Au milieu des protestations violentes après qu’un homme arabe ait été tué par la police dans le nord d’Israël, le ministre des Affaires étrangères, Avigdor Liberman, a déclaré lundi que les habitants arabes du nord d’Israël ne devaient pas rester des citoyens d’Israël si un accord était conclu sur un Etat palestinien.

« Les gens doivent comprendre que s’il y a un accord, ils ne seront plus citoyens de l’Etat d’Israël, » a-t-il prévenu, se référant aux villes arabes du nord d’Israël jouxtant la Ligne verte. « Vous ne pouvez pas bénéficier de la sécurité sociale et de l’allocation chômage si vous incitez à la violence contre l’Etat. Je pense que cela est clair aujourd’hui – ils devraient être de l’autre côté de la frontière ».

Liberman a précisé qu’il ne voulait pas dire que les résidents devraient être « transférés » de force mais qu’un futur Etat palestinien devrait inclure les 300 000 Arabes israéliens vivant dans cette zone.

« Ils vont rester dans leurs maisons, sur leurs terres, [mais] nous allons modifier la frontière, et l’Autorité palestinienne prendra le contrôle du Triangle. » [Le Triangle fait référence à cette zone de Galilée majoritairement peuplée d’Arabes]

Liberman a réitéré son plan pour échanger une partie du territoire israélien avec une majorité arabe de Cisjordanie contre des blocs d’implantations dans le cadre d’un futur accord avec les Palestiniens.

Pendant ce temps, les protestations au nord d’Israël ont continué lundi matin, alors que 2 000 personnes, dont beaucoup agitaient des drapeaux palestiniens, s’étaient réunies dans la ville de Sakhnin, au nord de Kafr Kanna, la ville où un homme de 22 ans a été abattu par la police samedi, suscitant de violentes manifestations dans la région.

Un étudiant qui faisait partie des manifestants a raconté à la Deuxième chaîne que les manifestations devaient se dérouler de manière pacifique contre les abus de la police. « Il est de notre droit d’exprimer notre colère quant à la conduite de la police, » a-t-il déclaré.

Une manifestation à Kafr Kanna a été prévue pour lundi à midi. Les autres manifestations prévues lundi font suite à des jours d’émeutes et de violence dans les villes arabes du nord d’Israël.

La police a déclaré lundi matin qu’elle enquêtait sur un incident au cours duquel un suspect a jeté une bombe artisanale sur les forces de sécurité opérant près de la ville de Zichron Yaacov dimanche soir. Aucun blessé n’a été signalé, et une équipe de déminage a éliminé l’engin explosif de fabrication artisanale.

La police de Haïfa a également rapporté qu’un cocktail Molotov a été jeté par-dessus la clôture d’une école religieuse de la ville.

Il y avait des traces de suie sur le site, selon Ynet, mais aucun rapport de blessures ou de dommages n’a été signalé.

Un fonctionnaire de la municipalité de Sakhnin a averti que la situation n’allait pas s’améliorer si le Premier ministre Benjamin Netanyahu ne traitait pas la situation de manière adéquate.

« Pour l’instant, les événements dans le secteur arabe sont sous contrôle, mais il semble que si le Premier ministre ne prend pas la responsabilité de considérer les résidents arabes comme des citoyens égaux, les vents ne tourneront pas, » a fait savoir un fonctionnaire anonyme à la Deuxième chaîne. « Toute personne qui veut tirer avantage de cette situation et en faire un tremplin pour les prochaines élections… cela ne se fera pas au détriment du secteur arabe. »

Cependant, le ministre des Affaires étrangères a accusé : « il est clair qu’il y a des gens qui incitent à la violence et jettent de l’huile sur le feu. Nous devons agir de manière décisive contre les agitateurs et ceux qui s’en prennent à la loi » a-t-il assuré.

Une vidéo de la fusillade de samedi a montré l’homme, Kheir Hamdan, attaquer une voiture de police avec un couteau, puis être tué par la police alors qu’il semblait reculer.

Le policier qui avait tiré la balle mortelle – le seul coup de feu tiré dans l’incident – a déclaré aux enquêteurs qu’il croyait que la vie de ses collègues était en danger, et qu’il a tiré pour blesser mais pas pour tuer, a rapporté dimanche la Deuxième chaîne. Il était le conducteur de la voiture de patrouille, et s’était rendu à Kafr Kanna avec trois collègues.

Les quatre policiers font l’objet d’une enquête, mais aucun n’a été suspendu, et tous seront réaffectés lundi dans des « zones moins tendues » du pays.

Liberman a soutenu le policier qui a tiré le coup mortel, le qualifiant d’ « homme juste » et a affirmé que « nous avons vu les images, et nous avons vu des incidents dans le passé où les agents de police n’ont pas agi de manière décisive et l’ont payé de leur vie ».

Le ministre de la Sécurité intérieure Yitzhak Aharonovitch a rejoint Liberman en soutenant aussi la police.

« J’apporte mon total soutien et mon entière confiance à la police qui a agi en légitime défense et a neutralisé la menace, » a-t-il assuré.

Aharonovitch a ajouté, cependant, que la question avait été transférée au service d’enquête interne du ministère de la Justice pour une enquête approfondie sur la conduite des policiers au cours de l’incident.