Profitant du chaos en Libye, le groupe Etat islamique (EI) a trouvé dans ce pays un terrain propice pour y tailler un fief, ce qui inquiète de plus en plus l’Egypte voisine ou l’Italie, qui est prête à diriger une coalition anti-djihadistes.

La vidéo diffusée dimanche par le groupe, montrant la décapitation d’hommes présentés comme des Egyptiens coptes, illustre la détermination de l’EI à exporter ses méthodes brutales en dehors de ses fiefs syrien et irakien.

Le groupe a commencé vraiment à faire parler de lui en Libye ces dernières semaines, en revendiquant notamment une attaque perpétrée le 27 janvier contre l’hôtel Corinthia au coeur de la capitale libyenne, qui s’est soldée par la mort de neuf personnes dont cinq étrangers.

Ses combattants profitent surtout de l’anarchie qui prévaut dans le pays depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011.

Les autorités ne parviennent pas en effet à contrôler des dizaines de groupes d’insurgés lourdement armés aux motivations et idéologies diverses.

Et depuis quelques mois, deux coalitions armées se disputent le pouvoir. La première est conduite par le général Khalifa Haftar qui dit combattre le « terrorisme » dans l’est libyen. Elle est soutenue par le parlement et le gouvernement reconnus par la communauté internationale.

Face à elle, « Fajr Libya » regroupe des milices essentiellement de la ville de Misrata (ouest). Elle s’est emparée de la capitale l’été dernier et y a installé un gouvernement parallèle tout en remettant en service le parlement sortant, le Congrès général national (CGN).

Tout en dénonçant régulièrement « le terrorisme », « Fajr Libya » maintient des liens flous avec des groupes radicaux comme Ansar Asharia et n’a pas encore reconnu que l’EI était présent en Libye. Elle accuse Haftar et des partisans de l’ancien régime d’avoir monté un « complot » pour justifier une intervention étrangère qui affaiblirait ses rivaux.

‘Cellules dormantes’

Lundi encore, le CGN a affirmé qu’il n’avait pas encore de confirmation que la décapitation des 21 Egyptiens annoncée par EI se soit déroulée en Libye.

De l’autre côté, le porte-parole des forces de Haftar, a indiqué que « l’armée libyenne était engagée dans des batailles féroces avec l’EI ».

« Il y a des cellules dormantes dans chaque ville, qui ont des liaisons directes avec (le chef de l’EI Abou Bakr) al-Baghdadi. Et il y aura d’autres opérations terroristes contre les Libyens ou les étrangers résidents en Libye », a expliqué à l’AFP le colonel Ahmed al-Mesmari, appelant à un soutien de la communauté internationale.

Avec l’exécution des 21 coptes, l’EI « veut montrer au public jihadiste que sa branche en Libye est désormais développée et qu’elle est la plus puissante de toutes les branches en dehors du territoire syro-irakien », indique l’expert Romain Caillet, spécialiste des mouvements djihadistes.

La montée de l’EI inquiète au plus haut niveau les voisins de la Libye comme l’Egypte ou la Tunisie. Ainsi que des pays du sud, dont le Niger et le Tchad, qui ont récemment estimé qu’une intervention militaire internationale était « indispensable » en Libye.

‘Terrain complexe’

Sur l’autre rive de la Méditerranée, l’Italie est également aux avant-postes, confrontée régulièrement à des flux d’immigrés clandestins partis des côtes libyennes, à 200 miles de ses rivages.

Rome a indiqué ce week-end qu’elle était prête à envoyer plusieurs milliers d’hommes et à prendre la tête rapidement d’une coalition de pays européens et de la région.

« L’Italie dont les côtes sont très proches de la Libye, est la plus concernée par cette menace. Ceci explique la réaction de ce pays et son appel à une intervention », souligne l’expert Ahmed Mohamed Nouh.

« L’Europe a bien compris que, pour elle, le problème ne venait pas de Syrie ou d’Irak, mais de la Libye qui est très proche de ses côtes », ajoute-t-il, affirmant possible une intervention militaire limitée conduite par l’UE.

Un diplomate arabe ayant été en poste à Tripoli estime toutefois qu’une « intervention militaire en Libye ne serait pas aussi facile sur un terrain très complexe où se mêlent les intérêts et les appartenances ».

« Elle sera surement rejetée par Fajr Libya qui entretient des liens douteux avec des groupes islamistes modérés mais aussi radicaux. Ce qui diminuera considérablement les chances de réussite de n’importe quelle coalition même si elle est mandatée par l’ONU », souligne-t-il sous couvert de l’anonymat.

« Mais à ce stade, les Libyens ne peuvent plus décider qui peut intervenir en Libye et comment. La Libye n’est plus un problème libyen », affirme l’analyste Mohamed el-Jareh.