Ramallah, Cisjordanie – Le boycott mis en place par l’Autorité palestinienne sur les produits de consommations israéliens aurait pris effet mercredi, mais à moins d’un kilomètre du palais présidentiel, les vendeurs ne semblent pas s’en soucier.

Les goûters populaires comme les en-cas au beurre de cacahuète d’Osem, ou les chips Tapuchips d’Elite sont encore bien présents dans les rayons, de manière ouverte chez les épiciers près du square al-Manara. Si vous avez envie d’une petite crème au chocolat Milky ou d’un yaourt Tnuva, vous les trouverez dans les réfrigérateurs au fond du magasin.

« Les produits israéliens se vendent mieux que les produits arabes et leur qualité est meilleur », explique Fawzi, 23 ans, qui est caissier dans une petite épicerie sur la rue al-Nahda. Réticent à révéler son véritable nom, de peur de représailles, Fawzi était néanmoins moins hésitant à critiquer la nouvelle politique palestinienne.

« Les personnes ne sont pas convaincus par le boycott, explique-t-il, Beaucoup le considère comme une folie, un subterfuge pour calmer la population ; pas comme une mesure véritablement patriotique. Si l’AP voulait vraiment boycotter, il aurait empêché les camions de rentrer [dans les Territoires palestiniens] en les bloquant aux passage. »

Le 9 février, la Haute commission a annoncé le boycott de 6 producteurs de nourriture et de boisson israéliens – Strauss, Tnuva, Osem, Elite Prigat et Jafora – avertissant les marchands qu’ils devaient retirer les produits visés par le boycott dans les deux semaines sous peine de confiscation.

Cette mesure a été présentée comme une mesure de représailles suite à la décision israélienne de geler le transfert de 200 millions de dollars collectés au nom l’Autorité palestinienne depuis début janvier. Mercredi, le président de la Commission du Fatah,

Mahmoud AL-Alul a indiqué à la presse que les sanctions contre les réfractaires seront imposées à partir de jeudi, signale le quotidien palestinien Al-Quds.

Un Palestinien passant à côté d'une affiche prônant le boycott d'Israël dans la ville cisjordanienne de Bethléem le 11 février 2015 (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Un Palestinien passe à côté d’une affiche prônant le boycott d’Israël dans la ville cisjordanienne de Bethléem, le 11 février 2015 (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Mais Fawzi accuse les dirigeants de s’en prendre aux petites choses plutôt que de traiter les aspects les plus importants de la coopération palestinienne avec Israël.

« Je soutiens le boycott, mais pas lorsqu’il s’agit de s’occuper de petites choses en laissant de côté les choses les plus importantes, dénonce-t-il. Arrêtez la coordination sécuritaire, et le lendemain Israël succombera. L’AP peut mettre en place un boycott plus efficace grâce à ce qu’il contrôle, comme mettre un terme aux accords, plutôt que de dire d’acheter de la crème. »

Pendant la guerre de Gaza cet été, relève-t-il, les gens ont spontanément arrêté d’acheter des produits israéliens, et cela sans instruction, simplement pour montrer leur solidarité. Mais maintenant il considère la campagne de boycott comme un subterfuge.

« Si une intifada éclatait, il ne resterait pas d’AP pour collecter des taxes », analyse-t-il.

Un tract de la Haute commission pour répondre aux mesures israélienne demandant aux vendeurs de se débarrasser des produits israéliens avant le 25 février 2015 (Crédit : Elhanan Miller/Times of Israel)

Un tract de la Haute commission demandant aux vendeurs de se débarrasser des produits israéliens avant le 25 février 2015 (Crédit : Elhanan Miller/Times of Israel)

Il y a quelques jours, un jeune palestinien appartenant à la Haute Commission d’Alul a remis à Fawzi un courrier lui demandant de se débarrasser des produits israéliens avant le 25 février – assorti d’une menace de confiscation.

