J’ai tourné sur le Boulevard Rothschild de la place HaBima, et j’ai tout à coup pensé que j’étais retournée dans le passé. Je me suis frottée les yeux une fois, deux fois. Non, elles étaient toujours là, une dizaine de tentes colorées sur le Boulevard Rothshchild, des affiches dénonçant le Premier ministre Benjamin Netanyahu et des gens criant au micro contre le prix des logements.

Soudainement, j’ai été submergée par la mémoire des chants résonnant de « La Nation demande de la justice sociale » et des centaines de milliers de personnes fourmillant dans les rues d’Israël pour demander des logements à des prix abordables.

L’été 2011 a été une période de grand espoir, un moment de possible changement, si l’on met de côté la situation géopolitique et les discussions sur les questions économiques qui affectent la vie quotidienne en Israël. Puis tout est retombé et c’était fini, avec quelques tristes vestiges comme les promesses de garderie gratuite et Stav Shaffir à la Knesset.

« Nous étions assis ensemble, un dimanche après-midi, il y a une semaine, préparant le quarantième anniversaire de Shay, et il nous a dit ‘Je n’ai rien à célébrer, j’ai 40 ans et je ne peux pas me permettre d’acheter mon propre appartement’, a déclaré Itamar Pirchi, une militante de 41 ans domiciliée à Tel-Aviv. Alors nous avons décidé de faire un pique-nique avec nos tentes sur le Boulevard Rothschild. »

« Nous avons posté l’événement sur Facebook samedi dernier, et le même jour 600 personnes ont répondu. »

Shay Cohen et ses amis ont installé leurs tentes dimanche à minuit, le véritable anniversaire de Cohen.

Environ 500 personnes sont venues à la manifestation dimanche, y compris des militants de la justice sociale comme le chef de « la manifestation laitière » Naor Narkiss, des officiels et des militants de l’Union Sioniste et de Meretz, Dov Khenin, député de la Liste arabe unie, et des résidents récemment évacués de l’ancien quartier de Tel-Aviv Givat Amal. Environ 15 personnes ont passé la nuit dans les tentes dimanche soir, a déclaré Pirchi.

« C’est une opportunité, un endroit où nous pouvons ouvrir la même conversation, a déclaré Shay Cohen lundi après midi. Beaucoup de choses ont été organisées depuis [2011], le fait que nous soyons même capables de camper ici est un résultat des manifestations pour la justice sociale », a-t-il déclaré.

Pirchi a expliqué que la municipalité autorise les manifestants à rester pendant 48 heures tant qu’ils restent confinés dans un espace de 10 mètres sur 10.

« Nous commençons maintenant quelque chose de nouveau. Nous allons avoir des cercles de conversation ce soir pour décider ce que nous continuerons à faire », a déclaré Cohen.

Des cercles de conversation étaient une base de processus démocratique qui a conduit les manifestants pour la justice sociale. Il a déclaré que Daphni Leef et Stav Shaffir, deux des visages les plus connus de l’été des manifestations pour la justice sociale qu’il connaît depuis 2011, lui avaient souhaité un joyeux anniversaire mais n’ont pas été impliqués dans la manifestation actuelle avec les tentes.

« Ce symbole n’appartient à personne, ils savent que ce n’est pas leur marque », explique Cohen.

Des militants sur le boulevard de Rothschild contre le prix des logements - 2 mars 2015 (Crédit : Melanie Lidman

Des militants contre le prix des logements sur le boulevard Rothschild, le 2 mars 2015 (Crédit : Melanie Lidman

« Nous essayons d’attirer l’attention sur les problèmes sociaux et économiques d’Israël, de la même façon que nous l’avons fait en 2011, et maintenant les gens sont intéressés par les élections », explique Pirchi.

« Les choses ont changé après l’été  2011, pas nécessairement dans le sens dont on pensait qu’elles allaient le faire, mais jusqu’à 2013, nous n’avons jamais eu une élection où le principal sujet était l’économie et les problèmes sociaux », a ajouté Pirchi.

D’autres manifestants n’ont pas partagé l’optimisme de Pirchi. « J’ai été impliquée dans les manifestations sociales, mais les forces sont si puissances que rien n’a changé », a déclaré Tzipi Netsi de Tel-Aviv. Les personnes ont dormi ici des mois et ça n’a pas aidé. »

« Je suis revenue aujourd’hui parce que l’on ne peut pas fuir ce problème, mais je ne vais pas voter parce que ça n’aidera pas et cela ressemble à une plaisanterie », a-t-elle déclaré.

« Le gouvernement actuel est au pouvoir grâce à la manipulation et la peur, a déclaré Gavriel Vinegrad, un étudiant du Collège Atid qui supervisait la musique. Bibi [Benjamin Netanyahu] a déclaré lui-même qu’il essaie de nous faire oublier notre vie de tous les jours par une peur hypothétique et imaginée. L’Iran n’est pas aussi stupide que Bibi veut nous le faire croire, et je ne pense pas qu’il croie lui-même que l’Iran utilisera la bombe nucléaire. »

Les coûts du logement ont augmenté de 55 % entre 2008 et la fin 2013, d’après le récent rapport accablant du Contrôleur des comptes de l’Etat, Yossef Shapira, qui a critiqué les agences gouvernementales pour l’augmentation incontrôlée du coût du logement.

Les loyers ont aussi augmenté d’environ 30 % pendant la période.

Durant l’été 2011, un des éléments les plus inspirants des manifestations étaient les conversations pénétrantes qui avaient lieu entre les étrangers dans la rue.

Plutôt que de simplement passer, les gens s’impliquaient. Ils s’arrêtaient, ils criaient, ils étaient énervés, ils pointaient leurs doigts dans l’air et les uns aux autres, ils étaient inspirés, ils faisaient des liens, et parfois ils ouvraient un peu leur esprit, et ensuite ils rentraient chez eux.

Lundi, c’était une scène tirée directement de 2011 : des dizaines de passants rassemblés autour de la tente d’Anniversaire en train de gesticuler frénétiquement et de crier.

Une moto est passée et a chanté « Bibi ! Bibi ! Bibi ! » Un homme de soixante ans environ a fait la leçon aux manifestants en leur disant qu’ils se comportaient comme des enfants gâtés. Des personnages haut en couleur de Tel-Aviv, sous l’influence de quelques substances, ont fait des signes entre les journalistes pour essayer de passer à la TV, alors que des manifestants passionnés décrivaient leurs difficultés à joindre les deux bouts.

« Nous allons avoir plus de conversations ce soir, nous allons essayer de rester ici plus longtemps, a déclaré Cohen. Ce que nous essayons de faire est de nous assurer que cette question revienne à l’ordre du jour. »