Le célèbre groupe britannique Massive Attack a dédié son unique concert au Moyen-Orient aux enfants de Gaza et condamné devant un public libanais en extase les « massacres » d’Israël contre les Palestiniens.

Dans un entretien exclusif à l’AFP, Robert Del Naja, l’un des fondateurs de Massive Attack, est catégorique : « Le bombardement d’une des zones les plus peuplées au monde, d’où les civils ne peuvent pas sortir, c’est vraiment incroyable ».

A l’adresse d’Israël, il ne mâche pas ses mots : « Pour vous protéger, voulez-vous vraiment massacrer un autre peuple ? Au 21 ème siècle, c’est réellement inimaginable », poursuit-il dans les coulisses après le concert, avant de fustiger l’inaction internationale.

« Les politiciens demeurent silencieux. C’est illogique. Cela donne l’impression qu’ils ne sont pas aux postes qu’ils occupent », dit-il.

Sur scène, tout au long du concert, un flot de messages s’inscrivent en surbrillance sur un large écran noir. Le groupe y exprime sa solidarité avec les Gazaouis, mais aussi avec les réfugiés syriens et les chrétiens chassés d’Irak.

« Gaza est occupé ou soumis à des restrictions depuis 1948 » apparaît sur l’écran alors que résonne « Unfinished Sympathy », l’un des plus grand succès de Massive Attack.

Puis : « 8 juillet : Israël a commencé son opération ‘Bordure protectrice’. Population de Gaza : 1.816.000. Bilan des morts israéliens: 60. Civils 7. Morts palestiniens 1.200. Civils: 864 ».

La foule acclame et lève les bras à l’unisson, rare moment d’unité au Liban.

Le groupe, au long passé militant, s’était déjà publiquement opposé en 2003 à l’invasion de l’Irak conduite par les États-unis et la Grande-Bretagne.

Durant le concert apparaissent d’ailleurs en rouge les propos de Tony Blair, Premier ministre britannique à l’époque: « Parfois, la seule chance de faire la paix, c’est d’être prêt à la guerre ». Suivis aussitôt par: « ISIS (L’Etat islamique, ndlr) contrôle maintenant le tiers de l’Irak ».

La brutalité des djihadistes a conduit aux pires atrocités en Syrie et en Irak, où ils ont contraint à la fuite les chrétiens de Mossoul.

La veille du concert, Del Naja et Grant Marshall, autre membre fondateur de Massive Attack, avaient visité le camp palestinien de Bourj al-Barajné, à Beyrouth. Une partie des recettes ira d’ailleurs à une association qui y travaille, le Centre al-Nakab pour les activités des jeunes.

Le Liban abrite selon les chiffres officiels près de 500 000 Palestiniens, en majorité des descendants de ceux qui ont fui leur pays lors de la création de l’État d’Israël en 1948, qui vivent souvent dans des camps insalubres et misérables.

Selon Mohammad, un jeune volontaire du Centre al-Nakab, les habitants étaient « très contents que des étrangers soient venus les voir en signe de solidarité », même si peu d’entre eux avaient entendu parler du groupe.

« Ceux qui le connaissaient étaient toutefois étonnés que Massive Attack nous soutienne », confie le jeune homme à l’AFP.

Pour Del Naja, « cette visite change la perspective, spécialement si vous êtes dans le centre ville de Beyrouth qui ressemble à Miami et que vous allez ensuite dans ce camp où vivent 45 000 personnes sur un km2 ».

Il souligne qu’il y a rencontré « une extraordinaire énergie et des gens admirables ».

Le groupe, qui a refusé de jouer en Israël en signe de protestation, a été critiqué pour son franc-parler. Mais, « dans un monde qui connait une révolution technologique démocratique, on me dit que je dois me taire car je suis un musicien. C’est absurde », balaye Del Naja.

Pour Elie, un habitant de Byblos, le groupe « fait entendre notre voix à travers sa musique ».