JTA – Lorsqu’il repense à son Iran natal, le professeur Afshin Ellian ressent un mélange de douleur et de plaisir.

Sous protection policière pour son opposition à l’extrémisme islamiste, Ellian ressent la même douleur que les millions qui se languissent sous le régime islamique et les sanctions occidentales qu’il considère comme étant les conséquences du bellicisme du régime.

Mais Ellian – un professeur de droit à l’Université de Leiden et un écrivain célèbre aux Pays-Bas – a aussi de bons souvenirs du pays qu’il a fui à dos de chameau à l’âge de 18 ans avec l’aide de dissidents libéraux qui ont risqué leur vie pour sauver la sienne pendant la Révolution iranienne de 1979.

Cette mentalité divisée, partagée par des millions d’Iraniens vivant en Europe, est à l’origine des réactions mitigées de beaucoup d’entre eux au sujet de l’accord final signé mardi sur le programme nucléaire de l’Iran, qui offre à Téhéran un allégement des sanctions en échange d’une révision à la baisse de son activité sur les particules.

Dans son premier commentaire public sur l’accord, Ellian s’est opposé aux termes de l’accord et a dit que Téhéran a joué de l’Occident comme d’une harpe.

« Les ayatollahs ont vu et voient les médias occidentaux comme des idiots utiles, tout comme lors de la révolution iranienne », a-t-il écrit sur Twitter (en néerlandais) dès que l’information que sur la signature de l’accord a été révélée.

Ali Kheradpir, un journaliste iranien qui a fui le pays en 2010 et qui travaille maintenant pour EuroNews en tant que reporter à Londres, s’est concentré sur ce que signifie l’accord pour le peuple iranien, plutôt que pour leur gouvernement. Les activités nucléaires de l’Iran, écrit-il, ont donné lieu à « beaucoup de sanctions financières et économiques dures ». Avec l’accord signé, a-t-il poursuivi, « de nombreux Iraniens à travers le monde espère que les pressions économiques sur les personnes à l’intérieur l’Iran seront réduites ».

Mais Ellian a fait valoir que l’accord signifiait également plus de souffrance pour les Iraniens. « Cet accord met également en danger le peuple iranien car il fournit une large légitimité internationale au régime des ayatollahs, qui aura maintenant plus d’argent pour opprimer son propre peuple », a écrit Ellian (en néerlandais) dans un éditorial publié mercredi dans l’édition en ligne de l’hebdomadaire Elsevier des Pays-Bas.

Dans le même éditorial, intitulé « un accord nucléaire n’est seulement qu’un cessez-le-feu partiel et temporaire », Ellian a également noté les espoirs les moins bienveillants de certains Iraniens. Se référant aux manifestations de masse la semaine dernière qui ont eu lieu à travers l’Iran, Ellian a écrit: « Pendant que les ayatollahs prétendent qu’ils recherchent des moyens pacifiques, ils crient : ‘mort à Israël, mort à l’Amérique‘ à Téhéran ».

Ellian a exprimé son scepticisme quant à l’engagement de l’Iran envers les termes de l’accord, en citant l’opposition à ses termes de l’ayatollah Ali Khamenei, le leader spirituel suprême du pays.

Le mois dernier, Khamenei avait durci ses précédentes « lignes rouges » sur l’accord, qui a été signé en dépit de ces lignes rouges. Après que l’accord a été conclu, il n’a donné aucune indication sur son opposition ou au soutien à cet accord.

Mais le 23 juin, le site officiel de Khamenei a indiqué qu’il s’opposait aux engagements à long terme de limiter le programme nucléaire de Téhéran, comme ceux que l’Iran a accepté dans le cadre de l’accord. Il a également rejeté les inspections comme celles auxquelles l’Iran a consenti.

Ces concessions de l’Iran – et peut-être de Khamenei – n’ont pas réussi à convaincre Maryam Radjavi, une autre dissidente iranienne et la dirigeante basée en France du Conseil national de la Résistance de l’Iran, sur la sincérité de Téhéran. Pourtant, a-t-elle ajouté, cet accord lui donne de l’espoir, parce qu’elle est persuadée qu’il a exposé les faiblesses du noyau dur du régime.

« Contourner six résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU et un accord non signé ne fermeront pas la voie de la tromperie des mollahs et à l’accès à la bombe nucléaire, mais le calice du poison nucléaire et la retraite de Khamenei en deçà de ses lignes rouges briseront son hégémonie et saperont l’ensemble du régime », a-t-elle tweeté mardi.