Les organisateurs de la Conférence de sécurité de Munich ont modifié précipitamment vendredi le programme des sessions de dimanche matin, après que le ministre israélien de la Défense, Avigdor Liberman, a déclaré qu’il savourait le programme initial. Il était prévu qu’il partage la scène, de manière sans précédent, avec le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif.

Les organisateurs ont annulé la session prévue entre 0h45 et 11h05, et l’ont remplacée par une série de discours distincts. Zarif devrait à présent s’exprimer une heure avant Liberman, et un panel de discussions a été inséré entre les deux interventions, ce qui ne laisse aucune possibilité qu’ils se rencontrent.

Liberman et Zarif devraient prendre part à la discussion intitulée « Vieilles crises, Nouveau Moyen Orient ? », qui devait être modérée par Lyse Doucet, correspondante internationale en chef de la BBC. Le ministre saoudien des Affaires étrangères, Adel al-Jubeir, et le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu, devaient être les deux autres participants de ce panel.

Pendant un entretien accordé depuis Munich vendredi matin, Liberman avait indiqué qu’il attendait avec impatience cette rencontre, et déclaré qu’il espérait que Zarif resterait dans la salle pour entendre « exactement ce que je pense du régime des ayatollahs de Téhéran. »

Le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif lors d'une conférence de presse après avoir rencontré son homologue français à Téhéran, le 31 janvier 2017. (Crédit : Atta Kenare/AFP)

Le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif lors d’une conférence de presse après avoir rencontré son homologue français à Téhéran, le 31 janvier 2017. (Crédit : Atta Kenare/AFP)

Liberman a dit qu’il déclarerait pendant la session ce qu’il avait déjà dit à plusieurs de ses homologues étrangers pendant des rencontres en marge de la conférence : « le plus grand danger pour la stabilité de tout le Moyen Orient est l’Iran. L’Iran avec ses projets nucléaires, et ses tentatives de faire exploser chaque état, de nuire à la stabilité de chaque pays, peu importe que ce soit le Yémen, le Liban, la Syrie ou Israël. »

Quelques heures après les déclarations de Liberman, les organisateurs de la conférence de Munich ont cependant modifié le programme de dimanche matin.

Plutôt que de regrouper les quatre orateurs pour une seule session, avec Doucet comme modératrice, le programme a été réorganisé. Zarif devait donc s’exprimer à 9h00, un panel sur la politique américaine devait avoir lieu à 9h20 et Liberman devait s’exprimer à 10h05, avant le ministre turc Cavusoglu et le ministre saoudien Al-Jubeir.

Les organisateurs de la conférence de Munich n’ont pas rendu ce changement public immédiatement.

Des policiers devant l'hôtel Bayerischer Hof à Munich, dans le sud de l'Allemagne, où les préparatifs sont en cours pour la Conférence de sécurité de Munich, le 17 février 2017. (Crédit : Thomas Kienzle/AFP)

Des policiers devant l’hôtel Bayerischer Hof à Munich, dans le sud de l’Allemagne, où les préparatifs sont en cours pour la Conférence de sécurité de Munich, le 17 février 2017. (Crédit : Thomas Kienzle/AFP)

Il n’existe pas de précédent récent à la présence de deux importants ministres en exercice, l’un iranien, et l’autre israélien. L’Iran encourage régulièrement la disparition de ce qu’il appelle le régime sioniste.

Vendredi, Zarif avait critiqué Israël sur Twitter, sans citer le pays.

Le ministre israélien de la Défense a déclaré vendredi soir qu’il comptait dire pendant la session que l’Iran était la plus grande menace à la stabilité du Moyen orient.

« J’espère que le ministre Zarif sera dans la salle quand je parlerai », a déclaré Liberman à la Deuxième chaîne.

Il a déclaré qu’il avait discuté de la menace posée par l’Iran avec les ministres de la Défense des Etats-Unis, du Canada, du Royaume-Uni et de Singapour, ainsi qu’avec le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg.

Chacun de ses interlocuteurs a compris son message, a déclaré Liberman.

Le ministre de la Défense Avigdor Liberman depuis la conférence de sécurité de Munich, en Allemagne, le 17 février 2017. (Crédit : Deuxième chaîne)

Le ministre de la Défense Avigdor Liberman depuis la conférence de sécurité de Munich, en Allemagne, le 17 février 2017. (Crédit : Deuxième chaîne)

La conférence annuelle de Munich est connue pour fournir une plateforme ouverte et informelle aux alliés – ainsi qu’aux adversaires.

Le bureau de Liberman avait indiqué vendredi que le ministre de la Défense « parlerait avant l’Iranien » pendant la session telle qu’elle était initialement prévue. La radio publique israélienne avait précisé qu’il n’y aurait pas de dialogue entre les deux hommes.

