En visite mercredi dans une implantation de Cisjordanie, le ministre de la Défense Avigdor Liberman a défendu sa proposition visant à autoriser les Palestiniens à étendre la ville de Qalqilya, en amont d’une réunion du cabinet consacrée à ce projet qui aura lieu ce soir.

Qalqilya, municipalité entourée sur trois côtés par la barrière de sécurité israélienne, est la ville palestinienne la plus densément peuplée de Cisjordanie.

Selon le plan proposé par Liberman, l’Autorité palestinienne serait autorisée à multiplier par deux la taille de la ville en s’élargissant sur des terres qui sont actuellement placées sous contrôle israélien, dans une partie de la Cisjordanie connue sous le nom de Zone C.

Cette proposition a été approuvée l’année dernière dans le cadre de la politique de « la carotte et du bâton » mise en place par Liberman, dans laquelle les Palestiniens sont récompensés pour le maintien du calme et rapidement sanctionnés pour des attaques et autres perturbations de la vie quotidienne en Cisjordanie et à Gaza.

Dans le cadre d’une récente mobilisation de certains membres de la coalition du gouvernement de droite contre cette initiative, le dossier a été ramené sur la table, ainsi que l’éventualité de son abandon.

Qalqilya, vue depuis la barrière de sécurité en Cisjordanie, en 2009. (Crédit : Yossi Zamir/Flash90)

Qalqilya, vue depuis la barrière de sécurité en Cisjordanie, en 2009. (Crédit : Yossi Zamir/Flash90)

Au cours d’une visite organisée mercredi au sein de l’implantation de Maale Shomron en Cisjordanie, Liberman a déclaré que le conflit actuel autour du plan n’était que l’un des aspects d’un débat idéologique plus large.

« C’est une querelle au sein de la droite, entre une droite responsable et sérieuse et une droite messianique et populiste », a-t-il estimé, une référence voilée à son rival, au sein de la coalition, Naftali Bennett, chef du parti HaBayit HaYehudi.

« Cela commence par la question de savoir si nous voulons un état juif ou un état binational et cela va à la question des femmes qui font leur service au sein de l’armée israélienne », a-t-il ajouté. « Qalqilya n’est qu’une excuse ».

Naftali Bennett, président du parti HaBayit Hayehudi, pendant une réunion avec ses députés à la Knesset, le 7 novembre 2016. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Naftali Bennett, président du parti HaBayit Hayehudi, pendant une réunion avec ses députés à la Knesset, le 7 novembre 2016. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

La visite du ministre de la Défense à Maale Shomro était organisée par le président du Conseil régional de Samarie, Yossi Dagan, opposant affirmé au plan de Qalqilya.

Au cours de la visite, Dagan a appelé Liberman à reconsidérer son soutien au projet, qui devrait être débattu par le cabinet dans la soirée de mercredi, affirmant que quiconque fait la promotion de ce plan ne fait qu’avancer les intérêts des Palestiniens.

Liberman a également contesté les propos de Dagan faisant état de la construction de 14 000 habitations dans le cadre du plan de Qalqilya et a affirmé que ce chiffre devrait être plus proche de 6 000, ajoutant que les logements seront construits au cours des 18 prochaines années.

Une carte de la ville palestinienne de Qalqilya. La zone colorée représente le projet d'extension. (Crédit :autorisation du Conseil régional de Samarie)

Une carte de la ville palestinienne de Qalqilya. La zone colorée représente le projet d’extension. (Crédit :autorisation du Conseil régional de Samarie)

Le ministre de la Défense a également rappelé aux chefs des mouvements pro-implantations durant sa visite que les terres concernées étaient propriétés privées de Palestiniens.

« Nous parlons de 300 à 400 habitations par an, c’est tout », a-t-il dit. « Alors je ne peux que recommander de ne parler uniquement que des faits et d’avoir conscience de la réalité, pas seulement d’utiliser des slogans ».

