WASHINGTON — Les nuages annonciateurs d’orage et la poignée de manifestants rassemblés en face du Convention Center se sont dissipés avec l’arrivée du soleil. Mais à l’intérieur de la salle caverneuse où l’AIPAC tenait sa séance plénière dimanche, il commençait à faire chaud.

Plus de 10 000 délégués se sont levés et ont applaudi, membres VIP comme étudiants se sont mis à danser et à crier « Amen », tandis que le pasteur Chris Harris demandait s’il pouvait conduire les délégués à l’église. « Je voudrais juste faire un sermon, tout comme nous le ferions à l’église Bright Star de Bronzeville. »

Harris, un fervent partisan de l’AIPAC, a ensuite entraîné les membres de l’église du quartier de Bronzeville à Chicago – ainsi que les délégués de l’AIPAC – à chanter « Walk With Me » pour finir la journée en apothéose.

« Je commence à me sentir à la maison », a déclaré Harris à une foule enthousiaste, qui s’est levée d’un bond quand Harris a abordé les liens grandissants entre les communautés afro-américaines et juives et a accueilli avec enthousiasme sa demande d’« entendre un Amen. »

« Maintenant, je suis à Bright Star, à Bronzeville. Je suis intimement convaincu que Dieu m’a fait venir ici. Il commence à faire chaud ici », s’est-il écrié.

Harris est le pasteur d’une église de quartier à Bronzeville, partenaire de l’AIPAC depuis 2012. Après un voyage dans le sud d’Israël, il s’est rendu compte que les services communautaires d’aide et de soutien post-traumatique, mis en place dans des villes comme Sderot, pouvaient s’appliquer à une ville rongée par le crime comme Bronzeville.

Depuis, il s’est associé à l’université de Chicago et aux hôpitaux de l’université Northwestern, ainsi qu’à d’autres dirigeants communautaires et à United Way [organisation de bienfaisance américaine] pour développer le Bronzeville Dream Center, qui cherche à appliquer le modèle israélien au South Side [partie sud de Chicago].

Il a provoqué l’hilarité du public lorsqu’il a raconté la réaction du maire de Chicago, Rahm Emanuel, lorsqu’il a appris sa participation au congrès annuel de l’AIPAC. « Il m’a dit, ‘vous avez toute mon attention’. » L’attention d’Emanuel s’est transformée en soutien quand Harris lui a parlé du Dream Center et de ses projets pour la communauté.

Au-delà du bon mot d’Emanuel et de la performance vocale du chœur de Bright Star, cet épisode est symbolique d’une réalité nouvelle : l’AIPAC a fourni de sérieux efforts pour élargir sa base démographique.

S’adresser aux communautés latinos et afro-américaines est l’une des priorités de l’organisation depuis quelques années et les résultats se sont faits sentir en séance plénière.

Lors de la session matinale, la représentante de l’université d’Oregon Lindy Mabuya a déclaré aux délégués qu’en tant que sud-africaine, elle se sentait profondément offensée par les comparaisons entre Israël et l’Afrique du Sud à l’ère de l’apartheid.

Mabuya a expliqué qu’elle avait fait l’expérience directe de l’impact de l’apartheid. Sa mère a été contrainte d’abandonner ses études et de travailler comme femme de ménage à cause des lois d’apartheid. Une mère qui a tout fait pour que sa fille soit élevée dans une autre famille afin qu’elle ne connaisse pas le même destin.

En privé, les dirigeants de l’AIPAC ont souligné la diversité au congrès de cette année.

Sur les 2 200 lycées et universités représentés, on dénombre 59 des 100 « universités traditionnellement noires » (HBCU), 19 institutions qualifiées de « campus au service de la communauté hispanique » et 25 « universités et facultés d’orientation chrétienne. »