L’ancien comptable d’Auschwitz Oskar Gröning, 94 ans, condamné en Allemagne à quatre ans de prison pour « complicité » dans le meurtre de 300 000 Juifs, a déposé un pourvoi en cassation, a annoncé lundi son avocat à l’AFP.

Ce pourvoi devant la Cour fédérale allemande suspend l’exécution de la peine infligée mercredi dernier au vieil homme par le tribunal de Lunebourg (nord), en conclusion de ce qui pourrait être le dernier procès d’un ancien nazi.

Il offre aussi à la juridiction suprême basée à Karlsruhe (sud-ouest) l’occasion de statuer sur la responsabilité pénale des anciens SS à qui l’on ne reproche aucune violence directe, comme Gröning, dépeint par l’accusation en simple « rouage » de l’extermination.

Après trois mois d’audience, le nonagénaire a été condamné la semaine dernière pour avoir accepté « un travail de bureau sûr » à Auschwitz, camp emblématique de la Shoah qualifié par le tribunal de « machine entièrement destinée à tuer des gens ».

Le parquet avait requis trois ans et demi de prison, mettant en balance la « contribution mineure » de l’accusé au fonctionnement du camp avec le nombre « presque inimaginable » de victimes.

Le vieil homme, soucieux de s’expliquer, a d’emblée assumé une « faute morale » et a présenté à plusieurs reprises ses excuses, mais sa défense a plaidé l’acquittement, estimant qu’il n’a joué aucun rôle « pertinent sur le plan pénal » dans l’extermination.

Le procès Gröning illustre la sévérité accrue de la justice allemande à l’égard des derniers nazis encore vivants, depuis la condamnation en 2011 de John Demjanjuk, ex-gardien de Sobibor, à cinq ans de prison: sa seule présence au sein du camp avait suffi pour le juger « complice » de meurtres, sans preuve d’actes plus précis.

Demjanjuk s’était pourvu en cassation mais était décédé pendant l’examen de son pourvoi, sans que la Cour fédérale n’ait pu trancher son cas et valider ou invalider cette conception élargie de la responsabilité.

Selon le patron de l’office fédéral chargé d’enquêter contre les crimes nazis, une dizaine de procédures contre d’anciens gardes de camps de la mort sont toujours en cours, même si « beaucoup ont dû être abandonnées » en raison du décès ou de l’état de santé des suspects.

Quelque 1,1 million de personnes, dont un million de Juifs, ont péri entre 1940 et 1945 à Auschwitz-Birkenau, libéré par les troupes soviétiques fin janvier 1945.