Les politiques de construction dans les implantations du Premier ministre Benjamin Netanyahu et sa gestion des relations avec les États-Unis nuisent à Israël, a déclaré samedi la ministre de la Justice et chef du parti Hatnua Tzipi Livni.

« En l’absence de processus de paix, chacun doit agir avec responsabilité. Les annonces de constructions [en Cisjordanie et à Jérusalem-Est], les propos incendiaires et les provocations doivent être évités ; ce n’est pas la bonne voie. Cela nuit à notre capacité à préserver la sécurité d’Israël », accuse Livni lors d’une interview sur la Deuxième chaîne dans l’émission « Rencontre avec la presse ».

Elle faisait allusion à l’annonce cette semaine selon laquelle Netanyahu a approuvé la construction de plus de 1 000 unités de logement à Jérusalem-Est et à des rapports sur des projets de construction de grande envergure en Cisjordanie – y compris 2 000 unités, 12 nouvelles routes, des parcs et des villages d’étudiants – ainsi que sur la rénovation du Tombeau des Patriarches à Hébron.

Les nouvelles des projets ont provoqué l’ire du gouvernement américain, suivie par une dispute publique et amère entre le gouvernement Netanyahu et l’administration Obama après qu’un responsable de la Maison Blanche a été cité dans un article publié mardi, qualifiant le Premier ministre de « poule mouillée ».

Le secrétaire d’État américain John Kerry a depuis présenté ses excuses pour cette remarque, dont le nom de l’auteur n’a pas été rendu publique.

« Les calomnies de [responsables de] l’administration Obama étaient inutiles et c’est une bonne chose que des excuses aient été
publiées », affirme Livni.

« Mais le simple fait qu’on se soit excusé ne masque pas la faille dans les relations », avertit-elle. « Ceux qui veulent protéger Israël doivent préserver les liens avec les États-Unis. »

Les tensions dans les relations diplomatiques ne proviennent pas de désaccords sur la sécurité, déclare Livni, ajoutant que pendant le conflit de cet été, les États-Unis ont accordé à Israël leur soutien total. « Cela est dû aux implantations et aux déclarations sur les constructions dans les implantations. Ceci est nuisible et alimente la méfiance [entre les deux États] », ajoute-t-elle.

Livni fustige ce qu’elle appelle « la capitulation [de Netanyahu] devant la droite idéologique [de la coalition], ceux qui appellent à un Grand Israël », qu’elle accuse de porter atteinte aux relations avec les États-Unis, ce qui a pour conséquence de nuire à la sécurité israélienne.

« Les extrémistes comme [le ministre de l’Economie et chef du parti Habayit Hayehudi] Naftali Bennett, [Miri] Regev [du Likud] et [l’ancien vice-ministre de la Défense et député Likoud Danny] Danon nuisent à l’image d’Israël », accuse Livni.

Tandis que les États-Unis tentent d’aider Israël sur la scène internationale et à l’ONU, l’État juif ne doit pas saboter [ce soutien], avertit-elle. « C’est là ma critique de Netanyahu. »

La situation à Jérusalem, où la violence a connu une escalade au cours des dernières semaines – a abouti à la tentative d’assassinat de Yehouda Glick, mercredi soir, et à l’élimination de son meurtrier des heures plus tard – dit Livni. Elle a reconnu, toutefois, que les Palestiniens partagent la responsabilité dans cette escalade de la violence.

« La situation à Jérusalem s’est gravement détériorée depuis l’assassinat [par des terroristes juifs présumés] de l’adolescent palestinien Mohammed Abu Khdeir [fin juin, pour se venger de l’enlèvement et du meurtre des adolescents israéliens Eyal Yifrach, Gilad Shaar et Naftali Fraenkel] », dit-elle. « Mais les annonces de nouvelles constructions et les déclarations de différents ministres, selon lesquels Israël ne transigera jamais sur Jérusalem, n’apaisent pas les tensions », poursuit-elle.

La ministre de la Justice, qui était jusqu’à ce printemps négociatrice en chef avec les Palestiniens, avec la médiation des États-Unis, annonce qu’elle continuera à œuvrer pour un processus de paix et restera dans le gouvernement afin de protéger la démocratie.

Concernant ses anciens partenaires de négociations, elle déclare que les Palestiniens ont choisi de recourir unilatéralement à l’ONU pour se voir reconnaître leur État.

« Si nous voyons que nous ne pouvons pas reprendre les négociations avec les Palestiniens, nous devrons entamer un processus par nous-mêmes », déclare Livni, se référant aux efforts de paix impliquant les États arabes modérés.

« [Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud] Abbas choisit la direction de son peuple et nous devons choisir la nôtre. Nous ne devons pas le laisser nous mener… Israël doit choisir sa propre
voie », dit-elle.