Si le président Barack Obama a bien appelé le Premier ministre Benjamin Netanyahu jeudi, deux jours après le triomphe électoral du Likud aux élections israéliennes, l’heure n’était pas aux félicitations. 

La conversation de 30 minutes a été plutôt amère, comme l’ont rapporté les deux principales chaînes d’information d’Israël vendredi soir.

Citant des sources anonymes israéliennes, les reportages israéliens affirment qu’Obama a laissé entendre qu’il ne croyait pas que Netanyahu était sincèrement favorable à une solution à deux Etats pour résoudre le conflit israélo-palestinien. Le président américain aurait également annoncé que les Etats-Unis ne soutiendront plus automatiquement Israël aux Nations unies.

Selon une source s’exprimant pour la Dixième chaîne, Obama aurait laissé à Netanyahu « l’impression qu’il a l’intention d’abandonner Israël à l’ONU. »

Selon des informateurs cités par la Deuxième chaîne, cela ferait au moins quatre mois que les Etats-Unis envisageraient effectivement de réévaluer leurs liens avec Israël, y compris leur soutien systématique à l’Etat juif au Conseil de sécurité des Nations unies.

Bien que Washington affirme que cette réévaluation est la conséquence des déclarations de Netanyahu de lundi dans lesquelles il rejetait la création d’un Etat palestinien, et sur lesquelles il est revenu jeudi, les officiels cités affirment que ce n’est pas le cas.

La menace selon laquelle les relations israélo-américaines seraient en passe d’être repensées a été longuement détaillée cette semaine et, selon les reportages télévisés, a été énoncée directement à Netanyahu par Obama dans l’appel téléphonique de jeudi.

Pendant la conversation de 30 minutes, décrite comme « difficile » par la Deuxième chaîne, Obama a fait clairement savoir au Premier ministre que les Etats-Unis reconsidéraient leur soutien à Israël à l’ONU, ainsi que leur approche de la paix israélo-palestinienne, à la lumière de la déclaration pré-électorale de Netanyahu dans laquelle il rejetait la création d’un Etat palestinien.

La Dixième chaîne a ajouté que Netanyahu a été catégorique quant au maintien de son ambassadeur aux États-Unis, Ron Dermer, et ce malgré de fortes critiques américaines.

Jeudi, Netanyahu avait fait marche arrière quant à sa déclaration de lundi où il s’opposait à la création d’un Etat palestinien. Il avait affirmé qu’il soutenait encore une solution à deux Etats qui serait durable et pacifique. Washington a toutefois rapidement rejeté ses nouveaux commentaires, plus modérés.

Interrogé vendredi sur les raisons pour lesquelles Washington ne prenait pas au sérieux les déclarations de Netanyahu, le porte-parole de la Maison Blanche, Josh Earnest, a rétorqué : «  Eh bien, je suppose que la question est : Laquelle ? ». 

Earnest a ajouté que l’administration Obama prenait au sérieux les déclarations de Netanyahu, et a compris que le Premier ministre n’envisage pas l’établissement d’un Etat palestinien au cours de son mandat.

« Les commentaires contradictoires du Premier ministre suscitent, légitimement, des questions sur son engagement à ce principe politique et sur son manque d’engagement pour ce qui a été le fondement de notre politique de décision dans la région »  a expliqué Earnest.

Selon le porte-parole, Netanyahu a soulevé des questions au sujet de son « opinion réelle » sur la solution à deux Etats. « Les mots sont importants ».

Interrogé vendredi pour savoir si Obama a mieux compris la position de Netanyahu sur un Etat palestinien après avoir parlé avec lui, Earnest a répondu : « Cela n’a pas été le résultat de la conversation ».

Earnest dit que l’administration n’a pas décidé ce qu’une réévaluation de la politique pourrait signifier. Mais il a relevé que, dans le passé, les États-Unis se sont régulièrement opposés aux résolutions de l’ONU visant à créer un Etat palestinien en faisant valoir qu’un tel arrangement à deux Etats devait être négocié entre les parties.

« Ce qui a changé, c’est que notre allié dans ces conversations, Israël, a indiqué qu’il n’était plus lié à cette approche, » a conclu Earnest.