Nous savons qu’ils s’assirent sur les rives du Tigre et de l’Euphrate, et qu’ils pleurèrent. Mais une nouvelle exposition au Musée biblique de Jérusalem remet des visages et des noms aux exilés judéens de l’Ancienne Babylonie, il y a 2 500 ans.

« Les rivières de Babylone » mettent en lumière une collection d’une centaine de tablettes d’argile, rares et datant du 6e siècle mésopotamien.

Ces objets détaillent la vie des Judéens exilés vivant au cœur de l’empire babylonien.

Grâce à ces documents juridiques akkadiens ayant trait à la vie quotidienne et écrits en cunéiforme, les chercheurs ont redonné vie à des générations de Judéens qui vivaient à Babylone mais dont les noms et les traditions évoquaient leur nostalgie pour Sion.

Les tablettes Al-Yahudu font partie d’une collection privée, qui n’avait jamais été montrée au public.

Leur origine est inconnue ; elles ont probablement apparu quelque part dans le sud de l’Irak, mais personne ne sait à quelle date.

Après des décennies passées sur le marché des antiquités, elles ont atterri dans les mains d’un collectionneur privé, David Sofer, qui a proposé de les prêter au Musée biblique. Après deux ans de travail, l’exposition ouvre au public ce dimanche.

« Cela redonne un visage aux vraies personnes qui ont vécu ces événements tragiques », déclare au Times of Israel le docteur Filip Vukosavović, commissaire de l’exposition. Les tablettes ont conservé de nombreux noms judéens – y compris le familier nom de Natanyahu – de la communauté en exil, et comportent même quelques inscriptions en araméen.

L’exposition emmène les visiteurs à travers les derniers jours de Jérusalem avant sa destruction par Nabuchodonosor en 586 avant notre ère, et les fait voyager en Mésopotamie, où les déportés furent réinstallés.

Au centre de la galerie, on trouve un modèle de village mésopotamien, animé de façon à montrer la lumière nocturne chatoyante sur les canaux et les agriculteurs labourant le champ à midi ; une reconstitution semblable aux villages dans lesquels les Judéens avaient établi résidence.

Avant que les textes Al-Yahudu ne furent trouvés et étudiés, les chercheurs n’avaient qu’un aperçu de la vie des Judéens à Babylone, affirme le docteur Wayne Horowitz, professeur d’assyriologie à l’Université hébraïque, qui a aidé à préparer l’exposition et la littérature académique nécessaire.

« Nous avions jusque-là une idée, une tradition, mais nous ne pouvions la valider en tant qu’historiens. Désormais, nous sommes vraiment en train de voir la communauté vivant sa vie quotidienne, de façon très incarnée » affirme-t-il.

Horowitz compare l’expérience des Judéens exilés à celle des nouveaux immigrants en Israël au cours des premières années de l’Etat. Ils ont été installés dans une région du sud de Babylone qui avait été ravagée par des années de guerre et ils ont été forcés de reconstruire les infrastructures et de creuser des canaux. Ces derniers sont les fameuses rivières près desquelles ils pleuraient en se souvenant de Sion.

« C’est seulement une fois qu’ils avaient construit les infrastructures qu’ils ont été autorisés à s’établir et à construire leurs vies » explique Horowitz. Peu après, la communauté est devenue plus prospère et confiante, un fait que l’on peut retrouver dans les documents financiers conservés dans l’argile.

Les tablettes contiennent des informations « inestimables en importance et en quantité », selon Vukosavović. Toujours selon lui, l’exil babylonien constitue « l’événement le plus important dans l’histoire du peuple juif ».

Chaque document relate quand et où il a été écrit et par qui, ce qui fournit aux chercheurs une vision sans précédent de la vie au jour le jour des exilés judéens à Babylone, ainsi que des informations géographiques sur les lieux d’installation des réfugiés. Le moment le plus ancien de la collection, 572 avant notre ère, mentionne la ville d’Al-Yahudu – « Jérusalem » – un village de déplacés venus de Judée.

« Enfin, à travers ces tablettes, nous rencontrons ces personnes, nous apprenons à connaître leurs noms, leurs lieux d’habitations et ce qu’ils faisaient, » affirme Vukosavović.

Ces textes aident à démonter l’idée reçue selon laquelle les Judéens à Babylone étaient des citoyens de seconde classe dans l’Empire, vivant dans des ghettos et forcés au travail difficile. Si certains devaient assumer des travaux de base, d’autres prospéraient, possédaient des biens, des plantations, des esclaves, et faisaient partie de la hiérarchie bureaucratique babylonienne.

« Nous apprenons ainsi que nous n’étions pas des esclaves, comme nous l’étions sous le règne du Pharaon », affirme Vukosavović. « Nous savons ainsi que nous étions des êtres libres à Babylone, vivant à Al-Yahudu, mais aussi dans une douzaine d’autres villes où les Juifs avaient élu domicile ou entretenaient leurs affaires ».

A travers plusieurs médias – vidéos animées, antiquités datant de la destruction de Jérusalem, manuscrits enluminés et illustrations autour de simples textes – l’exposition culmine avec les tablettes d’argile accompagnées de tablettes Apple regorgeant d’informations afin de mieux comprendre les textes cunéiformes.

« L’un des défis de la création de ce spectacle a été de le rendre accessible [au public] », explique la directrice du musée, Amanda Weiss. « Nous avons dû inventer un moyen de séduire toutes les classes d’âge ».

« Il s’agit d’une collection étonnante. C’est vraiment une première mondiale » a déclaré Weiss. « Ces archives n’ont jamais été publiées, et n’ont jamais été montrées au public jusque-là ».

Weiss affirme que le musée ouvre ses portes à des milliers d’écoliers chaque année, et espère que l’exposition « complètera ou inspirera l’apprentissage » de l’histoire biblique, « pour la rendre moins ennuyeuse ou difficile. »

L’exposition ouvre dimanche 1er février, au musée biblique de Jérusalem et durera un an.