Dagan, pour sa part, a déclaré que le nombre exact d’unités de logements n’avait pas d’importance.

« Multiplier la ville terroriste de Qalqilya met en péril les habitants de Judée et Samarie », a dit Dagan, utilisant le nom biblique de la Cisjordanie.

Cette désignation par Dagan de Qalqilya en tant que « ville terroriste » est étrange dans la mesure où aucun habitant de Qalqilya n’a commis d’acte terroriste depuis deux ans, hormis peut-être dans un cas de tentative d’attentat – bien qu’il n’ait jamais été déterminé si l’attaquant présumé dans cette affaire habitait Qalqilya ou s’il y avait résidé de manière temporaire.

Le ministre de la Défense a contesté l’affirmation faite par Dagan que l’élargissement de la ville puisse venir menacer la sécurité d’Israël, disant que sa politique du « carotte et du bâton » avait été minutieusement examinée par des responsables de la Défense et qu’elle avait « reçu le plein soutien, du point de vue sécuritaire, du chef d’Etat-major, du chef des renseignements militaires, du dirigeant du Commandement [Central] et de celui ayant en charge la Division de la Cisjordanie ».

Qalqiliya, qui contourne la Ligne verte de 1967, était autrefois une destination régulière de shopping pour les Israéliens. Les Palestiniens entraient librement en Israël pour y travailler et certains locaux se souviennent encore de déplacements oisifs en bicyclette pour rejoindre les plages israéliennes de la Méditerranée. Mais tout a changé après le deuxième soulèvement palestinien en l’an 2000, lorsqu’une campagne d’attentats-suicides à la bombe a entraîné de strictes mesures de sécurité et l’édification finale d’une barrière et de clôtures sophistiquées qui coupent la Cisjordanie.

Deux des quatre zèbres transférés du zoo de Ramat Gan à celui de Qalqilya, le 31 janvier 2017. (Crédit : COGAT)

Deux des quatre zèbres transférés du zoo de Ramat Gan à celui de Qalqilya, le 31 janvier 2017. (Crédit : COGAT)

C’est maintenant une ville moribonde qui assure une production agricole et peu d’autres choses. Elle est particulièrement connue pour accueillir un zoo populaire en Cisjordanie, une ménagerie décrépie selon les normes occidentales mais célèbre pour ses travaux de taxidermie sur les animaux morts. Au début de l’année, un ours en cage a arraché le bras d’un enfant palestinien qui tentait apparemment de lui donner à manger.

Avec l’appui des militaires, le cabinet israélien avait approuvé le plan d’expansion l’année dernière. Mais une fois que les habitants d’implantations – furieux que leurs propres permis de construction aient été limités sous la pression des Américains – en ont appris l’existence, ils ont lancé une campagne féroce contre Liberman et le général de division Yoav Mordechai, qui dirige le COGAT, l’organisme rattaché au ministère de la Défense et chargé des Affaires civiles palestiniennes. Les partisans du mouvement pro-implantation ont accusé les deux personnalités de molesse face à la violence palestinienne et de dépasser le cadre de leur autorité.

Les chefs d’implantation ont déclaré que le projet d’élargissement était une « récompense pour la terreur ». Ils ont également noté que Qalqiliya se situe aux abords d’une autoroute majeure en Israël à proximité du point le plus étroit du pays, à seulement 15 kilomètres de la mer Méditerranée, et que la ville pouvait servir de site de lancement pour atteindre le coeur d’Israël.

Plusieurs ministres du cabinet ont depuis clamé qu’ils ignoraient ce pour quoi ils avaient voté et Netanyahu a annoncé qu’il ne se souvenait pas des détails.

Le ministre des Finances, Moshe Kahlon, a répété que le cabinet avait débattu et voté en faveur du plan. « Ceux qui disent ne pas s’en souvenir mentent », a-t-il déclaré.

L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article.