Il y a plus qu’un soupçon de Steve Jobs chez le Dr David Agus. Le médecin est vêtu de son uniforme coutumier : chemise blanche boutonnée, pull noir, jean et chaussures noir de cuir, après avoir appris les avantages de l’adoption d’un uniforme de son ancien patient.

En fait, Agus, chercheur oncologue et biomédical primé, devenu un nom aux États-Unis, a reçu plus que des conseils vestimentaires de la Silicon Valley. Il collabore régulièrement avec des pontes de la haute technologie, dont il apprend comment élargir son propre domaine de prédilection.

« J’apprends de tous ces gens et nous parlons de sciences, et leur perspicacité est énorme parce qu’ils abordent les problèmes différemment », dit-il.

C’est dimanche soir, et Agus est à l’hôtel Mamilla de Jérusalem. Il vient d’arriver pour le Forum mondial, un rassemblement de 70 penseurs du monde organisé par la Bibliothèque nationale d’Israël, pour discuter de la façon dont le Peuple du Livre peut utiliser ses traditions anciennes pour les besoins contemporains.

Shimon Peres, président d’honneur de l’événement, a convaincu Agus d’y assister. Même s’il n’est pas le médecin du nonagénaire, Agus et Peres sont des amis et les deux se réunissent tous les six mois. Cette fois, Agus traitera de Maïmonide à la Bibliothèque nationale, de son propre point de vue.

Mais il faut d’abord revenir en arrière et lire quelques-unes des paroles du bon médecin. Agus a étudié Maïmonide à l’Académie hébraïque Akiba de Philadelphie. C’est là qu’il fut inspiré.

« Maïmonide était d’abord un leader », déclare Agus. « Il écoutait son corps et était très prescriptif. Pour créer un changement de comportement normatif, il faut être un leader ».

Maïmonide et Steve Jobs ne sont pas les seuls qui ont guidé Agus. Son grand-père, Rabbi Jacob Agus, un rabbin conservateur et théologien de renom, était un modèle remarquable.

C’était un rabbin qui s’occupait d’une congrégation, ainsi qu’un érudit, un fait qu’Agus a intériorisé dès le début dans son travail de médecin, ainsi que dans toutes ses recherches. Le propre père de David Agus, Zalman Agus, est un professeur émérite de médecine et de physiologie à l’Université de Pennsylvanie, tandis que son frère cadet, Michael Agus, est un pédiatre à l’Hôpital pour enfants de Boston.

« J’ai eu de véritables modèles à suivre dès le début », dit-il.

Diplômé de Princeton, puis de l’université de l’école de médecine de Pennsylvanie, Agus a élu résidence à l’Université Johns Hopkins. Tout en faisant son stage en oncologie au Memorial Sloan-Kettering Cancer Center de New York, il a rencontré Andy Grove, le pionnier du semi-conducteur, qui l’a encouragé à partir pour la côte ouest, où « les choses se font différemment », raconte Agus.

Agus a déménagé avec sa famille en Californie pour diriger le Centre Spielberg de protéomique appliquée au Cedars-Sinai Medical Center de Los Angeles, où il dirigeait une équipe qui développait des technologies pour encourager les médecins à prendre des décisions médicales adaptées aux besoins individuels.

C’est là qu’Agus a découvert que « le mode de pensée de la Silicon Valley » – il vit à Los Angeles, mais travaille avec ses collègues à travers l’État – lui convenait beaucoup mieux. « Nous apprenons comment appréhender les problèmes », dit-il. « J’aime la science pure, mais je veux la traduire, j’ai besoin d’être avec les patients », dit-il.

C’est à peu près ce qu’il a fait tout au long de sa carrière.

Il est actuellement connu et souvent cité pour ses 65 règles pour une meilleure santé, tels que prescrits dans son nouveau livre, « Un petit guide pour une longue vie. » La liste commence avec de la caféine et beaucoup de sourires, se poursuit avec du vin rouge, du saumon et de l’exercice, et comprend des chaussures confortables et une petite aspirine avant le coucher (consultez votre médecin à ce sujet.)

« Nous devons apprendre à mesurer le système que nous sommes, » dit-il. « Ce que vous mangez et comment cela interagit avec le corps. »

Maintenant Agus combine enseignement, recherche et travail avec les patients, et passe beaucoup de temps dans des endroits comme le Forum économique mondial, le Festival d’idées d’Aspen et TEDMED – TED pour le domaine de la santé. Il est aussi au studio CBS à 4 heures du matin, plusieurs matinées par semaine.

« Changer les choses devient une passion, et j’ai décidé de ne pas prêter attention si je suis mal à l’aise devant la caméra », déclare Agus, qui se dit introverti par nature. « J’ai besoin d’être un modèle à suivre, et c’est bizarre, mais vous devez vous y atteler, sans relâche. Je peux parler à quatre millions de personnes chaque matin sur la chaîne CBS. Je peux seulement parler, je peux appeler un chat un chat. Je regarde mes patients mourir quotidiennement, donc je n’ai rien à perdre. »

Ce médecin juif de Beverly Hills marié, deux enfants, fréquente souvent des célébrités.

Neil Young l’appelle « mon mécanicien » – Jobs l’a aidé pour le titre de son premier livre – et le chanteur des Black Eyed Peas, will.i.am, est un copain.

« J’ai le privilège de prendre soin de certaines personnes remarquables », dit-il. « J’ai appris à les connaître, parce que nous sommes dans la même communauté. C’est un monde merveilleux dans lequel si j’ai besoin d’aide pour résoudre un problème informatique, les gens de Google m’aident. Si j’ai un problème de téléconférence, Cisco m’aide. »

Ces interactions l’ont également aidé à adopter une perspective différente, plus large, sur les maladies qu’il étudie. Le cancer, les maladies cardiaques – ce ne sont pas des problèmes biologiques, selon Agus, mais des problèmes de système.

« C’est comme en Israël. Vous devez arriver de Jérusalem à Tel-Aviv sans embouteillages, alors ils ont créé Waze », dit-il, se référant à l’application GPS israélienne qui aide les conducteurs à éviter les bouchons.

Technologie et la médecine, c’est ce qui a fait tilt dans la tête d’Agas.

« A l’avenir, vous rassemblerez vos propres données et aurez un meilleur dialogue avec votre médecin », dit-il. « Une conversation se déroule dans votre corps – c’est ce qu’a compris Maïmonide – et pour la première fois nous avons la technologie qui nous aide à écouter. Vous pouvez utiliser ces données pour apprendre. Des choses positives sont en marche. »