Un documentaire sur l’attentat de Lockerbie de 1988 sera diffusé mardi soir sur Al Jazeera. Le documentaire présentera ce que beaucoup d’experts considèrent comme la vraie version des faits.

L’attentat est sans doute la pire attaque terroriste qui s’est déroulée sur le sol britannique et visant des citoyens américains, hormis les attentats du 11 septembre.

Le film « Lockerbie : La vérité » accuse l’Iran d’avoir fait exploser le vol 103 de la Pan Am au-dessus du village de Lockerbie, en Ecosse, le 21 décembre 1988. L’explosion avait causé la mort des 259 passagers et membres de l’équipage ainsi que de 11 villageois.

Le documentaire indique que l’Iran cherchait à venger l’attaque accidentelle d’un avion civil, le vol 655 d’Iran Air par le navire américain USS Vincennes. En effet, l’avion avait été descendu six mois plus tôt dans le golfe Persique, et les 290 personnes à bord avaient trouvé la mort.

Il montre également que l’explosion avait été commanditée par l’Iran et perpétrée par Ahmad Jibril, le Commandant en chef du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP), basé en Syrie.

L’organisation terroriste est expérimentée dans le transfert de dispositifs à pression barométrique dans des avions afin de les faire exploser à des altitudes préétablies, en plein vol.

Si le vol 103 n’avait pas été retardé à son départ de l’aéroport de Heathrow à Londres, l’explosion se serait produite au-dessus de l’océan Atlantique. Aucun débris de l’avion n’aurait alors été retrouvé. L’avion devait se rendre à New York.

Tout semblait indiquer la culpabilité d’une cellule du FPLP basée à Frankfort, et l’enquête se concentrait initialement sur l’Iran et la Syrie, mais Jibril s’est pourtant inexplicablement tourné vers la Libye.

Selon certaines théories, il semblerait que l’Occident voulait éviter d’accuser la Syrie d’Hafez Assad, car elle avait besoin de son soutien contre l’Iran de Saddam Hussein.

Le seul homme jamais accusé d’être impliqué dans l’affaire était un officier des renseignements libyens, Abdelbaset al-Megrahi. Trois juges écossais l’ont jugé coupable d’avoir placé une valise contenant la bombe dans un vol en provenance de Malte et en direction de Frankfort.

La valise avait ensuite été transférée sur un vol en direction de Heathrow avant de détonner une demi-heure après le décollage de l’avion Pan Am en direction de New York.

Megrahi avait été incarcéré en 2001 après un procès dans lequel son présumé comparse lybien, Lamin Fhima, avait été acquitté. Megrahi est décédé en 2012, des suites d’une longue maladie, défendant toujours son innocence.

D’année en année, il était de plus en plus difficile de croire à la culpabilité de Megrahi. Le processus qui avait mené à son identification fut sévèrement compromis.

Des fragments de bombe qui, selon les enquêteurs, ne pouvaient provenir que de Libye, ont été mal identifiés. En 2007, la Commission écossaise de révision des dossiers pénaux a découvert une série de motifs indiquant la possibilité d’une erreur judiciaire.

Le documentaire d’Al Jazeera innove en apportant le témoignage de l’ancien officier des renseignements iraniens, Abolghasem Mesbahi, qui a fui vers l’Allemagne dans les années 1990

Le documentaire d’Al Jazeera innove en apportant le témoignage de l’ancien officier des renseignements iraniens, Abolghasem Mesbahi, qui a fui vers l’Allemagne dans les années 1990

Mesbahi se trouvait autrefois sous les ordres directs de l’ancien président iranien, Akbar Hashemi Rafsanjani. Il affirme que « l’Iran a décidé de se venger [pour l’attaque du vol 655] dès que possible. La décision a été prise par le système iranien et confirmée par l’ayatollah Khomeini. »

Mesbahi avait déjà aidé les enquêteurs argentins qui se penchaient sur l’attaque terroriste du centre culturel juif AMIA en 1994, à Buenos Aires. Les preuves de Mesbahi étaient tellement convaincantes que l’enquêteur argentin Alberto Nisman avait pu retracer la responsabilité de l’attaque à une réunion du Conseil national de sécurité iranien du 14 août 1993.

L’enquêteur avait obtenu suffisamment de preuves sur la responsabilité de l’Iran pour qu’Interpol ajoute certains dirigeants iraniens sur sa « liste rouge. » Ces dirigeants comprennent l’ancien ministre de la Défense Ahmad Vahidi et le candidat aux présidentielles de l’année dernière, Mohsen Rezai.

Nisman avait mené une enquête sous-financée et controversée en Argentine dont le président, à l’époque de l’attentat d’AMIA, Carlos Menem, était terrifié à l’idée d’accuser l’Iran.

Si Nisman a été capable d’amasser les preuves suffisantes pour démontrer la responsabilité de l’Iran dans l’explosion, les enquêteurs britanniques et américains ne devraient pas avoir de mal à rouvrir le dossier de l’affaire Lockerbie afin de se pencher sur la culpabilité de l’Iran et de Jibril.

La diffusion de ces informations sur la responsabilité de l’Iran dans l’affaire Lockerbie coïncide avec les accusations de Netanyahu à la communauté internationale, qui n’agit pas assez contre le terrorisme iranien.

La diffusion de ces informations sur la responsabilité de l’Iran dans l’affaire Lockerbie coïncide avec les accusations du Premier ministre Benjamin Netanyahu à la communauté internationale, qui selon lui n’agit pas assez contre le terrorisme iranien, lors d’une conférence de presse, entouré des armes envoyées par l’Iran vers Gaza, et interceptées par l’armée israélienne.

Elle coïncide également avec la recherche de l’avion malaysien disparu avec 239 personnes à bord. Peu importe les causes de la disparition de l’avion, les auteurs de l’attentat de Lockerbie cherchaient à atteindre un résultat identique – la destruction du vol 103 de la Pan Am au-dessus de l’océan. Il aurait été en effet plus difficile de prouver leur culpabilité si l’avion avait explosé au-dessus de l’océan comme prévu.

Le vol 103 a cependant été retardé et a explosé au-dessus du petit village écossais de Lockerbie. Les preuves menant aux coupables étaient en morceaux mais bien tangibles. Plus de 25 ans plus tard, les enquêteurs britanniques et américains devraient pouvoir rouvrir le dossier et retracer les faits jusqu’à Téhéran, et peut-être enfin traduire les responsables en justice.