Les deux soldats tués mercredi dans l’embuscade du Hezbollah le long de la frontière Nord, le Capitaine Yochai Kalengel et le Sergent Dor Nini, seront inhumés jeudi.

Israël étudie sa réponse à l’attaque tandis que le Conseil de sécurité de l’ONU envisage des mesures pour atténuer les tensions dans la région.

Des centaines de personnes, parmi lesquelles des dizaines de soldats au béret violet de la brigade Givati, ont assisté avec des proches en larmes à l’enterrement du capitaine Yochai Kalangel, 25 ans, au cimetière militaire du mont Herzl à Jérusalem.

Le capitaine Kalangel, promu au rang de major à titre posthume, a été tué mercredi avec un camarade par des missiles antichars contre un convoi de la brigade Givati près de Ghajar, aux confins d’Israël, de la Syrie et du Liban, au mont du Dov.

Kalengel, un commandant de compagnie âgé de 25 ans, de l’implantation de Har Gilo a été enterré à Jérusalem à 11h, au cimetière militaire du mont Herzl. Il laisse derrière lui une femme et une fillette.

Nini, âgé de 20 ans, originaire de la communauté de Shtulim dans le sud, a été enterré près de son domicile à 14h30.

Sa petite amie le pleure lors de ses funérailles : « S’il te plait, dis-moi que ce n’est pas vrai. Nous étions ensemble pendant six ans. S’il-te-plait, ouvre la porte et entre. Tu me disais toujours que tu te débarrasserais de quiconque qui se trouverait sur notre chemin. Donc s’il-te-plaît, viens et débarrasse-moi de ce cauchemar. Nous avions toujours nos hauts et nos bas mais nous avions toujours su que nous étions faits l’un pour l’autre. Maintenant, je n’ai personne chez qui aller le weekend. Je veux juste que tu me dises que tu m’aimes une fois encore. S’il-te-plait rentre à la maison et dis-moi que c’était juste un cauchemar. »

Les deux jeunes hommes, fraîchement arrivés en renfort, effectuaient une reconnaissance destinée à les familiariser avec une zone sous tension, rapportait le site Ynet qui évoque les investigations de l’armée.

Ils auraient roulé ainsi une demi-heure à bord de véhicules non blindés dans un secteur notoirement exposé, laissant le temps au groupe chiite de les repérer et de profiter du moment où le convoi était arrêté à un barrage pour déclencher le tir d’au moins cinq missiles antichars, selon cette même source.

Avant les funérailles, un ami de Kalengel Ziv Shilon – un capitaine qui a perdu un bras dans la bande de Gaza en 2012 dans un explosion – l’a décrit comme « un superbe commandant, un merveilleux ami, un père incroyable et avant tout un être humain incomparable ».

« Il n’y a pas de mots pour décrire la douleur que nous ressentons », a écrit Shilon sur sa page Facebook. « Nous nous sommes retrouvés ensemble chez lui, impuissants, en priant pour que quelqu’un nous réveille de ce cauchemar. »

La région frontalière est restée calme pendant toute la nuit.

Le calme est revenu jeudi le long de la frontière en état d’alerte. Côté israélien, les agriculteurs s’occupaient de leurs vergers de pommiers au plus près de la barrière frontalière, a constaté un photographe de l’AFP.

L’armée maintenait ses canons sur leurs positions, mais sa présence était moins visible que la veille. Les écoles ont rouvert, comme la station de ski du mont Hermon.

Côté libanais, la situation était également calme, selon des journalistes. L’Agence nationale d’information a fait état de survols de drones israéliens au-dessus du sud du Liban et de la région de la Bekaa (est).

L’armée israélienne a cependant dit considérer ces événements comme les plus graves depuis 2006 et la guerre dévastatrice entre Israël et le Hezbollah chiite libanais. « Ceux qui sont derrière l’attaque en paieront le prix », a promis le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.

Le Premier Ministre Benjamin Netanyahu s'exprimant lors de la cérémonie du 13 janvier 2015 (Crédit : Capture d'écran)

Le Premier Ministre Benjamin Netanyahu s’exprimant lors de la cérémonie du 13 janvier 2015 (Crédit : Capture d’écran)

Dans son communiqué de revendication, le Hezbollah laisse clairement entendre qu’il a frappé en représailles à un raid attribué à Israël le 18 janvier sur le plateau du Golan.

