Le Hamas a nié, mercredi, la présence du groupe terroriste de l’Etat islamique dans la bande de Gaza. Ces dénégations font suite à la distribution de tracts signés par l’organisation djihadiste dans le territoire palestinien au cours de ces dernières semaines, menaçant les femmes et les intellectuels.

« Nous souhaitons rassurer tout le monde, l’EI n’est pas présent dans la bande de Gaza, et les agences de sécurité ont le contrôle de la situation », a déclaré Iyad Al-Bozum, le porte-parole du ministère de l’Intérieur du Hamas à Gaza, lors d’un entretien avec la chaîne libanaise Al-Mayadeen.

L’État islamique d’Irak et la Syrie (EIIS) est l’ancien nom de l’Etat islamique, une émanation djihadiste d’Al-Qaïda dirigée par Abou Bakr al-Baghdadi, qui a réussi à prendre le contrôle de larges pans de territoire dans le nord-est de la Syrie et le nord de l’Irak ces derniers mois.

Lundi, il a été révélé que des affiches signées par « EIIS – Province de Gaza » sont apparus sur les sites de médias sociaux, exigeant que 18 écrivains basés à Gaza se repentent dans les trois jours « pour avoir injurié les principes de l’islam » ou ils devront face à la peine de mort pour apostasie.

Le gouvernement d’union de Rami Hamdallah basé à Ramallah s’est empressé de condamner le message de ces tracts, et l’a qualifié de « précédent dangereux auquel on doit mettre un terme immédiatement ».

Une partie du tract distribué à Gaza supposément par l'EIIS (Crédit : Capture d'écran YouTube)

Une partie du tract distribué à Gaza supposément par l’EIIS (Crédit : Capture d’écran YouTube)

Un autre tract, daté du 29 novembre et intitulé « le hijab, le hijab » (le voile islamique), exige que les femmes de Gaza couvrent leurs têtes « conformément à la charia » sous peine d’être poursuivies par un tribunal islamique.

« Le voile doit être grand et large, il ne doit être ni transparent ni trop serré. Il ne doit pas attirer l’attention par sa beauté ou son parfum », peut-on lire dans cette brochure. « Attention : l’Etat islamique vous accorde une semaine pour vous conformer aux exigences du voile islamique. Toute transgression entraînera la poursuite de la femme et de son gardien devant un tribunal islamique ».

Le quotidien Al-Quds, basé à Jérusalem, a tenté d’enquêter mardi pour découvrir si les messages étaient authentiques. Il a interviewé deux leaders salafistes basés à Gaza qui ont passé des années dans les prisons du Hamas. Les deux hommes, Abul-Aynaa ‘Al-Ansari et Abu-Nur Al-Maqdissi, ont rejeté l’idée que les organisations djihadistes aient pu émettre ces annonces.

« Tous nos combattants de l’Aknaf Bait Al-Maqdis [le nom islamique utilisé pour Israël et les territoires palestiniens] soutiennent l’Etat islamique et chaque décision qu’ils prennent, mais jusqu’ici il n’y a pas eu de véritable bayah [gage d’allégeance islamique] au chef Abou Bakr Al-Baghdadi. En d’autres termes, il n’y a pas encore de province à Gaza appartenant à l’Etat islamique ».

Femmes voilées à Gaza tenant des cierges lors d'une manifestation le 16 août 2013 (Crédit : Flash90/Wissam Nassar)

Femmes voilées à Gaza tenant des cierges lors d’une manifestation le 16 août 2013 (Crédit : Flash90/Wissam Nassar)

Ansari insiste sur le fait que ces tracts ont été fabriqués de toutes pièces. Il souligne que la dénomination utilisée, « Etat islamique en Irak et en Syrie », n’est plus utilisée par l’organisation. Al-Maqsidi accuse les « collaborateurs de l’occupation » de faire circuler ces faux communiqués pour « ternir le nom de l’Etat islamique ».

Il soutient que les relations entre les salafistes de Gaza et le Hamas se sont améliorées ces dernières années grâce à la médiation de représentants religieux arabes.

L’activité djihadiste salafiste n’est pas une chose inconnue dans la bande de Gaza. En août 2009, les forces de sécurité du Hamas ont pris d’assaut la mosquée salafiste Ibn Taymiya et ont tué le prédicateur djihadiste Abdel Latif Moussa qui avait déclaré que Gaza était un « émirat islamique ».

En avril 2011, quatre militants salafistes avaient enlevés et tués le journaliste et militant italien Vittorio Arrigoni. Ces quatre salafistes ont été condamnés à la réclusion à perpétuité assortie à une peine de travaux forcés en septembre 2012.