L’ONU a appelé mardi la Turquie à ouvrir sa frontière aux dizaines de milliers de Syriens qui se massent dans des camps saturés après avoir fui la vaste offensive menée par le régime contre les rebelles dans la province d’Alep.

« Nous demandons à la Turquie d’ouvrir sa frontière à tous les civils de Syrie qui fuient le danger et sont en quête d’une protection », a déclaré un porte-parole du Haut-Commissariat de l’ONU pour les réfugiés, William Spindler.

« Nous comprenons que la Turquie accueille déjà 2,5 millions de réfugiés syriens et assume un énorme fardeau, et nous avons demandé à la communauté internationale d’aider la Turquie », a-t-il poursuivi.

Malgré les appels de la communauté internationale, Ankara maintient fermé depuis plusieurs jours le poste-frontière d’Oncupinar, le seul point de passage accessible entre le nord de la province d’Alep et le sud de la Turquie.

Les déplacés se retrouvent donc « coincés. Ils ont abandonné maison et possessions, et ne peuvent entrer en Turquie », a déploré Ahmad al-Mohammad, de Médecins sans frontières (MSF).

L’ONU évalue à 31.000 le nombre de personnes, dont 80 % de femmes et d’enfants, ayant fui la ville d’Alep et sa région ces derniers jours.

Les camps qui les accueillent sont désormais pleins et « il n’y a plus suffisamment de places d’hébergement pour accueillir toutes les familles », a précisé le responsable de MSF.

A Azaz, une ville à 5 km de la frontière, des familles entières sont ainsi contraintes de dormir à la belle étoile ou de se serrer à 20 dans des tentes conçues pour sept personnes, selon lui.

‘Profonde inquiétude’

La Turquie ouvre toutefois le poste-frontière d’Oncupinar au passage des blessés, des malades et des convois d’aide qui transitent par son territoire, comme ceux du Programme alimentaire mondial (PAM) chargés de riz, lentilles, huile ou farine.

« La plupart des familles sont parties en emportant seulement les vêtements qu’ils portaient », selon le responsable de MSF, qui souligne que des problèmes de santé, notamment la diarrhée, faisaient leur apparition à cause du froid et de la promiscuité.

De nouveau en première ligne, la Turquie redoute un nouvel afflux de réfugiés pouvant atteindre 600.000 personnes. Son objectif est donc « pour l’instant de maintenir autant que possible cette vague de migrants au-delà des frontières de la Turquie, et de leur fournir à cet endroit les services nécessaires », a précisé lundi soir le vice-Premier ministre Numan Kurtulmus.

La perspective d’une nouvelle vague de réfugiés inquiète aussi les pays européens, ébranlés par la crise des migrants.

Jens Stoltenberg en 2010 (Crédit : Magnus Fröderberg/CC BY 2,5/Wikimedia commons)

Jens Stoltenberg en 2010 (Crédit : Magnus Fröderberg/CC BY 2,5/Wikimedia commons)

Une possible implication de l’Otan dans le contrôle des côtes turques sera étudiée « très sérieusement » par les ministres de la Défense qui se réunissent mercredi et jeudi à Bruxelles, a indiqué le secrétaire général de l’Alliance, Jens Stoltenberg.

Le secrétaire américain à la Défense Ashton Carter tentera à cette occasion de muscler la coalition contre le groupe Etat islamique (EI), après avoir regretté les moyens insuffisants engagés par les pays partenaires.

Les rebelles décrochent

L’EI, qui contrôle une partie du territoire syrien, a frappé mardi en plein coeur de Damas en faisant exploser une voiture piégée devant un club de la police. Neuf personnes ont été tuées et une vingtaine blessées, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme.

Sur le terrain militaire, la situation devient de plus en plus difficile pour les groupes rebelles, qui reculent dans plusieurs régions.

En particulier dans la province d’Alep, où l’armée ne se trouve plus qu’à une vingtaine de kilomètres de la frontière turque et se rapproche de Tall Rifaat, un des trois derniers fiefs tenus par les rebelles qui, moins bien armés, décrochent de certaines positions pour minimiser leurs pertes.

