La première lecture, mercredi, de la dénommée « loi de régulation » visant à légaliser la construction non-autorisée en Cisjordanie en séance plénière a donné lieu à finalement peu de tumulte ou de geste théâtral. Cette fois-ci, pas de coups de poing sur les tables, de larmoiements dramatiques ou de cris comme cela avait été le cas deux jours auparavant lorsque le parlement avait approuvé la loi en lecture préliminaire.

Peut-être est-ce parce que le débat, mercredi, a duré plus de quatre heures, avec plus de 60 législateurs pontifiants. Ou peut-être ne restait –t-il finalement que peu de luttes à mener dans l’opposition pour susciter autre chose que des railleries et quelques interpellations éparses.

La salle est restée presque vide durant la plus grande partie de la soirée, avec parfois pas plus de deux parlementaires issus de la coalition présents et une demi-douzaine de membres de l’opposition. A l’ouverture, Benny Begin, lugubre — seul membre de la coalition à être opposé au projet – s’est assis seul.

Le leader de la Liste Arabe Unie, Ayman Odeh, avait paru ennuyé lorsque la législation avait commencé son transit sur la scène parlementaire. Elle devra encore passer deux phases de lectures de plus et être soutenue par la Haute-Cour – cela paraît improbable –pour devenir une loi.

En contraste avec cette morosité, deux appuis de ce projet de loi, Shuli Moalem-Refaeli et Betzalel Smotrich, tous deux issus de la formation Habayit Hayehudi , s’étaient dotés de vêtements festifs, lui arborant costume et cravate et elle, la tête ceinte d’un chapeau doré, avec des boucles d’oreilles assorties.

La législatrice de Habayit Hayehudi  Shuli Moalem-Refaeli s'exprime durant un vote sur le dénommé projet de Loi de Régulation, le 7 décembre 2016 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

La législatrice de Habayit Hayehudi Shuli Moalem-Refaeli s’exprime durant un vote sur le dénommé projet de Loi de Régulation, le 7 décembre 2016 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

“Félicitations au Premier ministre en exercice Betzalel Smotrich,”a raillé la parlementaire de Yesh Atid Elharar durant son discours de trois minutes, notant que le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’était opposé dans le passé avec virulence au projet de loi et créditant Smotrich de sa remise au premier plan aujourd’hui.

Smotrich, à ce moment-là, brillait surtout par son absence dans la salle. Mais peu importe. Les Parlementaires de l’Union sioniste Michal Biran et Hilik Bar se sont prêtés au même discours laudatif en sa présence, faisant écho au ton général qui a dominé au cours du débat de la soirée : répétition, répétition, répétition, arguments fatigués à l’image des visages fatigués, comme en plein marasme, des hochements de têtes somnolents et des réponses muettes. Tout cela semblant fatigués davantage des législateurs déjà épuisés.

Vous savez comment cela se passe lorsque vous répétez quelque chose encore et encore : « Cette déclaration perd quelque peu de son sens ? » a interrogé Merav Michaeli, de l’opposition, lorsque cela a été son tour de prendre la parole. Aussi « réelle » qu’ait été notre critique des trois précédents gouvernements », en le « répétant encore et encore, c’est devenu une sorte de cliché », a-t-elle déploré. Dans une tentative de dépassement de ce « cliché », Michaeli a tenté de décrire différemment la législation. « C’est vraiment, vraiment, vraiment une étroite ligne rouge », a-t-elle avancé.

Le membre du Parlement de la Liste Unie Dov Khenin et son leader Ayman Odeh posent pour une photo durant un vote du projet de Loi de Régulation le 7 décembre 2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le membre du Parlement de la Liste Unie Dov Khenin et son leader Ayman Odeh posent pour une photo durant un vote du projet de Loi de Régulation le 7 décembre 2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Tu ne voleras point vs. Grand Israël

La léthargie qui pouvait caractériser une grande partie de ce débat qui a duré des heures a été absente toutefois au début des sessions et Moaelem-Refaeli s’est querellé par intermittence avec Tamar Zandberg, du Meretz, et Dov Hanin, de la Liste arabe unie.

