Nochi Dankner, ancien homme d’affaires reconnu coupable en juillet de manipulation du marché et d’autres crimes liés à des titres boursiers, a été condamné lundi à deux ans de prison.

Il lui est notamment reproché d’avoir manipulé à la hausse le prix des actions du groupe pour tenter de le sortir de l’endettement.

Dankner, 62 ans, qui était autrefois l’un des hommes les plus riches du pays, a également été condamné à un an de prison avec sursis et à une amende de 800 000 shekels (environ 190 000 euros).

Son co-accusé, Itay Strum, propriétaire d’une entreprise de gestion de patrimoine des familles aisées, a été condamné à une seule année de prison ferme, à un an avec sursis, et à une amende de 500 000 shekels (environ 119 000 euros).

La cour du district de Tel Aviv a reporté l’exécution des peines au 19 janvier, pour permettre à Dankner et Strum de faire appel. L’avocat de Dankner a déclaré qu’il fera appel du jugement, ont rapporté les médias israéliens.

Les deux hommes ont été condamnés pour leur implication dans un délit d’initiés dans la période qui a précédé l’introduction en bourse de l’entreprise de participation de Dankner, le groupe IDB, en 2012.

Dankner a plongé dans des dettes massives auprès des banques, et a fait face à un mur quand il a essayé de lever de l’argent ou d’obtenir des prêts supplémentaires.

L'homme d'affaires israélien Nochi Dankner arrive à la cour du district de Tel Aviv pour entendre sa condamnation, le 5 décembre 2016. (Crédit : Roy Alima/Flash90)

L’homme d’affaires israélien Nochi Dankner arrive à la cour du district de Tel Aviv pour entendre sa condamnation, le 5 décembre 2016. (Crédit : Roy Alima/Flash90)

Dans une déclaration inhabituellement longue expliquant son verdict, le juge Khalid Kabub a cité lundi les dégâts causés aux investisseurs et à la population par les crimes condamnés, ainsi que la sévérité croissante des peines attribuées aux criminels en col blanc en Israël.

Bien que les procureurs aient requis entre trois et cinq ans de prison pour Dankner, Kabub a déclaré que les crimes de l’homme d’affaires valaient entre 20 et 42 mois de prison, et ceux de Strum 26 mois.

Il a décidé d’imposer des peines situées « dans la partie basse » de cette fourchette en raison de l’influence atténuante des œuvres caritatives des deux hommes.

En sa faveur, Kabub a souligné les activités philanthropiques de Dankner, à hauteur de 40 millions de shekels (environ 9,5 millions d’euros), et les « deux épais dossiers » contenant des centaines de lettres de remerciement pour la générosité de Dankner, de la part de personnalités et de citoyens moyens qui avaient des problèmes.

Il a également noté les 52 lettres et recommandations de personnalité reçues par Strum de la part de commandants de la marine israélienne et d’autres personnages publics.

Dankner, a déclaré Kabub, a été « un homme d’affaires dont le talent l’a porté vers de hauts sommets », mais dont « le monde s’est effondré » quand il a été plongé dans des dettes personnelles.

Ses actes n’étaient cependant pas « ponctuels », a affirmé le juge, et les sommes investies dans l’achat d’actions étaient importantes : 42 millions de shekels (environ 10 millions d’euros) selon l’accusation, 20 millions de shekels (environ 4,8 millions d’euros) selon la défense. L’introduction en bourse avait pour objectif de récolter 324 millions de shekels (environ 77,1 millions d’euros).

En ce qui concerne Strum, le juge a déclaré qu’il lui avait été difficile d’identifier un motif. Strum était un homme d’affaires talentueux qui a cherché à cultiver une relation amicale avec Dankner. « Il semble que la volonté de Strum d’aider les autres est ce qui lui a finalement causé des problèmes. »

Pendant le procès, Dankner n’a pas nié ses « échecs et mauvaises décisions », mais a tenté sans succès de convaincre la cour que ses actes n’étaient pas criminels. Il a essayé de placer une grande partie de la responsabilité de l’effondrement d’IDB sur la réforme du marché des téléphones portables du ministre des Finances Moshe Kahlon, mise en place quand il était ministre des Communications du gouvernement précédent.

La députée de l'Union sioniste Shelly Yachimovich à la Knesset, le 8 juin 2015. (Crédit photo : Miriam Alster/Flash90)

La députée de l’Union sioniste Shelly Yachimovich à la Knesset, le 8 juin 2015. (Crédit photo : Miriam Alster/Flash90)

Shelly Yachimovich, députée de l’Union sioniste, a déclaré sur Twitter immédiatement après la condamnation que « la peine de Dankner doit être partagée avec les régulateurs, les politiques, les banquiers, les journalistes et les dirigeants de conseils municipaux qui ne l’ont pas empêché de voler la population et qui l’ont vénéré. »

Dankner était l’actionnaire majoritaire du groupe IDB, dont le portefeuille comprenait des entreprises prestigieuses, comme Nesher Cement, Super-sol, le groupe de télécommunications Cellcom, le fournisseur internet Netvision et le quotidien Maariv.

Il a perdu le contrôle d’IDB en 2012, quand la compagnie avait des dizaines de millions de dollars de dette. En décembre 2013, un tribunal a attribué le contrôle d’IDB à Eduardo Elsztain, magnat argentin de l’immobilier, et à l’Israélien Moti Ben-Moshe en échange d’une importante injection de liquidités.

Nochi Dankner, considéré comme un symbole du « capitalisme sauvage » à l’israélienne, a été une des principales cibles du mouvement social de l’été 2011 qui s’en est notamment pris aux magnats israéliens.

L’AFP a contribué à cet article.