Deux hommes de 70 ans et leur groupe ont chanté, gratté, dansé, et sublimé une liste historique de classiques de rock et blues à Tel Aviv mercredi soir, laissant un public de 50 000 Israéliens inspiré, épuisé et heureux.

Les Rolling Stones en Israël : Sometimes, you can get what you want (Parfois, vous pouvez obtenir ce que vous voulez).

Ce n’était pas un concert ordinaire, évidemment. C’était un show du plus grand groupe du monde. Et pour la première fois dans leur vie et de la nôtre, ils se produisaient en Israël.

Les Stones ont eu le temps de faire un peu de tourisme un jour ou deux avant le concert – Charlie Watts et Ronnie Wood ont visité le mur Occidental, Mick Jagger a joggé sur la côte de Césarée, Keith Richards a disparu, et Mick a manifestement appris un peu d’hébreu. Si beaucoup de groupes arrivent à prononcer un « Erev Tov » (Bonsoir) et un « Shalom » ou deux ; Jagger a parlé plus hébreu que d’anglais au début du concert, lançant « Anachnu Haavanim Hamitgalgalot » (Nous sommes les Rolling Stones), « Hokol sababa ? » (Tout roule ?), et l’inoubliable et franchement inexplicable « Kanita naalayim bashuk ? » (Tu as acheté des chaussures au marché) à Ronnie Wood, qui portait des Nike orange plutôt cools.

Pourtant, avec le plus grand respect pour l’hébreu impressionnant de Jagger, c’est pour l’entendre chanter en anglais avec son groupe que nous étions tous là. Et ils ne nous ont pas déçu.

Ils étaient aussi exceptionnels que l’on peut l’espérer d’un groupe légendaire, et considérablement meilleurs à ce à quoi l’on pourrait s’attendre d’un quatuor de musiciens tous plus âgés que l’Etat d’Israël.

Les physiques maigres mais robustes des quatre artistes reflètent bien la vie de personnes qui flirtent avec les extrêmes, et entendent bien continuer à vivre ainsi. Ils produisent de la musique à l’image de leurs deux décennies d’expérience et de leur énergie débordante. Ouvrant la danse avec
« Start Me Up », ils ne se sont plus arrêtés, enchaînant 18 tubes jusqu’à l’incontournable « (I can get no) Satisfaction. »

Jagger (devenu arrière grand-père, la semaine dernière) n’arrêtait pas de gigoter, une merveille de nerfs au style de danse unique. Mais ce que l’on oublie parfois, c’est que l’homme sait chanter, notamment en duo avec la choriste superstar Lisa Fischer. Et qu’il joue un bel harmonica, pour présenter « Midnight Rambler », un plaisir supplémentaire qu’il s’est offert avec son invité, l’ancien guitariste des Stones, Mick Taylor.

Aux côtés de Jagger, Richards, grimaçant, crispé autour de sa guitare, fumait en douce avec Wood quand il pensait que personne ne regardait. Wood, le jeune de 67 ans, réussit beaucoup plus que des solos, et a réussi à jouer « Paint it Black » avec une cigarette nichée entre deux doigts de sa main grattant sa guitare.

Choisir le meilleur d’une liste de ce calibre est impossible, et pourtant,
« Angie » était un doux plaisir, et « Sympathy for the Devil », orchestré par un Jagger en cape rouge, stimulé par des spots graphiques démoniaques, a fait vibrer la foule.

Seul bémol, les deux solos de Keith, mais l’homme a une présence si diaboliquement attachante vous lui pardonnez facilement sa voix cassée.

« Il est bon d’être ici », lance Keith sous une pluie d’applaudissements.
« Mais il est bon d’être n’importe où », poursuit-il malicieusement, déclenchant une acclamation encore plus assourdissante.

Tel Aviv a fait monter la température pour les Stones – il faisait vraiment une chaleur étouffante. « J’ai besoin d’un peu d’eau ; attendez une seconde », a avoué Jagger dès le début, après s’être rapidement rendu compte que trois couches de vêtements était un peu exagéré, et avoir rapidement ôté sa veste mauve scintillante, puis sa chemise mauve psychédélique, pour rester en T-shirt noir. Si les Stones s’en sont sortis indemnes, 147 personnes ont été traitées pour déshydratation, asthme et autres affections.

Un seul homme est resté calme et serein tout le long, le batteur Charlie Watts. Avec quelques prouesses en hébreu, Jagger nous confie que c’est le « Yom Huledet » (anniversaire) de Watts et la foule répond avec un vigoureux « Joyeux anniversaire » en hébreu.

Et entendre Jagger nous souhaiter : « Hag Shavouot Sameach, Israël » (à l’occasion de la fête de Shavouot) – toute pression de boycott jetée aux orties – était tout simplement un délice.

Lorsque la chorale de l’Ecole de musique Buchmann-Mehta réunie sur scène pour le chœur angélique « You Can’t Always Get What You Want” (Vous ne pouvez pas toujours obtenir ce que vous désirez), ce sont des Rolling Stones amoureux d’Israël qui se sont unis à elle pour le vers suivant : « Mais si vous essayez parfois, vous comprendrez que vous pouvez obtenir ce dont vous avez besoin. »