Des centaines de personnes ont commémoré vendredi matin à Buenos Aires le 20e anniversaire de l’attentat antisémite contre la mutuelle juive de l’AMIA qui avait fait 85 morts et plus de 300 blessés, dont les commanditaires n’ont jamais été clairement identifiés.

A 09H50 locales (12H50 GMT), l’heure à laquelle une bombe avait explosé le 18 juillet 1994 devant les locaux de l’Association mutuelle israélo-argentine, des sirènes ont retenti et les noms des victimes ont été lus un à un devant le siège reconstruit de l’AMIA.

La communauté juive argentine, la plus importante du sous-continent avec 300 000 membres, commémore cette année en ordre dispersé l’anniversaire du plus grave attentat antisémite jamais commis en Amérique latine.

Cette cérémonie officielle s’est déroulée en l’absence de membres du gouvernement de la présidente Cristina Kirchner, qui n’assiste plus elle-même à ces commémorations annuelles depuis 2011.

Ralph Thomas Saieg, vice-président de l’AMIA, a reproché aux autorités « le peu qui a été fait » ces dernières années pour déterminer l’origine de l’attentat, attribué à l’Iran.

La signature d’un mémorandum accord entre Téhéran et Buenos Aires, qualifié d' »inconstitutionnel » par l’AMIA et d’autres organisations juives, a tendu les relations entre les autorités et la communauté juive.

Cet accord prévoit notamment la constitution d’une commission d’experts étrangers pour faire la lumière sur cet attentat et autorise un juge argentin à aller interroger des suspect en Iran, alors que le dossier est bloqué au niveau judiciaire.

Cet accord « constitue un outil utile pour éclaircir les faits. C’est une responsabilité qui incombe à la justice et le gouvernement a pris toutes les mesures possibles » dans cet but, a affirmé vendredi le chef du gouvernement argentin Jorge Capitanich.

La justice argentine a lancé un mandat d’arrêt contre plusieurs hauts responsables iraniens, accusés d’être les commanditaires de l’attentat, parmi lesquels l’ancien ministre de la Défense Ahmad Vahidi, l’ex-président Ali Rafsandjani (1989-1997) et l’ancien conseiller culturel en Argentine Moshen Rabbani.

L’ancien président argentin Carlos Menem (1989-1999) est également poursuivi pour « dissimulation aggravée », soupçonné d’avoir couvert les responsables.

Dans un message adressé depuis le Vatican, le pape François, ancien archevêque de Buenos Aires, a demandé que « justice soit faite » et qualifié le terrorisme de « folie », assurant les proches des victimes de sa « proximité ».

Trois autres actes commémoratifs sont prévus ce vendredi, dans différents points de la ville, organisés par d’autres organisations juives.