Les maigres espoirs soulevés par la reprise des pourparlers de paix israélo-palestiniens à l’initiative du secrétaire d’Etat américain John Kerry se sont amenuisés, et paraissaient mercredi évanouis, à moins d’un mois de l’échéance.

Le 19 juillet, M. Kerry annonce contre toute attente avoir arraché l’accord du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et du président palestinien Mahmoud Abbas à une reprise des pourparlers, interrompus depuis presque trois ans.

Un commentateur politique israélien considère alors que M. Kerry a « sorti du four un gâteau à moitié cuit et convaincu les deux parties de le manger ».

De son côté, l’opposition palestinienne conjure M. Abbas de ne pas « retomber dans le piège d’Oslo », les accords sur l’autonomie palestinienne de 1993, en acceptant de négocier sans référence aux lignes d’avant juin 1967 ni au gel de la colonisation.

M. Netanyahu rejette ces deux revendications, mais consent à libérer en plusieurs phases les prisonniers incarcérés depuis avant Oslo, au nombre de 104.

En contrepartie, la direction palestinienne suspend jusqu’à la fin des pourparlers toute démarche d’adhésion aux organisations et conventions internationales, auxquelles le statut d’Etat observateur obtenu en novembre 2012 à l’ONU lui donne accès.

A la reprise des pourparlers à Washington le 29 juillet, M. Kerry annonce que l’objectif est « un accord final au cours des neuf prochains mois ».

Le chef de la délégation palestinienne, Saëb Erakat, se dit « ravi que toutes les questions soient sur la table ». Son homologue israélienne, la ministre de la Justice Tzipi Livni se montre même lyrique en affirmant que « l’Histoire n’est pas faite par les cyniques, mais par les réalistes qui n’ont pas peur de rêver ».

Mais le climat vire rapidement à l’aigre, les Palestiniens accusant Israël de tenter de les obliger à quitter les pourparlers en intensifiant la colonisation des territoires palestiniens occupés, les démolitions et les opérations meurtrières.

Israël reproche à son tour aux Palestiniens de refuser de le reconnaître comme « Etat juif » ou de renoncer inconditionnellement au droit au retour des réfugiés palestiniens, y voyant une preuve de leur manque de sincérité.

La première crise sérieuse éclate après la libération le 30 octobre du deuxième contingent de 26 prisonniers, accompagné, comme le précédent le 13 août, d’une d’accélération de la construction.

Ulcérés par des déclarations israéliennes affirmant qu’ils auraient tacitement consenti à cette relance de la colonisation, pour prix de la libération des détenus, les négociateurs palestiniens présentent début novembre leur démission collective, refusée par M. Abbas.

Le 13 novembre, M. Netanyahu annule des projets de construction record de 20.000 logements dans les colonies, désavouant publiquement son ministre du Logement Uri Ariel, afin d’éviter « une confrontation non nécessaire avec la communauté internationale ».

M. Abbas avait prévenu que « le processus de paix était fini » si Israël ne revenait pas sur sa décision.

Le président palestinien s’était néanmoins engagé, dans une interview exclusive à l’AFP, à « poursuivre les négociations pendant neuf mois, quoi qu’il arrive sur le terrain ».

Face aux divergences persistantes et en l’absence virtuelle de négociations directes depuis novembre, la diplomatie américaine se rabat en décembre sur un accord-cadre traçant les grandes lignes d’un règlement de paix définitif, renvoyé aux calendes grecques.

La crise s’est approfondie en raison du refus d’Israël de libérer le quatrième contingent de prisonniers comme prévu le 29 mars.

Insatisfait des propositions de compromis échafaudées entre MM. Kerry et M. Netanyahu, M. Abbas signe mardi les demandes d’adhésion à 15 accords et traités internationaux, à commencer par les Conventions de Genève sur la protection des civils, suscitant des menaces de représailles d’Israël.