Les dirigeants palestiniens entament mercredi une réunion cruciale sur l’avenir de l’Autorité palestinienne et du gel des taxes collectées par Israël, laissant planer – encore une fois – la menace d’une dissolution de cette institution.

La crise financière de l’Autorité — qui tient lieu d’Etat en l’absence de solution au conflit israélo-palestinien — s’est aggravée depuis le début de l’année avec le refus d’Israël de lui reverser les taxes qu’il collecte pour son compte, soit près d’un demi-milliard de dollars.

L’Autorité se retrouve incapable de payer ses quelque 180 000 fonctionnaires depuis trois mois.

De plus, un tribunal new-yorkais vient de condamner l’Autorité et l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) qui la chapeaute à verser plus de 650 millions de dollars de dédommagement aux familles de victimes d’attentats perpétrés durant la deuxième Intifada.

Au cours de leur réunion de deux jours à Ramallah, siège de l’Autorité en Cisjordanie, les 130 membres du Conseil central de l’OLP (CCOLP) devront aussi débattre de la crise politique que traverse l’institution.

Créée en 1994 dans la foulée des Accords d’Oslo sur l’autonomie, l’Autorité devait s’effacer en 1999 mais perdure depuis faute d’accord de paix.

Le mandat de son président, Mahmoud Abbas, a expiré en 2009. Son parlement, élu en 2006 et où le Hamas détenait pour la première fois la majorité, ne siège plus depuis 2007, lorsque le mouvement islamiste, privé de sa victoire aux législatives, a chassé par la force le Fatah de M. Abbas de la bande de Gaza.

Comme à chaque fois qu’elle traverse une mauvaise passe, l’OLP brandit les mêmes menaces: mettre fin à la coopération sécuritaire avec Israël, un outil précieux pour l’Etat hébreu, et pire, ajoutent ses dirigeants, saborder l’Autorité palestinienne. Une décision que seul le CCOLP peut prendre mais qui, a prévenu Washington, conduirait tout droit au chaos.

« L’Autorité ne peut plus perdurer sous sa forme actuelle sans aucune souveraineté véritable sur son territoire sur lequel Israël continue à imposer comme des faits accomplis le morcellement des terres, la colonisation et les attaques contre des villes », prévient Mohammed Shtayyeh, membre de la direction du Fatah, principale force de l’OLP.

Menaces maintes fois brandies

Avant d’en arriver à cette option, l’OLP va réexaminer en profondeur ses relations avec Israël, affirme Ahmed Majdalani, l’un des 18 membres du Comité exécutif, la plus haute instance de l’OLP. Ces relations incluent « la coopération sécuritaire et les liens économiques » et sont susceptibles d’être rompues en dépit « des fortes pressions, notamment américaines », menace-t-il.

Concrètement, dissoudre l’Autorité reviendrait à forcer Israël, en tant que puissance occupante, à reprendre en main les affaires palestiniennes. C’est-à-dire à assurer les services publics, à s’occuper du trafic routier, de l’état civil ou des hôpitaux et à présider aux destinées de plus de quatre millions et demi de Palestiniens. Et donc à renvoyer ses soldats dans toutes les villes et localités palestiniennes.

Ce que veut l’OLP, affirme Xavier Guignard, un expert basé à Ramallah, c’est « envoyer un message à la communauté internationale pour qu’elle fasse pression sur Israël », où se tiennent des élections législatives le 17 mars.

Sans exclure une « surprise », il fait remarquer qu’une telle rupture est « une menace souvent brandie mais qui n’a jamais été mise à exécution », sauf au plus fort de la deuxième Intifada (2000 à 2005).

Les dirigeants palestiniens examineront également la situation à Gaza, étouffée par un blocus israélien et des restrictions de mouvement qui empêchaient 17 des 37 membres gazaouis du CCOLP de rejoindre Ramallah mardi matin.

La reconstruction de la petite enclave se fait toujours attendre alors que quelques dizaines de millions de dollars seulement sont parvenus sur les milliards promis par les donateurs après la guerre de l’été dernier.

Les Palestiniens semblent déterminés à formellement saisir le 1er avril la Cour pénale internationale (CPI) pour y poursuivre les dirigeants israéliens pour « crimes de guerre » lors de ce conflit.

Gaza sera aussi à l’ordre du jour parce que le Hamas –seul grand mouvement à ne pas faire partie de l’OLP avec le Jihad islamique– y rechigne toujours à laisser le pouvoir à l’Autorité, battant encore plus en brèche la réconciliation signée en grandes pompes au printemps 2014.

L’OLP, qui regroupe notamment le Fatah et les Fronts –populaire et démocratique– de libération de la Palestine (FPLP et FDLP), a été créée en 1964 et reconnue 10 ans plus tard par l’Assemblée générale de l’ONU comme « l’unique représentant légitime du peuple palestinien », soit quelque 9 millions de personnes, incluant la diaspora.