnase – dont la destruction aurait été à l’origine de la fièvre israélienne, anxieuse de conserver désormais ses trésors.

Aviva Bar-Am est l’auteure de sept guides en anglais sur Israël.

Shmuel Bar-Am est un guide agréé qui propose des visites privées personnalisées en Israël pour les individus, les familles et les petits groupes.