Vendredi, Liberman a rencontré pour la première fois le secrétaire américain à la Défense James Mattis en marge de la conférence. Il lui a dit qu’Israël a « trois principaux problèmes auxquels il est confronté : ‘l’Iran, l’Iran et l’Iran’ ».

Après leur réunion, les deux hommes se sont mis d’accord pour travailler « avec détermination contre l’Iran », selon le bureau de Liberman.

Lors de la réunion, la première depuis que Mattis a pris ses fonctions le mois dernier, Liberman a appelé à la création d’une coalition anti-iranienne « réelle et efficace » qui s’attaquera « au terrorisme que [l’Iran] lance au monde, au développement des missiles sur lequel il a travaillé et sur sa course à l’armement nucléaire », selon un communiqué de son bureau.

Le ministre de la Défense Avigdor Liberman et son équipe de responsables de la sécurité, et leurs homologues américains dirigés par le secrétaire à la Défense, James Mattis, à la Conférence de Munich sur la sécurité, le 17 février 2017 (Crédit : Ariel Hermoni/ministère de la Défense)

Le ministre de la Défense Avigdor Liberman et son équipe de responsables de la sécurité, et leurs homologues américains dirigés par le secrétaire à la Défense, James Mattis, à la Conférence de Munich sur la sécurité, le 17 février 2017 (Crédit : Ariel Hermoni/ministère de la Défense)

Liberman a déclaré que l’Iran et la Corée du Nord, qui a son propre programme nucléaire, font partie du même « axe du mal », qui comprend également « le Hezbollah et le régime [de Bashar el-] Assad en Syrie. »

Les deux responsables de la Défense ont déclaré qu’ils avaient l’intention d’avoir des lignes de communication « ouvertes et franches » pour améliorer leur coopération, selon le bureau de Liberman.

Liberman et Mattis s’étaient déjà entretenus, mais seulement par téléphone. Les deux hommes avaient déjà échangé le 26 janvier, peu de temps après que la confirmation de la nomination de Mattis par le Sénat américain au poste de secrétaire de la Défense. Ils ont également parlé de la nécessité de « faire progresser la relation militaire entre les Etats-Unis et Israël » et de « protéger l’avantage militaire qualitatif d’Israël ».

Pendant un entretien diffusé jeudi, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a déclaré qu’il prenait la parole au nom de toute la région menacée par un Iran malfaisant, et que cela rapprochait Israël et ses voisins arabes.

Netanyahu a déclaré à Sean Hannity, journaliste de Fox News, que même s’il avait été le plus bruyant face à l’accord nucléaire iranien, les pays arabes, notamment l’Arabie Saoudite et les Emirats Arabes Unis, disaient la même chose tout bas.

« Les pays arabes chuchotent en quelque sorte dans l’ombre. Ils ne le diraient pas tout haut, a-t-il indiqué. J’ai en quelque sorte dû parler pour tout le monde dans la région. »

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s'entretient avec Sean Hannity sur Fox News, le 16 février 2017. (Crédit : capture d'écran Fox News)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’entretient avec Sean Hannity sur Fox News, le 16 février 2017. (Crédit : capture d’écran Fox News)

« L’Iran est devenu plus agressif, plus meurtrier, parraine encore plus le terrorisme », a déclaré Netanyahu, qui était en visite aux États-Unis. « Avec encore plus d’argent. Et les gens se disent ‘attendez une minute, ce tigre rugissant, s’il n’est pas arrêté, il nous dévorera tous’. »

Par ailleurs, l’Iran a déclaré jeudi que l’arsenal nucléaire israélien était la plus grande menace pour la paix mondiale. Israël est la « plus grande menace pour la paix et la sécurité dans la région et dans le monde », a déclaré le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Bahram Ghasemi, cité par l’agence de presse IRNA.

Une grande partie de l’attention de la conférence de cette année se concentre sur la première rencontre entre les dirigeants mondiaux et les membres de l’administration Trump, alors que des inquiétudes subsistent sur l’engagement du nouveau président américain envers l’OTAN et sur sa posture envers la Russie.

Le vice-président Mike Pence, Mattis, et le secrétaire à la sécurité intérieure, John Kelly, dirigent la délégation américaine à la conférence, qui a commencé vendredi.

La chancelière Angela Merkel, le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, le président du Conseil européen, Donald Tusk, et le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, font partie du groupe composé de plus de 30 chefs d’État et de gouvernement, 80 ministres de la Défense et des Affaires étrangères et d’autres responsables qui devraient être présents à la conférence.

Le ministre russe des Affaires étrangères Sergey Lavrov, le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi, le Premier ministre irakien Haider Al-Abadi et le président afghan Ashraf Ghani devaient notamment être présents.

Des agences ont contribué à cet article.