L’Iran a l’intention de construire au moins quatre nouvelles centrales nucléaires dans le pays en une décennie, a affirmé le chef de l’Organisation de l’énergie atomique de l’Iran mardi.

Ali Akbar Salehi a informé la commission pour la Sécurité nationale et de la Politique étrangère du Parlement des détails de l’accord nucléaire conclu avec le P5 + 1 le 14 juillet, connu comme le plan global d’action conjointe.

Selon le porte-parole du comité Nozar Shafii, Salehi a déclaré que l’Iran avait besoin de trouver de nouvelles sources d’uranium naturel et a déjà exploré 60 % du pays à cette fin, a indiqué la chaîne arabe al-Alam mercredi.

Salehi a également salué l’accord signé avec les superpuissances qui permet à l’Iran de développer ses capacités technologiques « pacifiques » de façons qui étaient auparavant impossibles.

« Ce que l’Iran a gagné avec les négociations sur l’aspect technique est beaucoup plus [important] par rapport que les choses sur lesquelles l’équipe de négociation étaient autorisée à se montrer souple », aurait déclaré Salehi.

Selon l’accord, en échange de l’allègement intentionnelle des sanctions, l’Iran doit réduire le nombre de ses centrifugeuses d’enrichissement d’uranium qui s’élèvent à environs 20 000 centrifugeuses à un peu plus de 5 000 et doit réduire son stock d’uranium faiblement enrichi de 98 % sur les 15 prochaines années.

Mais Salehi a déclaré que l’accord permet à l’Iran de se joindre à une « banque de combustible nucléaire » internationale à travers laquelle il pourra vendre de l’uranium enrichi localement et acheter de l’uranium naturel à la place, un processus que l’Iran n’avait pas le droit d’entreprendre précédemment.

Un inspecteur de l'Agence internationale de l'énergie atomique  à la centrale nucléaire de Natanz dans le sud de Téhéran, le 20 janvier 2014 (Crédit : Kazem Ghane / IRNA / AFP)

Un inspecteur de l’Agence internationale de l’énergie atomique à la centrale nucléaire de Natanz dans le sud de Téhéran, le 20 janvier 2014 (Crédit : Kazem Ghane / IRNA / AFP)

Emily Landau, une experte sur le programme nucléaire iranien à l’Institut d’études en sécurité nationale à l’université de Tel Aviv, a déclaré que l’uranium enrichi auquel Salehi se réfère est vraisemblablement du matériau dont l’Iran doit probablement se débarrasser selon les termes de l’accord, ou de l’excès de l’uranium que l’Iran n’est pas autorisé à garder.

« Il n’est pas tout à fait clair dans l’accord comment l’Iran est censé se débarrasser de son uranium », précise-t-elle.

L’Iran a aussi accepté de convertir sa centrale nucléaire à eau lourde d’Arak pour une période de 15 ans. Salehi a déclaré au parlement que l’accord permettrait à l’Iran de renouveler l’usine, qui fonctionne avec « une technologie russe vieille de 40 ans ».

Selon Landau, Salehi essaie de faire passer le déclassement d’Arak en vertu de l’accord comme une réussite de l’équipe de négociation iranienne.

Dr. Emily Landau (Crédit : Capture d'écran YouTube)

Dr. Emily Landau (Crédit : Capture d’écran YouTube)

Salehi a souligné le fait que l’inspection internationale des installations militaires de l’Iran, visant à exclure une éventuelle dimension militaire de son programme nucléaire, sera menée en secret.

Landau a déclaré que la question de possibles dimensions militaires du programme nucléaire n’a pas été traitée correctement par l’accord. Une partie du plan de travail de l’inspection de l’AIEA est restée confidentielle, soulevant l’inquiétude que l’Iran puisse conserver le contrôle de la façon dont les inspections seront effectuées.

« Le P5 + 1 ne sont pas aussi ferme que ils auraient dû l’être sur cette question », a-t-elle regretté. « Il me semble que la question sera laissée de côté encore une fois en décembre, quand elle devra être clarifiée » par les puissances mondiales.

L’inspection de l’installation militaire de Parchin, où l’on pense que la militarisation nucléaire a eu lieu, a été laissé secrète dans l’accord, a-t-elle noté. La rumeur veut que l’accord permettrait à l’Iran de prélever lui-même des échantillons du sol de l’installation et de les remettre aux inspecteurs.

« Ce serait comme faire confiance au chat pour qu’il ne mange pas la souris », a-t-elle conclu.