Alors qu’un état de guerre engloutit le nord du Sinaï après l’attaque coordonnée sanglante de l’État islamique sur les positions de l’armée égyptienne mercredi matin, le silence de la bande de Gaza voisine contrôlée par le Hamas est assourdissant.

Une déclaration laconique publiée par le porte-parole du ministère de l’Intérieur de Gaza, Iyad el-Bozom, a informé la population que des renforts de sécurité ont été envoyés à la frontière du Sinaï « afin de stabiliser la situation en matière de sécurité et de maintenir des frontières sûres ».

Le Hamas essaye depuis longtemps de se démarquer de la violence djihadiste à travers la frontière, dans des villes égyptiennes de Rafah, Sheikh Zoweid et El-Arish. Mais la rue égyptienne et son leadership restent sceptiques.

La brève période de rapprochement entre le Hamas et l’Egypte – qui a ouvert sa frontière de Rafah au cours des dernières semaines pour permettre à des milliers de Palestiniens et à des tonnes de ciment de passer dans la bande – est maintenant révolue.

« Fermez le passage [de Rafah] pour de bon ! Ne l’ouvrez jamais      plus ! », a exigé le commentateur de télévision égyptien Ahmad Moussa, mercredi soir, affirmant qu’au moins 200 terroristes, dont 20 combattants étrangers, étaient entrés dans le Sinaï via Gaza. Il a accusé le Hamas d’avoir participé à l’attaque qui a tué au minimum 17 soldats égyptiens. D’autres responsables estiment que le nombre est en fait beaucoup plus élevé.

La page Facebook officielle de l’armée égyptienne a affiché des photos d’hommes armés tués couchés dans le sable, d’AK-47 reposant sur des uniformes de camouflage ensanglantés. La nouvelle bannière de la page, avec des images de F-16 et de cuirassés avec en toile de fond des pyramides de Gizeh, affirme : « La victoire ou le martyre. »

« Si les gens à l’intérieur [de Gaza] meurent, laissez-les mourir. Est-il préférable que nos enfants meurent ? Je préfère préserver la sécurité de mon pays », a déclaré Moussa.

Ce sentiment est exprimé par d’autres groupes de la société civile égyptienne, qui ont accusé le Hamas, jeudi, de contrebande d’armes lourdes dans le Sinaï, avec le financement turc et qatari.

« L’atmosphère dans la bande de Gaza est très pessimiste maintenant », a déclaré jeudi l’employé local d’une organisation non gouvernementale européenne au Times of Israel, qui s’exprimait sous le couvert de l’anonymat. « Cela va certainement affecter négativement la bande de Gaza. »

Au cours des dernières semaines, suite à un dégel des relations du Hamas avec l’Egypte, les autorités égyptiennes ont ouvert la frontière de Rafah, permettant à des milliers de Gazaouis de sortir et d’entrer en Egypte. Mais maintenant, avec la frontière à nouveau fermée, les Gazaouis estiment être revenus à la case départ.

« Même si le passage de Rafah est ouvert, les gens ne peuvent pas entrer en Egypte, car c’est trop dangereux du côté égyptien », note l’employé de l’ONG de Gaza.

Pendant ce temps, Israël a laissé le passage d’Erez ouvert à la circulation civile palestinienne, en dépit d’une escalade de la situation sécuritaire, attribuée au Hamas en Cisjordanie. Selon le Coordonnateur des activités gouvernementales dans les territoires (COGAT), 1 475 personnes sont parties et sont entrées à Gaza via le passage du nord mardi.

Après avoir été brièvement fermé après les attentats du Sinaï mercredi, le passage commercial de Kerem Shalom – entre Gaza et Israël – a rouvert jeudi, permettant à 470 camions chargés de produits, de matériaux de construction et d’aide humanitaire d’entrer à Gaza, a annoncé le ministère de l’Intérieur du Hamas sur son site Internet.

Sur le plan politique, l’assassinat lundi du procureur général au Caire, Hisham Barakat, a éliminé tout espoir de rapprochement entre l’Egypte et le Hamas, une ramification des Frères musulmans, soupçonnés par beaucoup d’avoir orchestré le coup. A l’enterrement de Barakat, les manifestants scandaient : « Il n’y a pas d’autre Dieu qu’Allah et la Fraternité est l’ennemi d’Allah. »

Suite au meurtre de neuf hauts-membres des Frères musulmans lors d’un raid de l’armée égyptienne mercredi, les loyalistes de mouvement ont menacé d’une escalade de la violence, creusant le fossé entre le mouvement islamique illégal et l’État.