Cette demande a été réitérée mercredi par Salah Haniyeh, le chef de l’association de la protection des consommateurs palestiniens, qui a déclaré aux médias que l’application de la réglementation serait rigoureuse en Cisjordanie.

« Le danger, c’est la présence de ces produits dans les stocks de marchands », a-t-il déclaré à Al-Quds.

« Mais nous n’allons pas permettre leur vente de continuer ; nous allons les confisquer par la force. La date de péremption des produits laitiers est courte, les commerçants n’ont aucune excuse pour ne pas les jeter dans les prochains jours. »

Haniyeh a mis en garde les fabricants et les vendeurs palestiniens contre la tentation de hausser les prix, que certains fournisseurs ont déjà rapportés.

Non loin de la boutique de Fawzi, Iyad, le propriétaire d’une petite supérette, explique qu’il n’y avait pas d’alternative aux jus de fruits israéliens de Tapuzina. « L’autre truc n’est tout simplement pas bon », précise-t-il.

Néanmoins, il a réduit les commandes de marchandises israéliennes en prévision d’une décision officielle palestinienne. « Lorsqu’il n’y aura plus de marchandises, je ne vais pas en commander à nouveau. Je vais attendre et voir ce qui se passe. Si une décision est prise [de boycotter], nous la respecterons. Mais sinon, qu’est-ce que je peux faire ? Si les clients le veulent et s’ils ne l’obtiennent pas chez moi, ils vont aller chez mon concurrent. »

Aucune société israélienne sur la liste noire palestinienne n’a accepté de révéler s’ils ont subi un préjudice financier depuis que le boycott a été déclaré. Mais un responsable s’est confié au Times of Israel sous le couvert de l’anonymat et a déclaré que son entreprise était épargnée par le mouvement.

Des bouteilles de Ketchup israéliens en masse dans les rayons des épiciers de Ramallah le 24 février (Crédit :  Elhanan Miller/Times of Israel)

Des bouteilles de Ketchup israéliens en masse dans les rayons des épiciers de Ramallah, le 24 février (Crédit : Elhanan Miller/Times of Israel)

Le boycott a été laissé entre les mains de la société civile et des mouvements politiques, et non au gouvernement palestinien, et cela pour deux raisons, estime-il. Premièrement, la TVA sur les ventes, qui s’élève à 18 %, est transférée d’Israël dans les coffres de l’AP et représente des millions de shekels.

Deuxièmement, Abbas serait incapable d’imposer une mesure aussi impopulaire dans le climat actuel.

« Il utilisera un boycott général en dernier recours », prédit un responsable.

« Je soutiens le boycott, mais pas lorsqu’il s’agit de s’occuper de petites chose sen laissant de côté les choses les plus importantes », dénonce Fawzi

Cependant quelques marchands ont décidé de ne pas suivre les règles du marché et de se débarrasser des produits israéliens pour une question de principe.

Hamdi, 27 ans, qui travaille chez un épicier sur Manara square, explique que le propriétaire avait retiré tous les produits israéliens pendant la guerre de Gaza.

« Tous les produits israéliens ont un substitut, même s’ils sont de moins bonne qualité, a-t-il indiqué au Times of Israel. Cela peut être palestinien ou turc, tant que ce n’est pas israélien. »

Hamdi ajoute que les clients ont été compréhensifs et qu’il achète des substituts aux produits israéliens, à l’exception du lait Tnuva.

« Peut-être qu’ils craignent qu’on ait mis quelque chose dedans », plaisante-t-il.

Sawsan, une étudiante en mathématique de 22 ans, indique qu’elle a été encouragée par la campagne de boycott, même si son application est partielle.

« C’est le moins qu’on puisse faire pour atteindre Israël, explique-t-elle. J’aime bien l’idée mais les magasins ne s’unissent pas dans le boycott. Les produits arabes pourront certainement remplacer les produits israéliens. »