Alors que l’Autorité palestinienne se prépare à reprendre le contrôle de la bande de Gaza, les salaires impayés des milliers de fonctionnaires du Hamas demeure un point litigieux entre Ramallah et Gaza.

Khalil Al-Zayan, un porte-parole du Gaza’s Civil Servants Union [l’Union des fonctionnaires de Gaza, un syndicat], a indiqué au quotidien du Hamas Al-Resalah qu’il avait reçu « la promesse claire » que les employés du Hamas recevraient leurs salaires avant la fête de l’Aid al-Adha, dont la célébration débutera vendredi.

Ihah Nahhal, un porte-parole des employés du secteur public, a affirmé au quotidien que les salaires pourraient être même versés mardi.

Le Hamas emploie environ 50 000 personnes depuis sa prise de pouvoir sanglante dans la bande de Gaza en 2007 – à peu près
30 000 fonctionnaires et 20 000 agents de sécurité. Les salaires – s’ils sont payés en temps et en heure – seront uniquement versés aux employés civils, indique Al-Resalah. Il s’agira des premiers salaires reçus par les employés du Hamas depuis le mois de mai.

L’origine du financement nécessaire pour verser les salaires, estimés à 40 millions par mois, reste obscure. Le Premier ministre de l’Autorité palestinienne, Rami Hamdallah, a expliqué aux journalistes samedi que l’argent ne proviendrait pas du budget de l’AP mais d’un « troisième pays » qu’il a refusé de nommer.

Le vice-Premier ministre, Ziad Abu Amr, a indiqué que même si les salaires n’étaient pas versés dans leur totalité, une avance serait payée avant les fêtes de vendredi.

Le Qatar avait accepté de payer les salaires du Hamas mais les Etats-Unis ont empêché l’Arab Bank de transférer les fonds nécessaires. On ne sait pas si le « troisième pays » en question est le Qatar.

Le désaccord entre le Hamas et le Fatah porte essentiellement sur le fait de savoir si « l’accord exhaustif » conclu jeudi au Caire comprend le versement immédiat des salaires des employés du Hamas. Le dirigeant basé à Gaza, Salah Bardawill, affirme que c’est le cas et met en garde contre tout retard de paiement qui serait comme « un fusible qui ferait sauter l’accord ».

Mahmoud al-Zahar (Crédit : Wissam Nassar/Flash90)

Mahmoud al-Zahar (Crédit : Wissam Nassar/Flash90)

Les autres dirigeants du Hamas affirment que l’entente du Caire est très précise quant au statut des employés du Hamas.

Le membre du bureau politique, Izzat Al-Rishq, explique que la Commission Fatah-Hamas devra négocier les termes de l’intégration des hommes du Hamas dans l’appareil officiel de l’AP.

Cependant, le leader Mahmoud Al-Zahar de Gaza affirme que l’accord du Caire ne fait aucune distinction entre les employés civils et les agents de sécurité.

« De ce fait, leurs salaires doivent leur être versés en entier en même temps que les salaires des fonctionnaires de l’AP, sans discrimination », a expliqué Zahar à l’agence de presse Maan samedi.

On estime qu’il y a environ 70 000 employés de l’AP à Gaza et qu’ils reçoivent leur salaire régulièrement de Ramallah, même si une grande partie de ces employés ont reçu l’ordre de rester chez eux pour protester contre la prise de pouvoir du Hamas de 2007. En juin, en représailles, les forces du Hamas ont empêché les fonctionnaires de l’AP de retirer leurs salaires des banques gazaouies.

Azzam Al-Ahmad, à la tête de la délégation envoyée aux négociations de réconciliation, affirme que le Hamas déforme les propos de l’accord du Caire.

Dans une interview accordée au quotidien jordanien Al-Ghad et publiée lundi, Ahmad soutient que le problème des employés du Hamas ne pourra être résolu que par « une commission légale et administrative » mise en place sous l’égide des accords du Caire de 2011 et qui inclura les ministres du gouvernement et des conseillers du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) et de la Suisse.

Le chef-adjoint du Hamas, Moussa Abu Marzouk (au centre) qui serre la main au chef de la délégation palestinienne, Azzam al-Ahmad (à gauche) après une réunion avec des hauts-responsables égyptiens le 11 août 2014 (Crédit : AFP/Khaled Desouki)

Le chef-adjoint du Hamas, Moussa Abu Marzouk (au centre) qui serre la main au chef de la délégation palestinienne, Azzam al-Ahmad (à gauche) après une réunion avec des hauts-responsables égyptiens le 11 août 2014 (Crédit : AFP/Khaled Desouki)

Cette commission, qui agira sans calendrier précis, présentera ses recommandations au gouvernement d’unité pour qu’il puisse prendre une décision sur le sujet. Il a, entre autres, ajouté que l’Autorité palestinienne rétablira son autorité complète dans la bande de Gaza – « comme c’est le cas en Cisjordanie » – immédiatement après ce week-end de célébration des fêtes.

C’est donc l’argent, symbole non subtil de la lutte pour le pouvoir entre le Hamas et le Fatah, qui continue de menacer l’unité palestinienne qui reste au demeurant fragile.

« La plupart des commentaires que j’entends au sujet de l’entente entre le Fatah et le Hamas peuvent se résumer à ‘nous voulons des actions, pas des mots’ », a écrit Izzat al-Rishq sur sa page Facebook. « Les gens ont raison. Ils ont connu beaucoup d’accords mais rien n’a changé ».