L’Autorité palestinienne peut considérer la proposition du transfert de l’ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem comme une « déclaration de guerre » mais les Palestiniens ne semblent pas particulièrement troublés par cette initiative, a indiqué un agent des renseignements de l’armée israélienne jeudi.

L’agent, s’exprimant sous couvert d’anonymat comme c’est la règle au sein de l’armée, a expliqué que les conversations dans les rues palestiniennes s’intéressaient plutôt à des problématiques intérieures.

« Les faits ne démontrent pas que la population ait vraiment tendance ici » à exprimer une inquiétude face à cette initiative, a déclaré le responsable du Commandement central aux journalistes.

« Les leaders arabes et occidentaux ont mis en garde contre une éventuelle ‘explosion’ si Trump devait tenir sa promesse de campagne visant à déplacer l’ambassade, certains responsables palestiniens qualifiant cette initiative de « déclaration de guerre ».

Tandis que la Maison Blanche a déjà démenti que ce déménagement pourrait se faire à court terme – le porte-parole Sean Spicer a déclaré en début de semaine qu »‘aucune décision n’a été encore prise » sur la question – ce dossier reste épineux du côté des dirigeants arabes, avec des condamnations et des avertissements lancés presque quotidiennement.

« Je ne veux pas encore en parler. C’est prématuré », a expliqué Donald Trump jeudi au commentateur de Fox News, Sean Hannity, au cours d’une vaste interview accordée depuis la Maison Blanche.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et Donald Trump, alors candidat républicain à la présidentielle américaine, se rencontrent à la Trump Tower de New York, le 25 septembre 2016. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et Donald Trump, alors candidat républicain à la présidentielle américaine, se rencontrent à la Trump Tower de New York, le 25 septembre 2016. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)

De nombreux responsables élus israéliens ont exprimé leur enthousiasme face au transfert de l’ambassade qui, disent-ils, constituerait la reconnaissance officielle de Jérusalem en tant que capitale de l’état juif.

Mais aujourd’hui, les alliés d’Israël semblent ne pas partager ce même point de vue. Ils estiment que la question doit être négociée avec les Palestiniens qui revendiquent Jérusalem-Est comme capitale de leur futur état.

Le maire de Jérusalem Nir Barkat, défenseur ardent de ce transfert, a lancé une campagne sur les médias sociaux pour promouvoir la réalisation de cette relocalisation auprès de l’administration Trump.

Les Palestiniens ont insinué qu’une telle initiative pourrait entraîner des actes de violence.

« Pour nous, le déplacement de l’ambassade à Jérusalem est une déclaration de guerre contre les musulmans », a déclaré Jibril Rajoub, membre du comité central du Fatah et président de l’Association palestinienne de Football, a déclaré Jibril Rajoub au Times of Israel dans une interview accordée au début de la semaine.

Le chef de l'Association du Football palestinien (PFA) Rajoub lors d'une conférence de presse le 12 octobre 2016 à Ramallah, en Cisjordanie (Crédit :  Abbas Momani/AFP)

Le chef de l’Association du Football palestinien (PFA) Rajoub lors d’une conférence de presse le 12 octobre 2016 à Ramallah, en Cisjordanie (Crédit : Abbas Momani/AFP)

« Nous parlons d’une mesure dangereuse qui n’apportera pas de stabilité sur le terrain », a-t-il poursuivi, ajoutant que cette mesure « contrevient aux résolutions précédentes des Nations unies et à la politique des Etats-Unis depuis 1967 ».

Les Jordaniens, qui sont restés engagés au niveau diplomatique dans les problématiques touchant Jérusalem, se sont aussi exprimés en défaveur de l’initiative proposée.

Lors d’une rencontre avec le président de l’AP, Mahmoud Abbas, le roi Abdallah II de Jordanie a déclaré au début de la semaine qu’une telle mesure serait le « franchissement d’une ligne rouge »

Le roi Abdallah II de Jordanie, à droite, avec le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas avant une réunion au Palais Royal d'Amman, le 12 novembre 2014. (Crédit : Khalil Mazraawi/AFP)

Le roi Abdallah II de Jordanie, à droite, avec le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas avant une réunion au Palais Royal d’Amman, le 12 novembre 2014. (Crédit : Khalil Mazraawi/AFP)

L’agent, prudent, n’a pas fait part du scénario anticipé par l’armée si l’ambassade devait déménager. « Je me prépare personnellement à tous les cas de figure et je ne m’intéresse donc pas à une question spécifique », a-t-il indiqué.

Mais, a noté l’agent des renseignements, tandis que les dirigeants arabes ont condamné la proposition dans des termes qui ne laissent planer aucun doute, cette colère ne semble pas être partagée par le Palestinien moyen.

Contrairement à ce qui a pu se produire dans le passé, où des organisations politiques et terroristes palestiniennes se livraient à des actes de violence, une vague d’attaques au couteau, à la voiture-bélier et à l’arme à feu semble émaner davantage depuis 2015 de « loups solitaires », des individus n’entretenant que peu de liens avec de tels groupes et qui agissent individuellement.

L’agent a tout de même mis en garde contre d’éventuelles éruptions de violence, même s’il n’a pas voulu ouvertement fait part de son éventuelle inquiétude face à de potentielles réactions des Palestiniens.

« Les gens tentent toujours de lier des attaques terroristes à des événements spécifiques », a-t-il dit.