Le Hezbollah devait répondre. C’était clair pour les deux parties. Une attaque israélienne contre un convoi sur la partie syrienne du plateau du Golan, à la vue des troupes de Nations unies, avec un hélicoptère, tuant une icône du Hezbollah et un général iranien, dans cette partie du monde, nécessitait de réclamer du sang. La question était : quel type de sang ?

Le Major général Ali Jafari, Commandant du Corps des Gardiens de la Révolution iranienne, a promis des « éclairs destructeurs ». Pourtant, la vérité est qu’il n’y avait pas tant de cibles pour ces éclairs.

Une frappe contre des civils juifs innocents, comme cela a été le cas en 1992 et en 1994 dans les attentats à la bombe de Buenos Aires, en laissant de côté l’horreur (pas vraiment de quoi les décourager) constituerait un risque pour les négociations cruciales de l’Iran avec le P5+1, détournant l’attention du monde du comptage des centrifugeuses vers d’autres éléments de l’influence du régime iranien, comme l’activité mondiale de terrorisme.

Une frappe depuis la Syrie, Moshe Yaalon, le ministre de la Défense, l’a clairement exprimé ces derniers jours, entraînerait une réponse en Syrie, où le régime de Bashar el-Assad fournit de nombreuses cibles faciles et continue à se battre pour sa survie. Une frappe israélienne puissante mettrait en danger l’intérêt crucial de l’Iran et du Hezbollah de maintenir le régime Assad, un allié très pratique pour la cause chiite et un pont entre l’Iran et ses partisans au Liban.

Une frappe depuis le Liban entraînerait une réponse israélienne, peut-être à Beyrouth, conduisant ainsi le Liban plus proche encore de la guerre civile syrienne, ce qu’il essaie désespérément d’éviter, et placerait le Hezbollah, déjà engagé jusqu’au cou dans cette guerre, sous une surveillance domestique très rapprochée.

Cela laissait donc le mont Dov, la crête partant de sud-ouest du mont Hermon jusqu’en Galilée. C’est un territoire contesté. Le secrétaire général des Nations unies a déclaré le 16 juin 2000 qu’Israël s’est « retiré du pays [Liban], en respect total avec la résolution 425 du Conseil de Sécurité ». Le Hezbollah a pourtant affirmé que cette bande de 10 km est situé sur le territoire libanais.

Il y a peu de fond historique pour cette prétention, mais les actions militaires dans cette zone montagneuse, tenue par une série de forts de l’armée israélienne posés au frêle sommet de montagnes, a longtemps été considéré comme faisant partie du conflit actuel entre Israël et le Hezbollah. La région est, comme Limassol et Istanbul ou d’autres villes, dans la périphérie de la Guerre Froide, une zone grise avec ses propres règles non écrites.

Le major général Israël Ziv, ancien chef des opérations de l’armée, a déclaré dans une conférence téléphonique avec des journalistes mercredi que c’était la raison précise pour laquelle le Hezbollah avait choisi la région pour cette frappe de riposte en lançant des missiles anti-tank contre le convoi de l’armée. « Généralement, ce qui se produit à Shabaa, reste à Shabaa », a-t-il déclaré en utilisant le nom arabe pour désigner ce territoire frontalier.

Une autre preuve du désir du Hezbollah de faire couler le sang, mais pas de déclencher une guerre, était dans la nature de l’attaque : ce n’était pas, comme on le craignait initialement, une opération d’enlèvement. Le tir de mortier d’Hermon ne faisait pas partie d’un plan de diversion. L’attaque a été lancée à distance contre un convoi de l’armée.

Un enlèvement, une frappe contre un bus d’école, une ville ou un
village : tout cela aurait signalé un désir d’entraîner Israël dans une guerre ouverte.

Au lieu de cela, comme l’a noté sur Twitter Orit Perlov du groupe de réflexion INSS, « c’était un oeil pour oeil symétrique ».

Et pourtant, la situation est inflammable. Israël a convié les hauts responsables de l’armée et le cabinet de sécurité. Un membre du cabinet du ministre des Affaires étrangères,Avidgor Liberman, a appelé à « un changement de l’approche israélienne appliqué jusqu’à maintenant », déclarant que la réponse israélienne devrait être « très dure et disproportionnée ».

Les options proposées par l’armée et l’approche choisie par le cabinet, décideront, dans les heures à venir, si Israël se dirige vers une désescalade ou vers une guerre.