Dominique Missika, la commissaire de l’exposition « Le procès Klaus Barbie. Lyon, 1987 » connait parfaitement l’événement historique qu’a été le procès du « boucher de Lyon », ancien chef de la Gestapo de Lyon, à l’origine de l’arrestation des 44 enfants de la Maison d’Izieu, de la rafle de 84 personnes de l’UGIF à Lyon et de la déportation de milliers de juifs de France entre 1942 et 1944.

Historique, car ce procès est le premier où l’on juge un criminel pour crime contre l’humanité; historique par l’épopée, au centre de laquelle trônent les époux Klarsfeld, qui aboutit à l’arrestation de Klaus Barbie; historique enfin car ce procès qui aura duré 37 jours, vit 107 témoins parler à la barre, et 42 avocats plaider, fut le début d’une catharsis à grande échelle pour les survivants murés jusque-là dans un mutisme douloureux.

Dominique Missika est l’auteur de L’institutrice d’Izieu (Points, 2016). Elle a également dirigé la création du coffret de 6 DVD contenant 19 heures d’extraits du procès Barbie (Arte Éditions / Ina Éditions).

Times of Israël: Tout ou presque semble avoir été raconté et écrit sur ce procès historique. Les archives du procès Barbie que les ministères de la justice et de la culture ont décidé de rendre publiques ont-elles encore quelque chose à nous apprendre ?

Dominique Missika: Bien sûr, cela ouvre la possibilité de poursuivre le travail de recherche. Vous savez, un procès ce sont des milliers de pages, des pièces à conviction, des procès-verbaux d’interrogatoires, des conférences de presse, des éléments de procédures, des plaintes…

Pour qu’un dossier se tienne, il faut des documents, une enquête, tout cela va être accessible. L’ouverture de ces archives permettra donc de reconstituer le travail de justice en amont du procès. Une partie de ces archives, auxquelles nous avons déjà eu accès, est exposée actuellement au Mémorial.

Existe-t-il des zones d’ombres dans ce procès, qui restent à éclaircir ?

Nous allons pouvoir connaître le contenu des interrogatoires et des moments de confrontation. Jusque-là, la confrontation des victimes et de Klaus Barbie n’avait pas été accessible, mise à part pour les avocats. L’ouverture des archives permettra d’avoir accès à ces documents.

Dans les archives d’un procès, il n’y a pas de révélations. Mais cela va permettre une plongée au cœur du procès, au cœur de tout ce qu’il s’est passé au niveau judiciaire, après le travail de collecte d’informations effectué par les époux Klarsfeld.

Mais surtout, jusque-là, on n’avait accès qu’aux témoignages donnés à l’audience, à la barre. Mais jamais à ce qu’il s’était dit dans le cabinet du juge d’instruction, comme par exemple, au moment de la confrontation entre Klaus Barbie et Simone Lagrange.

Souvenez-vous, c’est Simone Lagrange qui le reconnaît en le voyant à la télévision en février 1972, alors qu’il s’était caché en Bolivie sous le nom d’Altmann.

Le procès Klaus Barbie retransmis à la télévision (Crédit: capture d'écran/Mémorial de la Shoah)

Le procès Klaus Barbie retransmis à la télévision (Crédit: capture d’écran/Mémorial de la Shoah)

Elle reconnaît son bourreau, elle confirme que c’est lui. Elle qui n’avait que 13 ans quand il l’a torturée pour savoir où étaient cachés les enfants de la famille, avant de l’envoyer en déportation elle, et une partie de sa famille. Elle est l’un des témoins les plus importants du procès Barbie.

L’exposition consacrée au procès Barbie au Mémorial est accessible depuis mars. Quel est le retour du public ?

C’est un très beau succès. On a déjà organisé deux débats, l’auditorium était plein à chaque fois.