Le chef de la diplomatie iranienne Mohammad Javad Zarif et son homologue de l’Union européenne (UE), Federica Mogherini ont fait part mardi à Téhéran de leur volonté d’appliquer l’accord nucléaire du 14 juillet et d’entamer un dialogue de haut niveau.

« L’Iran a toujours respecté ses engagements », a affirmé Zarif lors d’une conférence de presse avec Mogherini à l’issue de leur rencontre.

« Nous avons parlé des mesures qui doivent être prises. Nous atteindrons ce stade d’ici 60 à 70 jours », a-t-il dit, ajoutant: « L’Iran continuera à collaborer avec l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), j’espère que les Etats-Unis et l’Union européenne continueront à appliquer leurs engagements ».

Mogherini, qui a également rencontré le président Hassan Rouhani, a estimé que l’accord nucléaire du 14 juillet allait « ouvrir un nouveau chapitre dans les relations entre l’Iran et l’UE » dont « les 28 membres ont approuvé l’accord ».

Sa mise en œuvre « est désormais le travail que nous avons à faire », a-t-elle ajouté.

Mohammad Zarif a en outre indiqué que l’UE et son pays avaient « décidé aujourd’hui de commencer une nouvelle phase de dialogue de haut niveau, selon la définition de l’UE », portant sur la coopération « dans les domaines de l’énergie, des transports, du commerce, de l’environnement, des droits de l’Homme (…) des crises régionales qui représentent une menace pour la région, mais aussi pour le monde entier, en particulier l’Europe ».

Espoir, critiques

L’accord du 14 juillet entre l’Iran et les grandes puissances permet de limiter au nucléaire civil le programme iranien contre la levée progressive et réversible des sanctions internationales imposées à son économie.

L’UE a joué un rôle important pendant les années de négociations entre l’Iran et les puissances du 5+1 (Grande-Bretagne, Chine, France, Russie, USA et Allemagne).

Avant sa venue à Téhéran, Mogherini se trouvait à Ryad où elle qualifié l’accord de « signe d’espoir pour le monde entier », tout en assurant qu’elle comprenait « très bien » les inquiétudes de l’Arabie saoudite face à la montée en puissance de l’Iran après l’accord.

Au cours des deux dernières semaines, les opposants à cet accord, en particulier Israël, l’Arabie Saoudite et les Républicains américains l’ont critiqué à des degrés divers, affirmant qu’il allait donner à l’Iran les moyens de renforcer son influence dans la région.

En Iran même, certains conservateurs ont aussi critiqué le compromis, en estimant que les négociateurs iraniens avaient fait trop de concessions sans obtenir de garantie pour que les sanctions économiques soient levées rapidement et qu’elles ne seront pas rétablies.

Téhéran et Ryad à couteaux tirés

A Ryad, Mogherini a notamment entendu les critiques des Saoudiens contre l’Iran, son homologue Adel al-Jubeir ayant fait part de sa colère au sujet des « déclarations agressives » de responsables iraniens ces derniers jours.

Dimanche au Koweït, Zarif a appelé les monarchies du Golfe à coopérer pour lutter contre le « terrorisme et l’extrémisme ».

Mais il a aussitôt ajouté que la région n’avait pas besoin « d’un changement de politique de la part de l’Iran mais un changement de politique de la part de certains pays qui cherchent les conflits et la guerre », en allusion à l’Arabie saoudite.

Lundi à Bagdad, Zarif a de nouveau accusé, sans les nommer, « certains pays de la région » d’attiser la violence.

« Notre région est confrontée à la violence et l’extrémisme et j’ai le sentiment que certains pays de la région, sans raison (…) les attisent », a déclaré Zarif.

Téhéran a aussi accusé Bahreïn, allié de Ryad, d’exacerber les tensions dans la région en portant des accusations « infondées » contre l’Iran.

« Ces déclarations montent en puissance et il y en a beaucoup », a déploré Jubeir. « Ceci est inacceptable pour nous », a ajouté le ministre saoudien.

Ryad et les autres monarchies du Golfe craignent que la levée des sanctions économiques ne donne à Téhéran davantage de moyens pour soutenir ses alliés régionaux. Elles s’inquiètent d’une influence régionale grandissante de la République islamique iranienne, qu’elles accusent d’interventionnisme à Bahreïn, en Irak, en Syrie, au Liban et au Yémen.