A Tel Aviv, face à la mer, un bar sans prétention comme ces bars américains qu’on retrouve dans les films dans un bled paumé quelque part en Floride, sur les îles Keys avec vue sur les palmiers qui virevoltent les jours nuageux et venteux. Un écran plasma diffuse des matchs de foot, des serveuses posent des pintes de bières à des gabarits masculins et bourrins, sur une musique de fond un peu ringarde. Et puis soudain vers 23h, une fois par semaine, l’atmosphère change. Et c’est une famille, un rendez-vous incontournable qu’a réussi à créer dans ce bar David Smadja la trentaine sababa, Parisien d’origine et oleh depuis seulement 3 ans.

Sur scène, des musiciens et des chanteurs viennent taper le bœuf, bien souvent ce sont des olim, mais pas uniquement, les clients devenus des habitués aussi. Les serveuses et les patrons sont israéliens, ce qui donne un peu l’impression d’un laboratoire du vivre-ensemble.

Sur scène, de nouveaux talents défilent, certains que Smadja a rencontrés alors qu’ils jouaient sur le bord de plage ou dans les rues, d’autres sont venus par le bouche-à-oreille, ça fait maintenant deux ans que la scène est ouverte tous les lundis et c’est devenu un lieu d’expression et de créativité.

Grâce à l’énergie de Smadja qui fait le lien entre les gens, établit les ordres d’apparitions des artistes sur scène ou au contraire laisse le bordel s’installer et l’imprévu agir au gré des différents tempos, styles et moments de la soirée.

Mais il est dedans aussi, il joue, il chante, il s’éclate et surtout il improvise car c’est son truc l’impro : à propos du chanteur ou musicien qui va monter sur scène, il va clamer, rapper son cv pour nous le présenter (Il est aussi comédien, il a fait partie du Tel Aviv comedy club).

Des talents qui ne savent même pas qu’ils ont du talent car on est en Israël, pas facile de gagner sa vie en étant exclusivement musicien, certains le sont mais d’autres ont des boulots, d’autres encore ne sont même pas professionnels, ils viennent juste pousser la chansonnette et souvent la magie s’opère.

David Smadja (c) au Jessica (Crédit : David Smadja)

David Smadja (c) au Jessica (Crédit : David Smadja)

Il y a des moments où l’un puis l’autre et finalement tout le monde apporte sa part du gâteau, à partir d’un morceau parti de rien, comme ça, une simple mélodie spontanée se prolonge alors sur une quinzaine de minutes. Une grande mixité de voix, d’instruments, de yaourts, il y a celle qui chante comme Amy Winehouse, celle qui fait des improvisations nasales jazzy à la Billie Holyday, celui qui est capable de reproduire tous les sons des instruments, et les langues et nationalités s’entremêlent, même si la française domine souvent.

Il y a ce Colombien Cheo Stein en Israël depuis 3 ans, De cartagena de las indas à Tel Aviv, excellent percussionniste, il crée au moins une nouvelle musique par semaine. Et Monsieur Soussan, alyah de Londres où il a accompagné pendant 15 ans des grandes stars de la musique sur des plateaux télé pour des lives acoustiques.

Cheo Stein (Crédit : David Smadja)

Cheo Stein (Crédit : David Smadja)

Jordan Uzan, pianiste originaire de Cannes, il déchiffre une partition en temps réel, ce qui lui permet d’accompagner n’importe quel chanteur sur n’importe quelle chanson. Influence Stevie wonder, Black Motown…

Raf Barkats : un des meilleurs saxophonistes en Israël. De Marseille, installé à Jérusalem depuis plus de 10 ans. Eugene kurolap, un timbre de voix à la James Blunt, Adam Road avec son compère et bassiste Sam Mendel, artistes Rock’folk, à découvrir sur internet.

Les frères jumeaux Maya (rock reprises et originales) Yoav Lapid (musiques israéliennes, compos) Eitan Chinitz (un musicien qui maîtrise tous les instruments). Et puis l’inénarrable Alain Abadie, senior (il chante depuis 50 ans et a commencé dans les cafés de Beyrouth), en décalage total avec cette petite bande de jeunes, sorte de Johnny Hallyday à la guitare colérique et qui blues sa souffrance.

Au Jessica. (Crédit : David Smadja)

C’est tous les lundis soirs au Jessica. Et même s’il faut être patient, et attendre une bière à la main l’étincelle (qui n’apparaît parfois qu’à partir de minuit, parfois même pas du tout), en général le balagan est là, le spontanite aussi, il y a de la poésie et un esprit troubadour qui apportent une âme à ce lieu qui n’en a pas.

Et de la joie de vivre aussi, malgré les difficultés à joindre les deux bouts, comme si ces olim s’étaient appropriés les codes de la société israélienne et les régurgitaient sur scène, une intégration musicale en quelques sorte.

Certains soirs, on y trouve des membres de la Bohème (collectif de comédiens francophones dont Smadja fait également partie) et entre ces deux petits mondes on aurait presque l’impression d’humer l’esprit du vieux Paris lorsque la capitale accueillait les artistes du monde entier…

 

Jessica Restro Bar

Adresse : Retsif Herbert Samuel St 86, Tel Aviv-Yafo, Israël

Téléphone : +972 73-758-4321