Dans l’épisode des « Simpsons » intitulé « Dormir avec l’ennemi », le punk local et machine à rire-à-deux-tons Nelson Muntz languit de son père, se lançant dans une interprétation gutturale de « Papa, peux-tu m’entendre ? » empruntée au film « Yentl ». (« Papa, peux-tu me voiiiiiiiir ? Papa, peux-tu me trouver dans la nuiiiiiiiiiit ? » s’époumone-t-il d’une voix de fausset).

Dans la comédie moderne, l’humour juif fait partie de la base – et il n’est donc pas surprenant qu’une référence à une célèbre histoire d’amour rabbinique se soit introduite dans le sitcom le plus significatif de l’histoire.

Et pourtant, « les Simpsons », qui ont eu 30 ans au mois d’avril, ne sont pas toujours suffisamment reconnus pour leur authenticité lorsqu’il s’agit de judaïsme. Homer, Marge, Bart, Lisa et Maggie peuvent bien se rendre de mauvaise grâce à l’église tous les dimanches, leur monde a plus de yiddish en lui qu’Herschel Shmoikel Pinchas Yerucham Krustofsky.

Pour les non-initiés, Krustovsky, mieux connu sous son nom de plume, Krusty le Clown, est le porte-parole non officiel des Juifs dans le dessin animé. Son nom de naissance a été de prime abord révélé durant la saison trois dans l’épisode « Tel père, tel clown », où on lui demande de dire les grâces avant le repas avec les Simpson.

« Baruch atah Adonai, eloheinu melech haolam… » commence Krusty.

“Hahaha,” s’esclaffe Homer, « il est en train de dire des trucs bizarres ».

“Non, papa », répond Lisa. « C’est de l’hébreu ».

Réciter le hamotzi rappelle de tristes souvenirs à Krusty, qui régale bientôt les convives de l’histoire malheureuse de son enfance. Le passé de Krusty est très précisément celui des migrations juives typiques : Ses parents, immigrants du Vieux continent, atterrissent aux Etats-Unis à un moment de la première moitié du 20e siècle dans le « Lower East Side de Springfield » –– un quartier de tailleurs, de bouchers et de magasins yarmulke –– où ils veulent élever leur fils.

Mais à la grande consternation de son père, rabbin au Temple Beth Springfield, le jeune Herschel décide de renoncer à une « profession respectable » pour vivre une vie de clown. « Oy vey iz mir », crie le rabbin Hyman Krustovsky, lorsqu’il découvre, plus tard, le plan de carrière secret de Herschel. « Tu as fait s’abattre le déshonneur sur notre famille ! »

Homer Simpson jongle avec son café hafush 'Arôme' et son sandwich lors de l'une de ses aventures israéliennes, dans le cadre du Festival Animix organisé à la cinémathèque de Tel Aviv en août 2016 (Autorisation : Festival Animix )

Homer Simpson jongle avec son café hafush ‘Arôme’ et son sandwich lors de l’une de ses aventures israéliennes, dans le cadre du Festival Animix organisé à la cinémathèque de Tel Aviv en août 2016 (Autorisation : Festival Animix )

Revenons à ce dîner : Krusty y tombe en chute libre. Il a dit finalement la vérité, ce qui mène Bart et Lisa à ourdir un plan pour réunir le père et le fils. Ils assaillent finalement le rabbin de références talmudiques sur les relations parents-enfants, les présentant comme autant de raisons de pardonner à son garçon, et, à la fin de l’épisode, Herschel et Hyman se réconcilient avec de multiples interprétations de « Oh Mein Papa ».

L’épisode, qui est lui-même une parodie du film « The jazz singer », en 1927, n’a pas seulement donné l’idée aux spectateurs de renouer le contact avec leurs proches perdus de vue depuis longtemps. Il a également transformé Krusty, qui est passé de personnage secondaire appréciable à l’incarnation du Juif dans le dessin animé.

« Les enfants Juifs sont reconnaissants qu’il soit là », a commenté l’auteur et le producteur des « Simpson », Mike Reiss, lors d’une interview accordée au Denver Post en 2013.

Dans un autre entretien, aux côtés du scénariste Marc L. Pinsky, Reiss a évoqué le temps – et le travail – consacrés par les auteurs pour s’assurer que « Tel père, Tel clown » reflétait de manière très précise les enseignements de la Torah.

« Pour écrire ce truc, on a pris les services de trois rabbins », a-t-il expliqué. « Ils ont travaillé avec nous pendant toute une semaine pour garantir qu’on faisait les choses correctement au niveau biblique. On adore faire nos devoirs pendant le dessin animé ».

Reiss est une autre pièce du puzzle judaïque des « Simpsons ». L’équipe de création du dessin animé, à l’origine, était constituée d’une bande infernale de talents juifs dont Reiss, James L. Brooks, Sam Simon, et les acteurs de doublage Hank Azaria et Harry Shearer (de manière ironique, c’est un non-juif, Dan Castellaneta, qui assure le doublage de Krusty). Simon lui-même était un modèle de la tradition juive de tzedakah; et avant de mourir d’un cancer du côlon en 2015, il avait promis de faire don de sa fortune estimée à 100 millions de dollars à une organisation caritative.

C’est cette équipe qui devait donner le ton aux « Simpsons » en pimentant les intrigues de clins d’oeil et d’allusions à la religion : le « chai’ suspendu autour du cou de la journaliste Kent Brockman (née Kenny Brockelstein), l’apparition des « rabbins frappeurs » (la réponse de Springfield aux moines bénédictins), l’épisode de circoncision d' »Itchy et Scratchy » (qui s’achève avec Itchy transformant Scratchy en verre de Kiddouch), Homer demandant à Marge s’ils sont Juifs (lorsqu’elle lui répond que non, il fête la nouvelle en entamant un cochon entier).

Des personnages encore moins connus comme Dolph – montré en train de jeter un talit et de courir vers un cours d’hébreu, et le porte-parole de Duff Beer, Duffman, sont plus tard identifiés comme étant des membres de la tribu.

Malgré ces révélations, « Les Simpsons » n’ont pas posé le pied en Israël avant 2010, où les combines prévisibles ont suivi : Homer s’est fait harceler par les douanes pour avoir dit que les pancakes habituels ont meilleur goût que les latkes et Barts s’est fait remettre à sa place par un jeune expert en Krav Maga.

Jacob, le guide, en compagnie des Simpson au mur Occidental (Autorisation : Capture d'écran Youtube)

Jacob, le guide, en compagnie des Simpsons au mur Occidental (Autorisation : Capture d’écran Youtube)

L’épisode, bien sûr, comprend une apparition de Krusty en personne, en train de bourrer de demandes écrites les interstices du mur Occidental pour aider à rembourser tous ses tickets de parking non-payés. Il peut être le Juif résident le plus appréciable du dessin animé mais, comme le dit son père lors d’un épisode ultérieur durant un rêve dans le « Paradis juif », il est également quelque peu… débile.

A ce moment-là, le rabbin Hyman Krustovski est mort et Krusty suppose que malgré leur réconciliation, son père n’a jamais véritablement apprécié son humour. Mais Bart traîne Krusty à la synagogue du rabbin préféré de Hyman, qui aime réciter certaines des vieilles blagues de Krusty.

Il s’avère que la vision de l’au-delà qui montrait feu son père n’était pas vraie du tout, alors que Krusty ajoute une plaisanterie (d’influence juive) de plus aux archives des « Simpsons » : « Mon père me respectait mais n’a jamais pu me le dire », s’exclame-t-il. « C’est le paradis juif ! » ”