Une étudiante fait l’objet d’une enquête pour incitation au meurtre après avoir créé une affiche controversée, présentant des photographies du Premier ministre Benjamin Netanyahu avec un nœud coulant.

Elle a été interrogée et libérée mardi.

L’étudiante a été interrogée mardi soir par la police de Jérusalem. Elle avait installé une œuvre d’art dans l’enceinte de l’Académie Bezalel d’arts et de design lundi, qui présentait de multiples affiches de Netanyahu avec un nœud coulant et le mot « ROPE » (corde) entourant une seule affiche du Premier ministre assassiné Yitzhak Rabin.

L’affiche reprenait celle de la campagne présidentielle 2008 de Barack Obama, qui portait le mot « HOPE » (espoir).

L’avocat Rami Othman, qui représente l’étudiante, a affirmé que « tout ce calvaire a été sorti de son contexte. C’est une étudiante de 18 ans qui a terminé un projet de première année sur comment utiliser Photoshop. Il n’y a rien dans ce devoir qui comprenne une incitation au meurtre. Les médias en font une montagne. »

« La corde n’est pas passée autour de la tête du Premier ministre, c’est simplement une affirmation, il n’y a pas d’espoir venant de ce gouvernement, et la nation veut de l’espoir », a déclaré Othman aux médias.

La controverse a commencée quand un membre du Likud a posté lundi après-midi ce qu’il a décrit comme une affiche dans la très prestigieuse école d’art de Jérusalem, Bezalel. Il s’est ensuite avéré que cette image fait en réalité parti d’un travail plus important, qui comprend plusieurs images de Netanyahu et du nœud coulant, autour d’une représentation de l’ancien Premier ministre assassiné Yitzhak Rabin. Près de l’affiche, on peut lire, sur un papier, « ça s’appelle de l’incitation ».

Dans son post, Eli Hazan, directeur des communications et des relations internationales pour le parti du Likud, a déclaré que l’image de Netanyahu était exposée sur le mur de la cage d’escalier de la Bezalel Academy of Arts and Design. La légende de l’affiche se compose d’un seul mot : Rope (corde) et fait écho à l’affiche de campagne d’Obama en 2008, sur laquelle on pouvait lire « Hope » (espoir). « Voilà ce qui est exposé en ce moment à la Bezalel Academy of Arts and Design de Jérusalem », avait écrit Hazan. « Est-ce exposé en tant qu’œuvre d’art ? », poursuivait-il. « Changez le nom et l’image et à la place, placez-y un député de gauche, et exposez le dans une implantation [en Cisjordanie]. Est-ce que ça sera perçu comme de l’incitation ? »

Après que Hazan ait publié cette image, de nombreux politiciens ont réagi à cette accusation d’incitation à la violence. Miri Regev, ministre de la Culture et des Sports a appelé le ministre de l’Éducation Naftali Bennett a discerner l’art et l’incitation, et à stopper le financement de l’école Bezalel.

« La liberté de l’art, ce n’est pas la liberté d’incitation ! Ça commence avec une statue en plein centre-ville, et maintenant un nœud coulant. Ce talent artistique est mis au service de l’incitation à la violence et au meurtre. S’il s’était agi d’une photo du [chef du parti Union sioniste, Isaac Herzog], il y aurait déjà eu des arrestations », a-t-elle affirmé dans un communiqué.

Herzog a également condamné cette affiche et a déclaré : « La liberté d’expression est importante et essentielle, mais il n’est pas justifié de l’utiliser pour inciter à la violence à l’encontre de personnalités publiques, de droite comme de gauche. »

Le président Reuven Rivlin a écrit sur Facebook que cette affiche « dépasse clairement les bornes » et qu’il s’agissait « d’incitation à la violence contre le Premier ministre ». Il a ajouté que « nous avons appris à nos dépens qu’il n’y a pas de place pour ce genre de langage », et que l’artiste doit assumer son travail.

