TOPANI VILLAGE, Sidhupalchowk District, Népal – C’est peut-être parce que j’ai vu le village démoli en noir et blanc que le tremblement de terre a finalement retenu mon attention. L’averse qui a commencé à tomber pendant que je me dépêchais de monter ma tente s’est arrêté presque soudainement, et tout à coup les sommets de l’Himalaya sont apparus à travers les montagnes, me rappelant où je me trouvais.

J’ai rejoint une mission médicale et de sauvetage IsraAID dans un village isolé au Népal, une semaine après le tremblement de terre de magnitude 7,8 qui a tué environ 6 500 personnes. Bien que Katmandou ait été touchée, une semaine plus tard, la plus grande part de la ville fonctionnait à nouveau. La véritable tragédie, à ce stade, se trouvait dans les zones rurales isolées, sans nourriture et sans médicaments.

Nous avons roulé à l’est de Katmandou pendant 7 heures et campés près de la rivière jusqu’à ce que les jeeps ne puissent pas aller plus loin sur la route jonchée de décombres. Alors que notre feu de camp s’éteignait lentement, nous avons escaladé le côté d’une falaise pour rejoindre le village au-dessus de la rivière, la lumière de la pleine lune créant des ombres pénétrantes.

Nos lampes frontales éteintes, nous sommes passés devant la première rangée de maisons, un calme mystérieux nous enveloppait, réduisant au silence même les Israéliens les plus loquaces.

D'énormes rochers se sont écrasés dans un éboulement et démolis des maisons dans le village de Topani, dans le district de Sidhulpalchowk durement touchée. Cela nous a pris sept heures pour y aller en bus à partir de Katmandou, au Népal, mai 2015 (Crédit photo : Melanie Lidman / Times of Israël)

D’énormes rochers se sont écrasés dans un éboulement dans le village de Topani, dans le district de Sidhulpalchowk durement touchée. (Crédit photo : Melanie Lidman / Times of Israël)

Dans la nuit, les angles des maisons précaires semblaient encore plus tranchés. Le niveau supérieur d’une maison de deux étages se penchait dangereusement vers la route, sur le point de tomber au moindre coup de vent. Des murs avaient cédé, laissant un salon intact à l’intérieur, des affiches sur le mur battaient au rythme du vent. Les portes en bois étaient pliés dans des angles inimaginables, les toits s’étaient effondrés en passant étage par étage pour atteindre l’étage inférieur – un « pancake », dans le jargon des sauveteurs.

Personne ne vit ici maintenant, semblaient murmurer les maisons par-dessus le clapotis du courant de la rivière. Personne ne vit ici maintenant.

C’est seulement quand nous avons cru que nous avions vu le pire que sommes-nous arrivés à l’endroit où l’éboulement a eu lieu. Nous sommes tombés sur des rochers de la taille d’une mini-fourgonnette, qui se sont décrochés de la montagne qui nous dominait, qui sont venus s’écraser dans la rue, dans les maisons, les jardins et les cuisines.

Personne ne vit ici maintenant, chuchotait chaque maison. Personne ne vit ici maintenant.

Une femme passe sous un cordon de drapeaux de prière dans le village détruit de Topani, dans le district durement touché de Sidhulpalchowk à 7 heures de route de Katmandou, au Népal, mai 2015 (Crédit : Melanie Lidman / Times of Israël)

Une femme passe sous un cordon de drapeaux de prière dans le village détruit de Topani. (Crédit : Melanie Lidman / Times of Israël)

Chaque bâtiment est différent, chacun s’était effondré de sa propre manière, de manière créative, comme une exposition grotesque de la douleur et de la souffrance. Sous le clair de lune, en noir et blanc, les images de maisons démolies étaient tellement hors de leur contexte qu’elles auraient même pu être belles.

Ce qui était autrefois une route est devenu un labyrinthe rempli de décombres. Lorsque vous regardiez à travers un trou béant sur le côté d’un des bâtiments, vous pouviez voir, à travers la chaîne himalayenne, la frontière du Tibet. Tout dans cette image était des angles incisifs, les sommets blancs de neige qui s’élevaient dans le ciel noir, entourés d’une vue en lambeaux et de briques émietté.

Onze personnes sont mortes dans ce village, qui abritait une dizaine de familles. Onze personnes, c’est une tragédie, mais aussi un miracle. Lorsque l’on voit l’étendue des destructions, c’est un miracle que beaucoup aient survécu.

