L’opposition syrienne attend désormais « la réponse du monde » face à la victoire annoncée de Bachar al-Assad à la présidentielle controversée organisée mardi en Syrie, mais aussi face au phénomène « terroriste » qui menace directement les pays occidentaux, estime l’opposant syrien historique Michel Kilo en exil à Paris.

Q- Quel est votre sentiment en ce jour d’élection présidentielle gagnée par avance par Bachar al-Assad ?

R – Bachar a tué la moitié de son peuple pour garder le pouvoir. Avec cette élection, il veut se prévaloir d’une légitimité populaire vis-à-vis du monde. Il a fait une campagne complètement folle, obligeant les gens à descendre dans les rues, à danser, à chanter, pour célébrer « les noces » de la démocratie.

Avec ce scrutin, son message au monde, c’est : « oubliez une solution politique internationale. C’est moi qui sors victorieux de ce conflit, c’est moi qui décide. Vous avez perdu ».

Q- Quelle est la prochaine étape ?

R- On attend désormais la réponse du monde. Lors de la visite mi-mai à Washington d’Ahmad Jarba (chef de l’opposition syrienne), nous avons dit aux Américains : « Nous luttons contre les terroristes de l’EIIL (Etat islamique en Irak et au Levant) depuis six mois, et ces terroristes sont plus forts que nous. Nous n’avons pas les forces nécessaires, l’ASL (Armée Syrienne libre, bras armé de l’opposition, ndlr) n’est pas bien organisée et sans commandement uni, elle ne peut pas mener de front deux guerres, l’une contre les terroristes et l’autre contre le régime. Si vous continuez à nous priver d’armes vous allez vous trouver face aux terroristes, en Syrie, ou chez vous. C’est ça, le choix, désormais.

Mais je crois qu’il y a maintenant un vrai sentiment de peur chez certains dirigeants occidentaux. Des milliers d’Européens combattent en Syrie. Un Américain a commis récemment un attentat suicide en Syrie. Ce qui s’est passé à Bruxelles (une attaque meurtrière commise contre le Musée juif dont le principal suspect est un Français qui est allé combattre en Syrie, ndlr) est un événement très important, qui dit que ça peut commencer chez vous. Les Occidentaux n’ont pas voulu jusqu’à présent nous livrer d’armes antichar ou antiaériennes de peur qu’elles tombent entre les mains de terroristes. Aujourd’hui, ils ont le choix entre la chute de quelques armes dans les mains de terroristes ou la chute de la Syrie. Nous leur demandons: que préférez vous ?

Q- Une solution politique au conflit est-elle encore possible ?

Dans la situation actuelle, non. Il faut un rééquilibrage des forces sur le terrain. Il faut que les pays occidentaux aident l’ASL à se réorganiser et l’opposition politique à se réactiver.

Cette dernière n’est pas en très bon état, et est très loin du terrain. Il faut que nous sortions de la rivalité (des parrains) qataris et saoudiens, et que nous retrouvions notre indépendance. Nous sommes actuellement une force marginalisée dans l’affaire syrienne, nous devons retrouver un rôle essentiel, et cela passe par une autre stratégie. Jusqu’à présent nous avions donné la priorité au soutien extérieur et négligé l’intérieur. Il faut faire le contraire, renouer avec le terrain.