Le jeune journaliste Loup Bureau, de retour en France après 51 jours de détention en Turquie, a raconté dans ses premières interviews la grande incertitude qui le faisait souffrir pendant sa détention.

Pendant les six premiers jours de détention, « je ne savais pas ce qui allait se passer », a confié Loup Bureau sur les ondes de France Inter vendredi. « Je perds pied dans les jours et semaines qui suivent mon incarcération (…) je sais que je suis inculpé pour des charges de terrorisme, dont j’ai très peur ».

Loup Bureau avait été interpellé le 26 juillet à la frontière turco-irakienne, après la découverte en sa possession de photos le montrant en compagnie de combattants kurdes syriens des YPG (mouvement considéré comme une émanation du PKK et donc comme « terroriste » par Ankara).

Le jeune journaliste a expliqué qu’il revenait ce jour-là du Kurdistan irakien et souhaitait rendre visite à une amie en Turquie pour quelques jours, en attendant des autorisations pour passer en Syrie.

Les conditions de détention de Loup Bureau, d’abord déplorables en garde à vue, se sont améliorées à son arrivée en prison, où il a été mis à l’isolement, a-t-il expliqué.

Le journaliste, qui ne parle pas turc, ne communiquait que très peu avec ses gardes. Il a appris sa libération « le jour du procès ». « Je pensais encore rester des semaines, des mois, des années », a-t-il souligné.

Pour Christophe Deloire, secrétaire général de RSF, « on est dans un système judiciaire en Turquie où les magistrats ont peur : ils savent qu’ils peuvent eux- mêmes aller en détention ».

« Des magistrats, des policiers font du zèle, se disent qu’au fond il leur sera moins reproché de placer derrière les barreaux un innocent (…) que d’avoir laissé passer quelqu’un », a souligné Christophe Deloire sur France Inter.

« Le message est clairement un message d’intimidation » de la part des autorités turques, a déploré Christophe Deloire. « Ca devient des zones noires du point de vue de l’actualité (…) c’est une atteinte grave à la liberté de mouvement des journalistes et donc à la capacité du grand public de connaître ce qu’il s’y passe ».

Rentré dans sa famille à Nantes, le journaliste reprend des forces avant de passer son oral dans son école de journalisme bruxelloise.

Veut-il repartir en Turquie ? « J’aimerais continuer le journalisme », a confié le journaliste au site Les Jours. « Mais tout ce qui s’est passé a tellement impacté mes proches. Je voudrais faire ce métier, mais il y a aussi beaucoup de choses à raconter en France. Je ne sais pas si je repartirai… »