Le Premier ministre libyen, Ali Zeidan, a annoncé mardi soir qu’un « compromis » avait été trouvé avec des ex-rebelles qui avaient lancé un ultimatum de quelques heures au Parlement pour quitter le pouvoir.

Des groupes armés libyens avaient donné mardi au Congrès général national (CGN), la plus haute autorité politique du pays, quelques heures pour quitter le pouvoir, sans toutefois passer immédiatement à l’action après l’expiration de leur ultimatum.

M. Zeidan a indiqué dans une brève déclaration à la presse avoir engagé des discussions avec différents groupes d’ex-rebelles, l’ONU et le CGN, annonçant qu’un « compromis a été trouvé » et que « la sagesse l’a emporté ».

Le Premier ministre n’a toutefois pas fourni de précisions sur la nature du compromis.

Plus tôt, le chef de la Mission de l’ONU (Unsmil) en Libye, Tarek Metri, a indiqué à l’AFP qu’il avait rencontré des commandants d’ex-rebelles pour les convaincre de « donner une chance au dialogue politique ».

« J’ai visité un certain nombre de commandants des Thowars (révolutionnaires) à l’origine de l’ultimatum et je leur ai demandé de donner une chance au dialogue politique, sur la base de la tenue d’élections générales anticipées », a-t-il dit.

« Nous donnons au Congrès, dont le mandat a expiré, cinq heures pour remettre le pouvoir », soit jusqu’à 21H30, ont déclaré en début d’après-midi des chefs ex-rebelles, des puissantes brigades d’Al-Qaaqaa et Al-Sawaek, originaire de Zenten (ouest) menaçant d’arrêter tout député récalcitrant.

Le Congrès a aussitôt dénoncé cette initiative comme une menace de « coup d’Etat ».

Dans un bref communiqué conjoint, les partenaires internationaux de la Libye ont indiqué qu’ils soutenaient « pleinement le processus de transition démocratique », rejetant toute utilisation de la force.

Depuis fin janvier, le CGN fait face à un mouvement de contestation en raison de sa décision controversée de prolonger son mandat, qui devait initialement s’achever le 7 février.

Sous la pression de la rue, le Congrès a finalement annoncé dimanche un accord entre ses blocs politiques pour des élections anticipées, en vue de désigner de nouvelles autorités de transition en attendant la Constitution.

Le CGN n’a pas fixé toutefois une date pour les élections et n’arrive pas à trouver un consensus sur la nature du scrutin : parlementaire ou parlementaire et présidentielle à la fois.

Après la chute des institutions liées au régime de Mouammar Kadhafi en 2011, les nouvelles autorités ont chargé les ex-rebelles d’assurer la sécurité du pays mais elles ont vite perdu le contrôle sur ces milices lourdement armées.

Jeudi, les Libyens doivent se rendre aux urnes pour choisir une soixantaine de personnalités chargées de rédiger la Loi fondamentale.

La future Constitution, qui devra être approuvée par référendum, doit trancher sur des questions importantes comme la structure du pouvoir, le statut des minorités et la place de la charia (loi islamique).

Les membres de l’Assemblée doivent représenter les trois régions historiques de la Libye –la Cyrénaïque (est), le Fezzan (sud) et la Tripolitaine (ouest)–, sur le modèle du comité des Soixante qui avait rédigé la première Constitution en 1951, abolie en 1977 par Mouammar Kadhafi.

Sur les 60 sièges de la future Constituante, six sont réservés aux minorités (Toubou, Amazigh et Touareg), et six autres aux femmes.

Mais les Amazighs boycottent le scrutin pour protester contre l’absence de mécanismes garantissant leurs droits culturels, et l’Assemblée ne comptera que 58 membres.

Au total, 692 candidats sont inscrits pour ces élections, dont 73 femmes, selon les dernières statistiques de la Haute commission électorale (Hnec).

La campagne électorale a été timide, essentiellement limitée aux réseaux sociaux, dans le désintérêt le plus total de la population.

En effet, contrairement aux premières élections libres du pays tenues en juillet 2012, les Libyens sont beaucoup moins enthousiastes: ils sont 1,1 million à s’être inscrits pour voter jeudi contre plus de 2,7 millions en 2012 sur 3,4 millions d’électeurs éligibles.

« Les Libyens sont déçus par ceux qu’ils ont élus en 2012. La plupart ne sont pas tentés de renouveler l’expérience », déplore Fouad al-Kib, un fonctionnaire de 46 ans qui ne souhaite pas voter.

Le président de la Hnec, Nouri al-Abbar, a appelé « le gouvernement à assurer un climat adéquat pour le bon déroulement de ces élections », alors que la sécurité du scrutin suscite en effet des inquiétudes.

D’ailleurs, pour des raisons de sécurité, le Centre Carter a décidé de n’envoyer qu’une mission réduite de six membres.