Ce nouveau programme intervient au milieu de nouvelles critiques contre les femmes en poste de combat et le service militaire mixte en général. Dimanche, des dizaines d’anciens officiers ont envoyé une lettre au ministre de la Défense Avidgor Liberman l’appelant à réduire l’intégration des femmes dans les unités de combat.

En mars, l’armée avait annoncé qu’elle allait choisir 15 femmes, dans les recrues mixtes des unités de combats, pour participer à un programme pilote avec les tanks.

Deux des candidates ont abandonné lors de l’entraînement de base, mais les 13 femmes restantes sont ensuite allées à la base des Corps blindés de Shizafon dans le Néguev où elles ont terminé l’entraînement sur le modèle de tanks Merkava Mark 3, qu’elles utiliseront.

Une instructrice des forces israéliennes intervenant dans les tanks durant un exercice le 12 janvier 2013 (Crédit : pl. Zev Marmorstein/IService de communication de Tsahal)

Le mois prochain, les 13 candidates occuperont des postes dans le sud d’Israël pour la dernière étape du programme pilote. Elles serviront dans la 80ème Division de l’armée, couvrant les déserts du Néguev et de l’Arava ; elles travailleront à garder les frontières du sud, a déclaré un officier des brigades blindées plus tôt cette année, s’exprimant sous couvert d’anonymat.

Les femmes recrues ne seront pas intégrées dans les brigades de combat des Corps blindés – comme les 188ème, 7ème et 401ème Brigades blindées. Elles serviront dans la Force de Défense des Frontières qui vient d’être constituée et qui vise à protéger les frontières d’Israël, mais pas nécessairement à en sortir.

Le programme-pilote s’inscrit dans une tendance croissante de femmes désirant intégrer des positions de combat au sein de l’armée. Au cours des cinq dernières années, le nombre de femmes soldats en poste de combat a été multiplié par cinq.

Quatre soldates de l’armée israélienne, 20017 (Crédit : autorisation de/CC BY Israeli Defence Forces Spokesperson’s Unit)

Les opposants à l’intégration des femmes dans l’armée critiquent souvent cette mesure comme une expérience sociale dangereuse avec de possibles conséquences pour la sécurité nationale, alors que ses défenseurs la saluent, en général, comme une mesure d’adaptation qui s’avère être nécessaire depuis longtemps, et qui a déjà eu lieu dans de nombreux pays occidentaux.

Les détracteurs avancent que certains prérequis pour les femmes soldats ont été revus à la baisse – ce qui, selon eux, montre que l’efficacité est sacrifiée – et que les femmes soldates souffrent de blessures liées au stress à un niveau bien plus important.

Dans une lettre envoyée au ministre de Défense Avigdor Liberman, environ 70 officiers de réserve, y compris un ancien général de brigade, ont appelé à l’arrêt de l’incorporation des femmes soldates en poste de combat « afin d’éviter de causer des dommages sérieux et inutiles à la puissance de l’armée israélienne, aux recrues féminines et aux femmes soldates qui mettent leurs vies en danger pour assurer la sécurité de l’état ».

Le Dr. Yuval Heled, colonel de réserve, et ancien chef de l’Institut pour la Physiologie Militaire au Centre Médical Sheba de Tel Hashomer, a contesté certaines de ces affirmations, tout particulièrement concernant les modifications des standards.

Il a déclaré au Times of Israël en 2015 que si certains prérequis ont été abaissés, comme par exemple la distance qu’un soldat est susceptible de courir et le poids qu’il doit pouvoir porter, ce n’est pas seulement valable pour les femmes soldates mais pour toute l’armée, Tsahal réévalue ce qui est réellement nécessaire pour le service de combat et ce qui est excessif et susceptible de causer des blessures plutôt que de préparer les soldats à la guerre.
Les médecins de l’armée ont également travaillé afin de mieux adapter les équipements et les méthodes d’entraînement pour les corps de femmes afin d’éviter les blessures des femmes soldats.

Les soldats du Bataillon Bardales s’entraînent à la guérilla urbaine au petit matin, à Nitzanim, dans la région d’Arava au sud d’Israël le 13 juillet 2016. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

L’armée insiste sur le fait qu’elle autorise plus de femmes à servir dans des postes de combats pour des raisons pratiques, et non sociales, affirmant qu’elle souhaite intégrer tous les soldats disponibles.

Le programme-pilote des tanks a, en particulier, rencontré une résistance considérable.

En novembre, au moment de son annonce officielle, des anciens officiers haut gradés et des groupes religieux se sont clairement exprimés contre.

Le général de réserve Avidgor Kahalani, célèbre commandant de la 7e Brigade blindée de Tsahal, avait déclaré à la station de radio Galey Israël que les tanks ne sont pas le bon endroit pour les femmes.

« Le rôle d’une femme est d’être une mère, d’avoir des enfants », a-t-il dit.

Yiftah Ron-Tal, ancien général, dirige à présent la Corporation électrique israélienne. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Yiftach Ron-Tal, ancien général de l’armée et actuel président de la Compagnie d’Electricité d’Israël, a affirmé que l’idée de permettre aux femmes de piloter des tanks était un « scandale », et s’inscrivait dans un complot de « dingues » d’extrême gauche pour affaiblir l’armée. Il a ensuite retiré ses commentaires et s’est excusé, après un tollé médiatique.

Au sein des Corps blindés, il y a également eu une certaine opposition. Avant que l’armée n’annonce ses intentions d’autoriser les femmes à servir dans les tanks, le chef de Corps blindés, le général Guy Hasson, a déclaré au Times of Israël qu’il était préoccupé qu’une telle image puisse nuire à l’unité.

« Nous sommes des combattants. Nous essayons de garder une image de combattants », a-t-il déclaré.

« Il y a toujours des gens qui nous regardent et disent : ‘il y a l’infanterie et ensuite il y a les blindés’. Vous êtes ‘moins combattants’. Vous êtes ‘moins’ », avait-il souligné.

Une instructrice du Corps mécanisé aux commandes d’un véhicule de type M-113, le 21 avril1993. (Crédit : Michael Chai/BeMahane/Archives de Tsahal)

Jusqu’à présent, les femmes n’ont pas eu le droit de servir dans des tanks car on pensait qu’elles ne pouvaient pas supporter physiquement la rigueur des Corps blindés. Or, des femmes ont servi comme instructrices de tanks.

Les candidates serviront dans des tanks uniquement composés de femmes, pour éviter des questions liées à la pudeur. Puisqu’elles servent dans les frontières du sud, elles auront moins besoin de traverser en territoire ennemi.

Pourtant, des équipes totalement masculines ou féminines ne sont pas sans conséquences, elles créent deux forces distinctes et réduisent le niveau de flexibilité dont dispose l’armée pour déplacer des soldats d’une équipe à l’autre.

Le programme pilote doit examiner comment régler certaines de ces questions.

Les 13 candidates sont surveillées par des nutritionnistes, des docteurs et des instructeurs pour déterminer si elles peuvent gérer les difficultés du poste.

En mars 2018, le programme pilote sera arrivé à son terme, et l’armée évaluera les résultats, a déclaré l’officier de tanks.

« Nous faisons un test. Après le test, nous aurons des réponses – à savoir s’il est possible ou pas d’avoir des femmes dans les Corps blindés », a-t-il déclaré.