L’islam radical est devenu « une sorte de sous-culture de la jeunesse » et attire de plus en plus de jeunes en quête de reconnaissance, a estimé jeudi le patron du renseignement intérieur allemand devant la presse.

La communauté salafiste allemande, qui a plus que triplé ses effectifs depuis les années 2000 et compte aujourd’hui 7 000 personnes, séduit « souvent des gens de 13 à 30 ans », a indiqué Hang-Georg Maassen.

Pour le chef de l’Office fédéral de protection de la Constitution (BfV), cet attrait croissant s’explique par le fait que l’islam radical « est désormais vu comme une sorte de sous-culture de la jeunesse ».

Les islamistes radicaux recrutent peu parmi les trois millions de Turcs ou d’Allemands d’origine turque que compte le pays, mais plutôt parmi les jeunes issus des pays arabes, a-t-il assuré. Environ 10 %, souvent « particulièrement brutaux », sont des convertis.

Les services de renseignement voient la mouvance salafiste comme « une forme de terreau pour des djihadistes potentiels, violents, qui se rendent en Syrie ou en Irak et sont susceptibles de commettre des actes terroristes », a souligné Maassen.

Plus de 600 Allemands ont gagné la Syrie et l’Irak et une soixantaine y sont morts dans des combats ou des attaques suicide, a-t-il précisé. Environ 200 sont rentrés en Allemagne, dont 35 avec une expérience avérée des combats.

Selon lui, le profil type du djihadiste est masculin, musulman, issu de l’immigration, ayant connu l’échec scolaire ou professionnel ou des ruptures familiales, en quête d’une reconnaissance par ses pairs.

Seules 10 % des candidats à la « guerre sainte » sont des femmes. Bien que « certaines posent sur Facebook avec une kalachnikov, devant un drapeau de l’Etat islamique », la majorité ambitionne « de devenir la deuxième ou troisième épouse d’un moudjahidine », a affirmé Hans-Georg Maassen.

A ses yeux, le mouvement anti-islam allemand Pegida, né à l’automne dernier à Dresde (est) avant d’essaimer dans tout le pays, pourrait paradoxalement favoriser l’islam radical.

« L’émergence de Pegida, c’est quelque chose que les islamistes veulent et qu’ils considèrent comme relativement positif, dans l’espoir que les musulmans se sentent marginalisés », a-t-il estimé.

Le BfV tire nombre d’informations du renseignement extérieur allemand ou de ses partenaires étrangers, mais exploite aussi les messages postés par ses cibles sur Facebook ou Twitter, Il lui est impossible « de maintenir une surveillance sur tout le monde », a rappelé M. Maassen.

France : presque autant d’actes antimusulmans recensés depuis les attentats que sur l’année 2014

Cent vingt-huit actes antimusulmans ont été recensés en France (hors région parisienne) en deux semaines depuis les attentats de Paris, soit presque autant que durant toute l’année 2014, a annoncé vendredi à l’AFP l’Observatoire national contre l’islamophobie.

Ce décompte a été effectué sur la base des plaintes déposées auprès des services de sécurité, police et gendarmerie et ne prend pas en compte Paris et sa proche banlieue qui feront l’objet d’un comptage séparé, attendu ultérieurement.

Il s’agit d’actes (33) visant généralement des mosquées, ou d’insultes et de menaces (95), selon l’Observatoire, une instance qui dépend du Conseil français du culte musulman (CFCM).

Pour l’année 2014, 133 actes antimusulmans au total ont été comptabilisés, contre 226 en 2013 selon la même source.

« Ces chiffres toutefois ne reflètent pas la réalité, car nombreux sont les musulmans qui ne souhaitent pas porter plainte systématiquement lorsqu’ils sont victimes d’actes xénophobes, convaincus qu’il n’y aura aucune suite, ce qui est très souvent hélas la réalité », commente l’observatoire, qui fait également valoir que les « discriminations » ne sont pas prises en compte dans ce bilan.

Depuis les attentats perpétrés par des jihadistes français qui ont fait 17 morts du 7 au 9 janvier à Paris, « les actes islamophobes ont atteint un sommet dans la haine à l’égard des Français de confession musulmane jamais enregistré », assure le président de l’Observatoire, Abdallah Zekri, dans un communiqué.

« C’est la première fois qu’il a été enregistré des jets de grenade ou des tirs par arme à feu », déplore-t-il notamment, sans préciser où ils se sont déroulés ni quels objectifs ils visaient.

M. Zekri a regretté un manque « désolant » de condamnation de ces « actes ignobles » par la classe politique française, en « dehors des condamnations » émises par le gouvernement.

L’islam est la deuxième religion de France, avec 3,5 à 5 millions de fidèles et 2.300 à 3.000 mosquées et salles de prière.