Sur notre chemin pour mettre en place une clinique médicale, un homme nommé Shista (celui qui porte le chapeau) nous a demandé de la nourriture et des médicaments, mais les porteurs avait déjà emmené les médicaments sur le site de la clinique. Shista perdu trois membres de sa famille, y compris sa fille. Ici, il se tient avec sa famille sur les ruines de leur maison dans le village de Topani démoli, dans le district durement touché Sidhulpalchowk à 7 heures de route de Katmandou, au Népal, mai 2015 (Crédit photo: Melanie Lidman / Times of Israël)

Sur notre chemin pour mettre en place une clinique médicale, un homme nommé Shista (celui qui porte le chapeau) nous a demandé de la nourriture et des médicaments, mais les porteurs avait déjà emmené les médicaments sur le site de la clinique. Shista a perdu trois membres de sa famille, y compris sa fille. Ici, il se tient avec sa famille sur les ruines de leur maison dans le village de Topani démoli, à 7 heures de route de Katmandou. (Crédit photo: Melanie Lidman / Times of Israël)

Les quelques habitants que nous avons vus étaient blottis sous une bâche en plastique, au-dessus de nous. Ils se demandaient pourquoi les gens parlant dans une langue étrangère traînaient dans leur village détruit aux alentours de minuit, une nuit de pleine lune.

Parce que maintenant, je comprends, leur ai-je dit silencieusement. Parce que maintenant, je comprends la portée de ce désastre. J’ai dû conduire sept heures pour le voir, monter et descendre des routes non pavées en descendant souvent de mon véhicule pour pour aider à guider le bus tandis qu’il longeait les éboulements. Je devais voir votre village sous le clair de lune, errer parmi les tas de briques et penser aux enfants qui ont joué dans ces jardins, aux jeunes couples qui marchaient main dans la main à travers les rizières. Parce que maintenant je comprends ce qui a été perdu, ai-je dit aux maisons et aux gens qui ont vécu ici.

« Nous avons atterri au Népal et sommes directement partis travailler », m’a expliqué Micky Noam Alon, un coordonnateur IsraAID, le lendemain matin, alors que nous traversions Topani sous le soleil matinal, pour installer une clinique médicale mobile dans un emplacement encore plus isolé. « J’étais tellement concentré sur le dégagement des décombres, la recherche des personnes, que je pense que c’était pendant la promenade de la nuit dernière à travers ce village que j’ai pensé pour la première fois au tremblement de terre dans son ensemble, pas seulement au bâtiment sur lequel nous avions travaillé. »

C’est une leçon d’humilité. Faire face à une telle destruction, comprendre que les êtres humains sont impuissants face à cette immense puissance naturelle, Topani sous le clair de lune offre une leçon d’humilité.

Un homme se tient à l'extérieur des ruines de sa maison à 2 heures de marche de Topani, dans le district de Sidhulpalchowk au nord-est de Katmandou au Népal, mai 2015 (Crédit : Melanie Lidman / Times of Israël)

Un homme se tient à l’extérieur des ruines de sa maison, à deux heures de marche de Topani, dans le district de Sidhulpalchowk, au nord-est de Katmandou. (Crédit : Melanie Lidman / Times of Israël)

Tout le Népal ne ressemble pas à Topani. Katmandou, malgré ce que disent les médias, est en grande partie indemne. Mais il y a tellement de Topanis partout ailleurs au Népal – isolés, démoli, en deuil. Tellement de villages qui ressemblent à celui-ci, tant de lieux qui survivaient à peine avant le séisme et qui maintenant ont tout perdu.

D’une carcasse d’une maison, un cordon de drapeaux de prière battait silencieusement au rythme de la brise. La lune brillait au-dessus de nous, enveloppant d’une lueur d’argent étrange ces tas de débris qui étaient autrefois des maisons.

Personne ne vit ici maintenant, chuchotaient les maisons, encore et encore. Mais des gens vivent ici, voulais-je m’écrier. Les pluies de mousson arriveront dans deux semaines. Des gens vivent ici. Que vont-ils faire ?

C’est seulement sous la pleine lune, en voyant ce village démoli en noir et blanc que j’ai enfin pu comprendre la portée de leur désespoir.

Les villageois sont des agriculteurs et la plupart à peine à gagner leur vie. Le tremblement de terre a tué  une grande quantité de bétail, détruisant les moyens de subsistance ainsi que la vie. Ici, une jeune fille apporte la nourriture restante aux chèvres de sa famille avec la chaîne himalayenne de Lakpa Dorje, sur la frontière avec le Tibet, derrière elle, mai 2015 (Crédit : Melanie Lidman / Times of Israël)

Les villageois sont des agriculteurs et la plupart à peine à gagner leur vie. Le tremblement de terre a tué une grande quantité de bétail, détruisant les moyens de subsistance . Ici, une jeune fille apporte la nourriture restante aux chèvres de sa famille ; derrière elle, la chaîne himalayenne de Lakpa Dorje, la frontière avec le Tibet.  (Crédit : Melanie Lidman / Times of Israël)