Dans la soirée, il s’est cependant avéré que l’image postée par Hazan sur Facebook n’était que la partie émergée de l’iceberg. Des photos de l’installation artistique complète montraient une dizaines de posters de Netanyahu avec la corde, autour d’une photo de Rabin, et le slogan « traître ».

L’image de Rabin était une photo d’une affiche prise durant une manifestation tapageuse de droite, qui a eu lieu à Jérusalem en 1995, quelques jours avant son assassinat. Netanyahu s’était exprimé lors de cette manifestation depuis un balcon et des accusations et contre-accusations sur son présumé appel à l’incitation persistent jusqu’à nos jours.

Adi Stern, président de l’école Bezalel, a déclaré au quotidien Haaretz dans un article publié mardi matin que l’image avait été sortie de son contexte, et qu’il ne s’agissait « pas d’incitation, mais de l’expression d’une opinion ».

Stern a ajouté que ceux qui critiquent cette œuvre d’art ; qui a été retiré lundi soir ; ont intentionnellement « sorti le travail de son contexte d’origine » à des fins politiques, et il fait remarquer que ledit travail ne faisait pas partie d’une exposition officielle, mais qu’il a été affiché dans la cage d’escalier à l’initiative de l’artiste.

Il a également déclaré sur les ondes de la radio militaire que si toute l’exposition avait été publiée, et non pas uniquement l’affiche de Netanyahu, la réaction « aurait été complètement différente », parce que cette exposition était à propos de l’incitation, et non pas une forme d’incitation en soi.

Ecole des Beaux-Arts de Bezalel (Crédit : Shai Halevi/CC BY SA 3.0/Wikimedia commons)

Ecole des Beaux-Arts de Bezalel (Crédit : Shai Halevi/CC BY SA 3.0/Wikimedia commons)

La députée Zehava Galon (Meretz), qui s’est également exprimée sur la radio de l’armée, a déclaré qu’elle trouvait cette œuvre « de mauvais goût », mais qu’elle était davantage perturbée par l’appel de Regev a mettre fin aux subventions de l’école Bezalel, qui selon Galon, était similaire à « dicter aux étudiants leur façon de penser, de parler et de s’exprimer ».

L’étudiante n’a pas été identifiée de suite, et Stern a assuré à la radio que le personnel de l’école n’a pas retiré les affiches.

Dans un communiqué, l’école Bezalel a déclaré qu’elle était « un espace de liberté d’expression en Israël, qui permet aux étudiants d’avoir des débats libres, critiques et créatifs sur toute une variété de sujets qui les passionnent. Le travail dans la cage d’escalier, est composé de l’affiche, qui apparaît plusieurs fois autour d’une photographie d’une affiche d’incitation contre le Premier ministre Rabin. Juste à côté, un papier indique : « ça s’appelle de l’incitation ».

Le communiqué poursuit : « Nous n’avons pas encore déterminé s’il s’agissait d’un exercice dans le cadre d’un cours ou de l’expression personnelle d’un étudiant. Dans les deux cas, il s’agit d’une expression individuelle, dans les confins de l’académie, dans le cadre d’un débat continu sur les sujets du design, de l’art, de la culture, sur la question des limites, de la transcription des images et de la mémoire. »

« En apparence, le travail correspond à d’autres images connues qui sont porteuses d’un message, notamment le souvenir de l’incitation à la violence contre Rabin, et la célèbre affiche de campagne d’Obama, avec la légende « Hope ».

« L’exercice, qu’il soit réussi ou non, fait partie d’une discussion professionnelle, exposée sur un mur interne de l’école, et n’a pas été publiquement exposé. Il n’y a aucune incitation politique dans ce travail, et c’est en ce sens qu’il faut le juger. »

Un syndicat étudiant de l’école Bezalel a déclaré qu’il ne soutenait pas les messages qualifiant ce travail de violent ou d’incitateur, mais qu’en tant qu’institution d’un établissement d’art, croient en la liberté d’expression et de l’art, et en l’expression de tout le spectre des opinions dans le respect de la loi.