Les États-Unis vont suspendre leur aide à l’Égypte à hauteur de 290 millions de dollars, suite à l’incapacité du Caire de maîtriser les violations des droits de l’Homme, a indiqué Reuters mardi.

Selon l’article, 95,7 millions de dollars seront refusés, et le versement de 195 millions de dollars sera reporté tant que le gouvernement du président Abdel-Fattah al-Sissi n’est pas en mesure de montrer une progression vers la promotion de normes démocratiques, aux yeux des États-Unis, a expliqué Reuters en citant deux sources au fait de la situation.

Cette décision est, d’une certaine manière, une réaction à l’approbation de Sissi en mai à une nouvelle loi controversée, qui appelle à une réglementation pesante des ONG égyptiennes, a indiqué l’une des sources à Reuters. Amnesty International a qualifié cette loi de « choc catastrophique » qui pourrait signer « l’arrêt de mort » des droits de défense des droits de l’homme en Égypte. Des porte-paroles de la Maison Blanche et du département d’État n’ont pas réagi aux demandes de commentaires.

Ces 195 millions de dollars seront suspendus jusqu’à une amélioration de la démocratie et des libertés civiques en Égypte.

« Nous sommes toujours préoccupés par le manque de progrès de l’Égypte dans des domaines importants, notamment les droits de l’homme et la nouvelle loi sur les ONG », a expliqué la source à Reuters.

L'ancien président égyptien Mohamed Morsi, lors de son discours à l'assemblée générale de l'ONU. (Crédit : capture d'écran Youtube/RT)

L’ancien président égyptien Mohamed Morsi, lors de son discours à l’assemblée générale de l’ONU. (Crédit : capture d’écran Youtube/RT)

Les autorités ont mené une répression brutale de toutes formes d’opposition, prenant pour cible directe des organisations de défense des droits de l’Homme, depuis que Sissi a renversé le président islamiste Mohammed Morsi en 2013.

La question des droits de l’Homme a entaché les relations entre la Maison Blanche et Le Caire sous le président Barack Obama, mais l’administration Trump semble avoir adopté une approche différente pour traiter immédiatement avec Sissi.

Quand le dirigeant égyptien s’est rendu à Washington en février, Trump a déclaré aux journalistes que Sissi était « très cher à mes yeux ». Un communiqué après leur rencontre évoquait leur engagement dans la lutte anti-terroriste et dans le renforcement de l’économie égyptienne, sans mentionner la répression de Sissi sur les opposants domestiques, qui a été vivement condamnée par les défenseurs des droits de l’homme.

Mais la question des libertés civiques n’a pas été complètement ignorée par Trump. Le président américain aurait profité de son entretien avec Sissi pour négocier la libération d’un travailleur caritatif américano-égyptien qui est en détention au Caire depuis 3 ans, pour des accusations que les groupes de défenses des droits de l’Homme ont qualifié d’ « arbitraire ».

Les États-Unis allouent à l’Égypte 1,3 milliard de dollars par an dans le cadre du traité de paix de 1979 avec Israël. Israël reçoit plus de trois milliards de dollars. Ce n’est pas la première fois que les États-Unis ont utilisé son assistance comme moyen de pression contre Le Caire.

En 2013, après le renversement du premier dirigeant démocratiquement élu en Égypte, Morsi, les États-Unis ont suspendu la moitié de leur assistance et ont retiré l’assistance militaire, qui comprend 12 avions de combat F-16, 20 missiles et jusqu’à 125 tanks. Cette assistance n’a été restaurée que deux ans plus tard.

Israël aurait intercédé en faveur du Caire, demandant aux Etats-Unis de ne pas couper son financement, de crainte que cela déstabilise l’Égypte et ne sabote l’étroite coopération sécuritaire entre les deux pays.