“Vous ne pouvez pas voler quelque chose qui ne vous appartient pas », a-t-elle maintenu, alors que Hanin s’exclamait « tu ne voleras point », déclarant que le personnage biblique d’Abraham avait payé pour la terre.

La même Bible qui affirme que l’on ne doit pas voler indique que la terre appartient aux Juifs, a-t-elle répondu. « Abraham le patriarche est notre modèle – nous voulons également acheter en donnant de l’argent », a-t-elle dit, se référant aux indemnisations réservées aux propriétaires terriens palestiniens dont les biens ont servi aux constructions des implantations.

Mais lorsque Smotrich est monté sur la tribune, l’inquiétude s’est installée et Yoel Hasson, de l’Union Sioniste, a laissé échapper un soupir. « Que n’avez-vous pas encore dit ? » a-t-il interrogé.

‘Une implantation est une implantation’

Le débat a permis d’assister à un duo jusqu’alors improbable constitué du vice-ministre des Affaires étrangères Tzipi Hotovely et d’Ahmad Tibi, de la Liste Arabe Unie, qui sont tombés d’accord sur un point, quoique chacun à partir d’un angle opposé : Les deux ont convenu dans leurs arguments favorables et défavorables au projet de loi que, hors de la coalition, la distinction entre avant-poste illégal et implantation a tendance à se dissoudre.

L’opposition globale au projet de régulation n’a rien à voir avec les avant-postes, a maintenu Hotovely, en défense de la loi. « Ce qui les ennuie au sujet d’Israël, ce n’est pas de réguler les implantations – c’est l’entreprise des implantations », a indiqué le vice-ministre aux Affaires étrangères.

“Il y a ceux en Israël qui tentent de faire une distinction entre les implantations, les blocs d’implantations et les avant-postes”, a déclaré Tibi peu après. « Je dis qu’il n’y a aucune différence. Une implantation est une implantation » et elle est illégale au regard de la loi internationale et un « crime de guerre », a-t-il dit.

Benny Begin, leader de l’opposition ?

Si Smotrich s’est vu décerner la couronne de Premier ministre par les membres de l’opposition, Begin, le tenace, a été pour sa part accueilli avec des félicitations. Et un propos tenu par un autre esprit connu pour son obstination, l’ancien premier ministre Menachem, qui a affirmé qu’il y aurait de “nombreux Elon Morehs” — se référant au déplacement décidé par un Tribunal d’une implantation en Cisjordanie en 1980 – a ponctué les discours de nombreux législateurs issus de l’opposition.

Montant à la Tribune, Begin a répété de manière bourrue “le droit naturel et éternel” d’Israël à tous les territoires se situant à l’ouest du Jourdain. « La Samarie et la Galilée sont nôtres. Le Negev et la Judée sont nôtres », a-t-il dit. L’implantation en Cisjordanie est un “chapitre glorieux de l’histoire du retour de Sion en cette nouvelle ère”.

Le Parlementaire du Likud Benny Begin félicité par Yehudah Glick du même parti au cours d'un vote sur le projet de Loi de Régulation le 7 décembre 2016 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le Parlementaire du Likud Benny Begin félicité par Yehudah Glick du même parti au cours d’un vote sur le projet de Loi de Régulation le 7 décembre 2016 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Mais la loi de régulation n’est ni “responsable”, ni “avisée”, et elle “nuit à Israël”, a insisté Begin annonçant qu’il voterait une fois encore contre le projet malgré les sanctions probables que lui réserverait la coalition.

Terminant son discours, Begin a été salué par le leader de Yesh Atid Yair Lapid. “Je ne suis pas d’accord mais je respecte”, a dit ce dernier, se levant – ainsi qu’une demi-douzaine de législateurs – pour échanger une poignée de main avec Begin.

Se taillant un chemin à travers les sièges réservés à la coalition, c’est un Yehudah Glick souriant qui est venu donner l’accolade à Begin, ajoutant: “Je ne souscris pas à un seul mot”.