Moins d’une semaine après qu’un artiste a installé une statue dorée à taille réelle du Premier ministre Benjamin Netanyahu sur une place de Tel Aviv « pour tester les limites de la liberté d’expression », une affiche montrant Netanyahu avec un nœud coulant a déclenché lundi un nouveau scandale.

Un responsable du Likud a publié ce qu’il a dit être une affiche exposée à la prestigieuse école d’art Bezalel de Jérusalem. Il est ensuite apparu que l’image de Netanyahu seul qu’il avait publié s’inscrivait en fait dans un travail plus important présentent plusieurs images de Netanyahu et de nœuds coulants entourant une image unique du Premier ministre assassiné Yitzhak Rabin.

Dans un post publié sur Facebook, Eli Hazan, directeur de communication et des relations internationales du Likud, le parti de Netanyahu, a déclaré que l’image du Premier ministre était exposée sur une cage d’escalier de l’Académie des Arts et du Design Bezalel. La légende de l’affiche est « Rope » (corde en anglais), et fait écho à l’affiche de la campagne présidentielle de 2008 de Barack Obama, qui portait le mot « Hope » (espoir).

« C’est ce qui est exposé en ce moment à Bezalel, l’Académie des Arts et du Design de Jérusalem », a écrit Hazan, du Likud.

« Est-ce présenté comme une œuvre d’art ? Changez le nom et la photo et mettez-y un représentant de la gauche, et exposez-le dans une implantation [de Cisjordanie]. Cela sera-t-il vu comme une incitation [à la violence] ? », a-t-il demandé.

Miri Regev, la ministre de la Culture et des Sports, a immédiatement appelé le ministre de l’Education Naftali Bennett à faire une différence entre l’art et l’ « incitation » à la violence, et à supprimer les financements de Bezalel.

« La liberté artistique n’est pas la liberté d’inciter [à la violence] ! Cela a commencé avec une statue sur une place et maintenant nous avons un nœud coulant, a-t-elle déclaré dans un communiqué. C’est du talent artistique pour inciter et assassiner. Si cela avait été une photo de [Isaac Herzog, le dirigeant de l’Union sioniste], il y aurait déjà eu des arrestations. »

Herzog a également condamné l’affiche, et déclaré que « la liberté d’expression est importante et essentielle, mais il n’est pas possible de l’utiliser pour inciter à la violence à l’encontre de personnalités publiques, de droite comme de gauche. »

« Nous avons l’obligation d’être responsables, particulièrement pendant ces journées militantes. Ce n’est pas notre voie. Nous ne remplacerons Netanyahu que par des moyens démocratiques », a-t-il ajouté.

Dans la soirée, il a cependant été appris que l’image publiée par Hazan sur Facebook ne représentait pas l’installation artistique complète. Des photographies de l’installation complète montrent de multiples affiches de Netanyahu avec une corde, qui ont été placées autour d’une seule image de Rabin, qui porte le slogan « traître ».

L’image de Rabin est une photographie d’une affiche utilisée pendant une manifestation de droite qui a eu lieu à Jérusalem en 1995, quelques jours avant son assassinat. Netanyahu s’était adressé à la foule depuis un balcon, une image restée célèbre.

Des accusations et des contre-accusations sur l’échec présumé de Netanyahu à ramener le calme continuent à circuler depuis, et ont apparemment inspiré aussi la décision de l’artiste Itay Zalait de choisir la semaine dernière la place où Rabin avait été assassinée, qui porte depuis son nom, pour placer sa statue dorée de Netanyahu.

Dans un communiqué, Bezalel a déclaré que l’académie était « un espace protégé pour la liberté d’expression en Israël, qui permet aux étudiants d’avoir un débat libre, critique et créatif sur un large éventail de sujets qui les occupent. »

Le communiqué poursuivait, affirmant qu’ « il n’est toujours pas clair, et nous sommes en train de vérifier, si c’était un exercice qui faisait partie d’un cours ou de l’expression personnelle d’un étudiant, mais dans tous les cas, c’est une expression interne, au sein des limites de l’académie, et dans le cadre d’un débat continu sur les sujets du design, de l’art et de la culture, notamment sur la question des frontières, la transcription des images et la mémoire. »

L'affiche de campagne de Barack Obama, conçue par l'artiste Shepard Fairey, a incarné la campagne présidentielle 2008 d'Obama. (Crédit : capture d'écran YouTube)

L’affiche de campagne de Barack Obama, conçue par l’artiste Shepard Fairey, a incarné la campagne présidentielle 2008 d’Obama. (Crédit : capture d’écran YouTube)

« En surface, le travail correspond à plusieurs images connus qui ont une importance et un poids, comme la mémoire de l’incitation [à la haine] contre Rabin, et la célèbre affiche du président Obama portant le mot ‘Hope’. »

« L’exercice, réussi ou pas, fait partie d’une discussion professionnelle, installé sur un mur interne, sur les marches de l’académie, et n’est pas présenté sur la voie publique. Il ne contient pas d’incitation politique, et c’est ainsi qu’il devrait être jugé. »

Un communiqué du syndicat étudiant de Bezalel a déclaré qu’il ne soutenait pas les messages incitant à la violence, mais, dans le cadre d’un institut d’art, croyait en la liberté d’expression et en la liberté artistique, et à l’expression de tout le spectre d’opinions, dans les limites de la loi.

En juillet, Yuli Tamir, présidente du Collège Shekar d’ingénierie et de design, avait ordonné à un chef de département d’enlever le tableau d’un étudiant qui montrait une femme nue agenouillée, dont le visage ressemblait remarquablement à celui de la ministre de la Justice Ayelet Shaked.

Tamir, ancien membre et ministre de Havoda, l’un des partis qui composent l’Union sioniste, avait à l’époque déclaré à Haaretz qu’elle pensait que l’œuvre d’art était « un travail de chauvinisme blessant » qui n’avait rien à voir avec la politique.