Le ministre des Affaires étrangères Avigdor Lieberman a qualifié mercredi le président Recep Tayyip Erdogan d’« un intimidateur antisémite de quartier » et a accusé l’Europe de contribuer à l’augmentation de l’antisémitisme sur le continent en ignorant les récentes déclarations anti-israéliennes d’Erdogan.

Dans un long discours de politique étrangère, Liberman a également prédit une « percée stratégique importante » entre Israël et les Etats arabes modérés d’ici la fin de l’année, mais a déclaré qu’aucun progrès du processus de paix ne serait possible tant que le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas restera au pouvoir.

« Le silence des Etats européens face aux diatribes récurrentes d’Erdogan, qui qualifie notre Etat d’Etat de terreur, conduit à cette même haine meurtrière contre les Juifs en Europe », a déclaré le ministre des Affaires étrangères. Cela est déjà grave que les dirigeants en Europe ne condamnent pas les violations flagrantes des droits de l’Homme en Turquie, poursuit-il, « mais leur tendance à ignorer l’incitation à la haine contre Israël de cet homme cultivé est quelque chose que nous ne pouvons pas ignorer. »

« Si quelqu’un recherche les raisons pour lesquelles l’antisémitisme augmente en Europe – pourquoi et comment cela arrive – ceci est l’une des raisons. Le silence des agneaux que cultive l’Europe – l’Europe du politiquement correct – face à un intimidateur antisémite de quartier comme Erdogan et ses amis nous ramène à la situation des années 1930. »

Lundi, le président turc, connu depuis longtemps pour ses déclarations antisémites, a critiqué le Premier ministre Benjamin Netanyahu pour avoir eu « l’audace » d’assister à la Marche de solidarité contre le terrorisme à Paris et a accusé Israël d’avoir commis du « terrorisme d’Etat » contre les Palestiniens.

Dans son discours, Liberman a déploré la couverture médiatique internationale de l’attaque d’un supermarché à Paris, où quatre Juifs ont été tués. « CNN, par exemple, a tenté d’ignorer l’angle juif », assène-t-il. Lorsque l’on parle de l’incident au supermarché Hypercacher, le journaliste de la chaîne a intentionnellement omis de mentionner que le magasin appartenait à des Juifs et que les otages et les personnes tuées étaient des Juifs qui ont été ciblées uniquement en raison de leur religion, fulmine-t-il.

Partout en Europe, le discours sur les attentats de Paris est axé sur la liberté d’expression, le radicalisme et l’islamophobie, ajoute Liberman. « Mais l’angle juif et celui de l’antisémitisme n’ont pas été mentionnés. Et c’est ce qui est particulièrement grave à la lumière des événements précédents », martèle-t-il, en se référant aux attaques meurtrières contre une école juive à Toulouse et contre le musée juif de Bruxelles. « Le fait qu’ils ferment les yeux sur l’angle juif est quelque chose que nous ne devons pas laisser passer sous silence. »

Le vrai conflit n’est pas entre Israël et les Palestiniens

S’adressant aux diplomates israéliens au ministère des Affaires étrangères à Jérusalem, Liberman a réitéré son appel pour aboutir à un accord entre Israël et les Etats arabes modérés, affirmant que le gouvernement de l’an dernier avait fait des efforts importants pour unir toutes les « forces modérées » du Moyen-Orient.

« Quand je parle d’un accord régional, ce ne sont pas des chimères », insiste-t-il. « Il sera impossible de signer un accord complet détaillé, mais il est possible d’atteindre une percée stratégique et significative d’ici la fin 2015. »

Le ministre des Affaires étrangères aurait rencontré des hauts responsables arabes dans le but d’élaborer un accord de paix régional, mais mercredi il a refusé de donner davantage d’informations cette question.

Au lieu de cela, Liberman a réfuté l’affirmation selon laquelle la paix avec les Palestiniens pourrait être atteinte grâce à une voie bilatérale. Un accord devrait inclure trois éléments : les Palestiniens, les Arabes israéliens et les Etats arabes modérés de la région, affirme-t-il.

« Le vrai conflit n’est pas entre Israël et les Palestiniens. Il est entre les Juifs et les Arabes », poursuit-il.

Un « obstacle important » se dresse sur la voie d’un accord régional et c’est Mahmoud Abbas, ajoute Liberman, en faisant valoir que le leader palestinien est uniquement intéressée par sa survie politique.

« N’importe quelle personne qui souhaite aborder sérieusement la question du processus diplomatique devrait se débarrasser d’Abu Mazen [Abbas] et doit, évidemment, éradiquer le régime du Hamas à Gaza. Tant qu’Abu Mazen siègera à Ramallah et que le Hamas dirigera Gaza – dans ces condition, toute tentative de relancer le processus diplomatique n’est que du blabla. Ce n’est pas possible. »

Les récentes décisions prises par l’Autorité palestinienne de se tourner vers le Conseil de sécurité des Nations Unies et de chercher à adhérer à la Cour pénale internationale ont « franchi toutes les lignes rouges », a déclaré Liberman. Ces manœuvres constituent du « terrorisme diplomatique classique » et « ne nous laisse pas d’autre choix que de prendre des mesures déterminées » contre Abbas.

La décision d’Israël de geler les recettes fiscales palestiniennes, mesure qui a été prise à la suite de la décision palestinienne, ne doit pas être temporaire, prévient le ministre des Affaires étrangères. Dans le passé, Jérusalem cherchait à punir Ramallah pour ses mesures unilatérales en exerçant une retenue de fonds, mais peu de temps après, il les dégelait à nouveau. « Cette fois, il doit être clair que l’argent ne sera pas transféré » avant la chute du régime palestinien actuel, exige-t-il.