La stratégie du régime « est de fermer la frontière turque pour priver les rebelles du soutien logistique », souligne le géographe Fabrice Balanche, spécialiste de la Syrie.

Parallèlement, les forces du régime consolident leurs positions au nord de la ville d’Alep, dont les quartiers Est tenus par les insurgés sont aujourd’hui quasiment assiégés.

« La situation est très mauvaise (…) La ville a été totalement détruite par les bombardements russes », a témoigné Mohamed, un membre de l’Armée syrienne libre qui a traversé mardi, blessé aux bras et aux jambes, la frontière turque.

Washington et Ryad réclament un cessez-le-feu, parlent de soldats saoudiens au sol

Les Etats-Unis et l’Arabie saoudite ont réclamé lundi un cessez-le-feu et un accès humanitaire en Syrie et ont discuté de l’éventuel envoi sur le terrain de forces spéciales saoudiennes, avant une conférence internationale cette semaine consacrée à cette guerre.

« Nous avons un immense intérêt à régler les problèmes de la région avant qu’ils ne nous consument tous », a lancé le ministre saoudien des Affaires étrangères Adel al-Jubeir devant la presse à Washington, aux côtés de son homologue américain John Kerry.

Ce dernier a affirmé que les deux pays alliés étaient « impliqués au plus haut point pour que le Groupe international de soutien à la Syrie (ISSG, 17 pays et trois organisations multilatérales qui ont adopté une feuille de route diplomatique sur le conflit syrien, NDLR) soit en mesure d’avancer vers un accès humanitaire complet et un cessez-le-feu intégral ».

« Nous espérons que quand nous nous verrons à Munich dans les tous prochains jours, nous serons en mesure de progresser vers cet objectif », a plaidé John Kerry.

Après des réunions à Vienne et à New York fin 2015, les puissances mondiales et régionales, dont Washington, Moscou, Ryad et Téhéran réunies au sein du ISSG, doivent se retrouver jeudi à Munich pour négocier un règlement à une guerre qui a fait au moins 260.000 morts et des millions de réfugiés en cinq ans.

Ce processus diplomatique, dit de Vienne, a été consacré le 18 décembre par la résolution 2254 du Conseil de sécurité de l’ONU, adoptée par ses 15 membres, dont la Russie. Ce texte réclame notamment l’instauration d’un cessez-le-feu et un accès humanitaire aux villes syriennes assiégées.

Après des mois de rapprochement avec Moscou pour trouver une sortie de crise en Syrie, Washington a changé de pied la semaine dernière en accusant l’armée russe, alliée des forces syriennes, d’avoir sapé les fragiles efforts de paix internationaux par leur offensive militaire sur la ville d’Alep.

« Nous sommes déterminés à travailler avec les Etats-Unis et nos alliés à travers le monde pour régler cela, qu’il s’agisse de la guerre contre le terrorisme, des tentatives pour stabiliser le Moyen-Orient, de la paix entre Israël et les Palestiniens ou encore de la paix au Yémen », a égrené M. Jubeir, dont le pays et les Etats-Unis traversent une période de tensions, en particulier sur les dossiers de l’Iran et de la Syrie.

Après son entretien avec M. Kerry, M. Jubeir s’est encore exprimé, seul, devant des journalistes en quittant le département d’Etat : il a évoqué la proposition de Ryad de dépêcher des troupes au sol en Syrie, dans le cadre de la coalition internationale contre le groupe jihadiste Etat islamique.

« Le gouvernement des Etats-Unis a exprimé son soutien au fait que le royaume (saoudien) était prêt à dépêcher des forces spéciales en Syrie, si la coalition internationale en décidait ainsi », a dit M. Jubeir. Washington, par la voix de responsables du Pentagone, avait déjà dit la semaine dernière voir d’un bon oeil cette offre saoudienne.