Le raid, dont Israël n’a jamais assumé ni démenti la responsabilité, a tué au moins six membres du Hezbollah.

Les analystes s’accordent cependant à dire que les deux camps pourraient chercher à éviter la surenchère.

Fait rare, le ministre israélien de la Défense, Moshe Yaalon, a fait ouvertement état, sur la radio publique, d’un message que le Hezbollah a selon lui fait passer à Israël par l’intermédiaire de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul) « selon lequel, de leur point de vue, l’incident est terminé ».

Jeudi matin, l’armée israélienne a renouvelé ses travaux de forage le long de la frontière pour exclure la possibilité de tunnels offensifs souterrains. Ce travail avait été arrêté mercredi matin après l’attaque.

Le véhicule des deux soldats a été frappé par le premier des cinq missiles antichars Kornet tirés sur un convoi de Tsahal près de Ghajar, sur une route civile près de la frontière.

D’autres soldats du convoi se sont extraits de leurs véhicules lorsque le premier missile a frappé, prévenant ainsi d’autres pertes, même si sept soldats ont été blessés. Les missiles auraient été tirés depuis une distance d’environ 4,5 km.

Suite à l’attaque, les localités du long de la frontière sont passées en état d’alerte, se préparant à une éventuelle escalade et à d’autres attaques du Hezbollah qui, jusqu’à présent, ne sont pas venues.

Certaines routes ont été fermées pendant plusieurs heures. Les résidents de Ghajar, qui étaient loin du village arabe frontalier lors de l’attaque, ont été empêchés de rejoindre leurs foyers et leurs familles jusqu’au soir.

« Chacun connaît les règles »

Mercredi, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a averti qu’Israël pourrait riposter sévèrement à l’attaque.

L’armée, quant à elle, a déclaré qu’elle allait enquêter sur la raison pour laquelle les deux véhicules touchés par les missiles antichars n’étaient pas blindés.

Son porte-parole Moti Almoz a refusé de répondre aux questions de savoir pourquoi les soldats se déplaçaient dans des véhicules non blindés le long de la route de Ghajar, et a demandé d’attendre patiemment les résultats de l’enquête.

Une source militaire qui a parlé au site d’information Ynet, a déclaré que « la jeep qui a été frappée n’était pas blindée, et je ne pense pas que cela a beaucoup d’importance puisque les missiles utilisés auraient aussi pénétré des véhicules blindés ».

Yaakov Amidror (Crédit : Flash 90)

Yaakov Amidror (Crédit : Flash 90)

« Les risques (d’escalade) sont très minces, pour ainsi dire inexistants », a dit à l’AFP Yaakov Amidror, ancien conseiller à la sécurité nationale sous M. Netanyahu.

« Aucune des deux parties n’a intérêt à une opération majeure. » Pour le Hezbollah en particulier, il est « plus urgent », dit-il, de poursuivre le combat avec l’armée du président Bashar el-Assad en Syrie pour préserver son « arrière-cour » syrienne. « Tout ce qui vient d’Iran passe par la Syrie », à commencer sans doute par les missiles qui ont servi mercredi, juge-t-il.

Les alliés iraniens du Hezbollah « sont occupés par leurs négociations sur le nucléaire avec les grandes puissances et savent qu’une guerre du Hezbollah avec Israël pourrait influencer les positions américaines sur le dossier », note Boaz Ganor, directeur de l’Institut pour le contre-terrorisme d’Herziliya.

Quant à Israël, lui non plus ne veut pas d’une confrontation généralisée quelques semaines avant des législatives anticipées, et « à cause des dégâts énormes que cela provoquerait : le Hezbollah dispose de
100 000 roquettes », bien plus que n’en avait le Hamas avant la guerre de 2014.

Avec le Har Dov, le Hezbollah a délibérément choisi un endroit « pas très compromettant », dit Waddah Charara, professeur de sociologie à l’université libanaise qui parle de « terrain de confrontation dont chacun connaît les règles ».

« On est loin de l’ampleur des représailles promises (après le raid du 18 janvier) par le Hezbollah et l’Iran. Les fermes de Chebaa [Har Dov] sont un territoire controversé entre le Liban et la Syrie et le Hezbollah a joué sur cette ambiguïté. »

AFP a contribué à cet article.