L’ONU a appelé samedi le président américain Donald Trump à poursuivre la longue tradition d’accueil des réfugiés aux Etats-Unis et à ne pas faire de distinction de race, de nationalité ou de religion.

Donald Trump a annoncé vendredi un dangereux tour de vis en matière d’immigration et d’accueil de réfugiés, visant certains pays musulmans afin de stopper l’entrée éventuelle sur le territoire américain de « terroristes islamiques radicaux ».

Dans une déclaration conjointe, l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) et le Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR) ont rappelé que « le programme américain de réinsertion est l’un des plus importants dans le monde ».

« Les places de réinsertion offertes par chaque pays sont vitales. L’OIM et le HCR espèrent que les Etats-Unis vont continuer à jouer leur rôle important de leader et poursuivre leur longue tradition de protection de ceux qui fuient les conflits et les persécutions », ajoute leur déclaration.

Les deux agences chargées des migrants et des réfugiés rappellent aussi au président Trump un principe de base : « Nous sommes profondément convaincus que les réfugiés doivent recevoir un traitement équitable (…) et des opportunités de réinsertion, quelles que soient leur religion, leur nationalité ou leur race ».

L’OIM et le HCR se disent prêts à « continuer à travailler activement et de façon constructive avec le gouvernement américain, comme (elles le font) depuis des décennies, pour protéger ceux qui en ont le plus besoin ».

Beaucoup de personnes ont contesté la décision du nouveau président américain en évoquant le célèbre poème de l’Américaine Emma Lazarus, Le Nouveau Colosse, inscrit sur le piédestal de la Statue de la Liberté, et dont il est devenu un symbole.

Vue sur la Statue de la Liberté à New York (Crédit : Wikimedia commons)

Vue sur la Statue de la Liberté à New York (Crédit : Wikimedia commons)

Le secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres a mis en garde vendredi contre la discrimination envers les immigrés et les réfugiés et contre l’ostracisation des musulmans, estimant que cela faisait le lit de davantage d’extrémisme.

« Je m’inquiète beaucoup de la discrimination contre les immigrés, les réfugiés et les minorités dans le monde. Je trouve l’ostracisation des musulmans très dérangeante », a-t-il déclaré, lors d’une commémoration de l’Holocauste à l’Assemblée générale de l’ONU.

« Une ‘nouvelle normalité’ dans le discours public est en train de s’installer, dans laquelle les préjugés ont libre cours et la porte est ouverte à davantage d’extrémisme haineux », a-t-il déploré.

Le diplomate portugais a relevé que l’antisémitisme, le racisme, la xénophobie et l’islamophobie étaient attisés par le populisme et « par des personnalités politiques qui exploitent la peur pour emporter des suffrages ».

Antonio Guterres, alors Haut Commissaire aux réfugiés des Nations unies pendant une conférence de presse à Genève, le 3 août 2012. (Crédit : U.S. Mission Photo by Eric Bridiers — Flickr/Domaine public/Wikimedia Commons)

Antonio Guterres, alors Haut Commissaire aux réfugiés des Nations unies pendant une conférence de presse à Genève, le 3 août 2012. (Crédit : U.S. Mission Photo by Eric Bridiers — Flickr/Domaine public/Wikimedia Commons)

Trump a bloqué par décret pendant un mois l’arrivée en Amérique de ressortissants de sept pays musulmans : Irak, Iran, Libye, Somalie, Soudan, Syrie et Yémen. Et également de suspendre pour 120 jours le programme d’accueil des réfugiés aux Etats-Unis.

« Le monde est un foutoir complet. Le monde est autant en colère qu’il est possible de l’être. Et quoi, vous pensez que cela va causer un peu plus de colère ? Le monde est plein de colère », avait déclaré mercredi le président républicain sur la chaîne ABC, au sujet de son projet.

Le décret signé par le président Donald Trump va renforcer « la haine envers l’Occident », juge le ministre luxembourgeois des Affaires étrangères Jean Asselborn selon une interview diffusée samedi.

Avec ce décret, « le monde musulman est divisé par le président américain entre bons et méchants », a estimé M. Asselborn dans un entretien à paraître dans l’édition dominicale du journal allemand Tagesspiegel et dont des extraits ont été dévoilés en avance.

« La décision est également mauvaise pour l’Europe, car elle va renforcer encore davantage la méfiance et la haine envers l’Occident au sein du monde musulman », a déclaré le ministre.