Les premières opératrices de tanks de l’armée israélienne ont terminé leur formation mardi, et ont obtenu les médailles qui leur permettent de figurer dans un programme pilote qui vise à une parité totale au sein des Corps Blindés.

Les 13 opératrices, sur les 15 recrues féminines des unités combattantes, seront prochainement envoyées à la frontière sud d’Israël pour les quatre mois.

« Nous tenons ici un morceau d’histoire. Pour la première fois, la médaille d’un tankiste sera épinglée sur un uniforme féminin », a déclaré le colonel Moran Omer, chef de la brigade d’entraînement.

L’une des tankistes reçoit sa médaille durant une cérémonie à Latrun, le 5 décembre 2017. (Crédit : armée israélienne)

Lors de la cérémonie qui a eu lieu près de Jérusalem, au monument des Corps Blindés à Latroun, Omer a loué des tankistes qui ont mené à terme un programme d’entraînement intensif.

« Nous avions demandé à ce que vous terminiez ce long programme d’entrainement… après avoir été formées au combat par le département des gardes-frontières, ce qui n’est pas une mission simple en elle-même, et vous l’avez remplie brillamment », a déclaré le colonel.

« Vous avez surmonté les difficultés physiques, appris le métier, et vous avez appris à aimer le pouvoir du métal », a ajouté Omer.

« Souvenez-vous que quel que soit le niveau de sophistication de l’arme, ce n’est pas elle qui compte, mais la personne dans le tank, c’est elle qui gagne. »

En mars, l’armée avait annoncé qu’elle allait choisir 15 femmes, dans les recrues mixtes des unités de combats, pour participer à un programme pilote avec les tanks.

Une instructrice sortant d’un tank au cours d’un exercice le 4 mai 2012 (Crédit Unité des Porte-paroles de l’armée / Flickr)

Deux des candidates ont abandonné lors de l’entraînement de base, mais les 13 femmes restantes sont ensuite allées à la base des Corps blindés de Shizafon dans le Néguev où elles ont terminé l’entraînement sur le modèle de tanks Merkava Mark 3, qu’elles utiliseront.

Les 13 candidates occuperont des postes dans le sud d’Israël pour la dernière étape du programme pilote. Elles serviront dans la 80ème Division de l’armée, couvrant les déserts du Néguev et de l’Arava ; elles travailleront à garder les frontières du sud, a déclaré un officier des brigades blindées plus tôt cette année, s’exprimant sous couvert d’anonymat.

Les femmes recrues ne seront pas intégrées dans les brigades de combat des Corps blindés – comme les 188ème, 7ème et 401ème Brigades blindées. Elles serviront dans la Force de Défense des Frontières qui vient d’être constituée et qui vise à protéger les frontières d’Israël, mais pas nécessairement à en sortir.

Le programme-pilote s’inscrit dans une tendance croissante de femmes désirant intégrer des positions de combat au sein de l’armée. Au cours des cinq dernières années, le nombre de femmes soldats en poste de combat a été multiplié par cinq.

Des soldates font des pompes pendant un cours d’instructeur de l’infanterie, le 10 janvier 2000. (Crédit : Abir Sultan/unité des parte-paroles de l’armée/archives de l’armée)

Les opposants à l’intégration des femmes dans l’armée critiquent souvent cette mesure comme une expérience sociale dangereuse avec de possibles conséquences pour la sécurité nationale, alors que ses défenseurs la saluent, en général, comme une mesure d’adaptation qui s’avère être nécessaire depuis longtemps, et qui a déjà eu lieu dans de nombreux pays occidentaux.

Les détracteurs avancent que certains prérequis pour les femmes soldats ont été revus à la baisse – ce qui, selon eux, montre que l’efficacité est sacrifiée – et que les femmes soldates souffrent de blessures liées au stress à un niveau bien plus important.

L’armée insiste sur le fait qu’elle autorise plus de femmes à servir dans des postes de combats pour des raisons pratiques, et non sociales, affirmant qu’elle souhaite intégrer l’ensemble des soldats disponibles.

Le programme-pilote des tanks a, en particulier, rencontré une résistance considérable.

En novembre, au moment de son annonce officielle, des anciens officiers haut gradés et des groupes religieux se sont clairement exprimés contre.

Le général de réserve Avidgor Kahalani, célèbre commandant de la 7e Brigade blindée de Tsahal, avait déclaré à la station de radio Galey Israël que les tanks ne sont pas le bon endroit pour les femmes.

Avigdor Kahalani avec des soldates. (Crédit: AWIS)

« Le rôle d’une femme est d’être une mère, d’avoir des enfants », a-t-il dit.

Yiftach Ron-Tal, ancien général de l’armée et actuel président de la Compagnie d’Electricité d’Israël, a affirmé que l’idée de permettre aux femmes de piloter des tanks était un « scandale », et s’inscrivait dans un complot de « dingues » d’extrême gauche pour affaiblir l’armée. Il a ensuite retiré ses commentaires et s’est excusé, après un tollé médiatique.

Au sein des Corps blindés, il y a également eu une certaine opposition. Avant que l’armée n’annonce ses intentions d’autoriser les femmes à servir dans les tanks, le chef de Corps blindés, le général Guy Hasson, a déclaré au Times of Israël qu’il était préoccupé qu’une telle image puisse nuire à l’unité.

« Nous sommes des combattants. Nous essayons de garder une image de combattants », a-t-il déclaré.

« Il y a toujours des gens qui nous regardent et disent : ‘il y a l’infanterie et ensuite il y a les blindés’. Vous êtes ‘moins combattants’. Vous êtes ‘moins’ », avait-il souligné.

Jusqu’à présent, les femmes n’ont pas eu le droit de servir dans des tanks car on pensait qu’elles ne pouvaient pas supporter physiquement la rigueur des Corps blindés. Or, des femmes ont servi comme instructrices de tanks.

Les candidates serviront dans des tanks uniquement composés de femmes, pour éviter des questions liées à la pudeur. Puisqu’elles servent dans les frontières du sud, elles auront moins besoin de traverser en territoire ennemi.

Pourtant, des équipes totalement masculines ou féminines ne sont pas sans conséquences, elles créent deux forces distinctes et réduisent le niveau de flexibilité dont dispose l’armée pour déplacer des soldats d’une équipe à l’autre.

Le programme pilote doit examiner comment régler certaines de ces questions.

Les 13 candidates sont surveillées par des nutritionnistes, des docteurs et des instructeurs pour déterminer si elles peuvent gérer les difficultés du poste.

En mars 2018, le programme pilote sera arrivé à son terme, et l’armée évaluera les résultats, a déclaré l’officier de tanks.

« Nous faisons un test. Après le test, nous aurons des réponses – à savoir s’il est possible ou pas d’avoir des femmes dans les Corps blindés », a-t-il déclaré.